Sophie Mariani née Sébastiani (1821-1904), maman d’Ange-François Mariani, l’inventeur de la première boisson à la coca dans le monde.

   Tout commence avec la vente judiciaire concernant la famille Mariani à l’Hôtel Drouot du jeudi 20 décembre 2013 à Paris. Lors de la présentation de certains objets ayant appartenu à cette famille, notre regard fut attiré par un tableau. Nous pûmes observer pour la première fois de notre existence une très belle ébauche de peinture représentant Sophie Mariani née Sébastiani (1821-1904) réalisée par le peintre Jules Joseph Lefebvre (1836-1912).

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Jules Joseph Lefebvre. Album Mariani, 1896, Tome 2.

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Album Mariani, 1896, Tome 2.

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………. Psyché garde en ses mains La vigueur des demains : Le vin Mariani par qui rien ne finit. …………….. Jules Lefebvre.

   À vrai dire nous savions que peu de choses sur la maman d’Ange-François Mariani, si ce n’est qu’elle naquit selon plusieurs archives le 21 août 1821 à La Porta (Haute Corse). Née de Laurent Sébastiani (Percepteur du canton d’Ampugnani) et de « Théresine » (Maria Thérèse) Sébastiani, elle est aimée comme il se doit dans sa famille. Le maire Antoine Paul Paoli enregistra à l’époque sa naissance en présence de son papa Laurent Sébastiani et de ses cousins Joseph Sébastiani et Jean Antoine Pompei.

   Puis quelques années plus tard son mariage devant le maire Joseph Sébastiani de la commune de la Porta avec Xavier Mariani âgé de 26 ans (né à Pruno, 29 décembre 1810, issu de Simon Mariani et d’Angela Petronelli) eu lieu le 21 septembre 1837 en présence de Denis Angelini, maire de Pruno, de Pierre Petronelli, chirurgien aide-major à l’hôpital militaire de Bastia, oncles germains de l’époux, de Pierre Paul Pompei ancien Préfet (1) et de Pierre Paul Mari, juge de Paix du Canton de La Porta du côté de l’épouse.

   Les nouveaux mariés, propriétaires, s’installent à Pero-Casevecchie, à trente kilomètres au sud de Bastia dans une zone géographique dénommée la Tavagna. Le couple y mène une vie sans histoire. François Xavier Mariani exerce la fonction d’apothicaire dans ce paisible bourg de 520 âmes. La qualité de son travail est d’emblée reconnue par toute la population. À tel point qu’on vient parfois de loin pour rencontrer ce pharmacien très attentif envers la santé de ses patients.

   Sa renommée professionnelle dépasse très vite les limites de son village. On le demande avec insistance à Bastia. La famille Mariani s’installe en mars 1847 dans cette cité de 16 000 habitants, au boulevard du Palais (2), artère centrale alors de la plus grande ville de Corse. En ce lieu, François Xavier Mariani initie son fils Ange François dès 1860 aux secrets de la pharmacie. Ensemble, ils composent des breuvages à base de diverses plantes comme le quinquina ou la coca. Ange François est comme attiré par cette science et par les livres qui véhiculent ce savoir. C’est aussi dans cette commune que François Xavier Mariani, après une longue vie de labeur afin de soigner ses patients et sans aucune exclusive, s’éteint au milieu des années 1870. Sa mort prématurée sème le trouble et la tristesse dans cette famille respectée. Son épouse, Sophie Mariani est également la mère de six autres enfants, dont Angélique Jeanne, née le 29 décembre 1844 à Pero-Casevecchie (qui deviendra sœur Angélique pour la congrégation de Saint-Thomas de Villeneuve, basée à Neuilly-sur-Seine). Décès à Paris le 3 décembre 1871. Du poète Simon Horace Alexandre Mariani (né à Pero-Casevecchie, le 17 janvier 1847). D’Antoinette Mariani, qui voit le jour à Bastia en 1850 et qui succombera à Paris le 24 juin 1925. De Julie Mariani née elle aussi dans la cité bastiaise le 6 septembre 1851. Entre à son tour dans la religion catholique (mère Saint-Denis congrégation de Saint-Thomas de Villeneuve, à Neuilly-sur-Seine). Elle s’éteint à Rome, le 27 juin 1937. Sans oublier deux autres enfants, Marie Divita née là encore dans la grande cité portuaire du nord de l’île le 22 mars 1860 et qui se marie le 24 mars 1887 à Paris au Docteur Marc Laffont (3). Et la petite dernière, Virginie, qui vient au monde à Bastia le 28 septembre 1862 et deviendra en 1887, Mme Jaros (4). Elle obtient la nationalité américaine par son mariage le 4 octobre avec Julius Jaros et passera ensuite une partie de sa vie à New York (E.U) au 266 West End Avenue entre la 72d et 73d Street jusqu’à son décès en 1945. Elle repose dans une tombe distincte de celle de son frère aîné à Paris au Père-Lachaise.

   À la mort de son mari Xavier François et sur l’instance de son fils aîné Ange-François, Sophie Mariani née Sébastiani rejoint ce dernier à Paris des 1876. Elle restera toute sa vie durant dans l’ombre de son fils aîné. Elle décède le 6 mars 1904 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), sereine, âgée de 83 ans et repose selon les volontés de son fils aîné au Père-Lachaise, aux côtés de sa belle fille, de son petit-fils André, de sa petite-fille Andréa.

Quelques décennies plus tard…

   En mai 2016, nous sommes contactés par le New-yorkais David Hill. Cet éminent connaisseur de l’œuvre d’Oscar Roty prépare une étude sur l’apport numismatique d’Angelo Mariani. Sa recherche s’oriente sur un point particulier concernant la maman d’Angelo Mariani. Il nous apprend à cette occasion qu’il est en possession d’une plaque en bronze réalisé par le célèbre sculpteur Corse Louis Patriarche (1872-1955) représentant Mme Sophie Mariani née Sébastiani de 3/4 face. Cette pièce est extraordinaire du fait que nous connaissions à cette date, à vrai dire, qu’une seule représentation de la maman d’Angelo Mariani.

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Don et leg de la famille Sadie et Robert Eidlitz, membre de l’American Numismatic Society des 1910. Dr : David Hill, ANS, Vol 3, Octobre 2016, New York (Société Américaine de Numismatique). Plaque en bronze uni face (10 cm x 7,2 cm), réalisé par Louis Patriarche en 1913 pour Angelo Mariani (5).

   Nous utilisons ce moment pour rappeler une date à venir essentielle : Notre ami Christophe Mariani responsable de la société Coca-Mariani ( www.vinmariani.fr ) va présenter un breuvage similaire à celui d’Angelo Mariani qui sortira en Corse en avant-première, le samedi 17 décembre 2016, au Palais des Congrès à Ajaccio, salle Tino Rossi à 19 heures pour être très précis.

   Soit dans moins de cinquante jours. Un produit tant attendu dans la dynamique de la renaissance du vin Mariani avec de surcroît le soutien moral de la famille Mariani. Notons que cette date n’a pas été, semble-t-il, choisie au hasard puisqu’elle correspond au 178e anniversaire de la naissance d’Ange-François Mariani, plus connu au niveau international (États-Unis, Canada, Colombie, Bolivie, Grande-Bretagne, Suède, Allemagne, Russie et Chine, entres autres…) sous le nom d’Angelo Mariani. On se doit de soutenir pareille initiative. Et surtout bonne chance à la résurrection du vin tonique Coca Mariani.       A.D

  1. Pompéi Pierre Paul Benoît voit le jour en 1788. Il sera Sous-préfet de Calvi en 1828, puis Préfet de l’Yonne de 1830 à 1833. Et enfin conseiller de la cour de cassation à Paris. Décès en 1852.

  2. Devenu au début du XXe siècle, Boulevard Paoli.

  3. Décès de Marie Divita Laffont le 23 février 1923 à Paris. Deux filles naîtront de cette union et déclarées en Mairie à Paris en présence d’Angelo Mariani, soit : Marguerite Jeanne (7 janvier 1888-1965) et Madeleine Antoinette (21 février 1897-1932). La première Marguerite Jeanne se mariera le 14 février 1920 avec Harry Drake Hodgkinson (1882-1953), fils de la célèbre écrivaine britannique Élisabeth Beck Moresby et la seconde Madeleine Antoinette avec Édouard Daladier (1884-1970), le 31 juillet 1919. Le 16 novembre de cette même année, Édouard Daladier est élu député pour le Vaucluse sous la bannière du parti radical socialiste. Puis deux enfants verront le jour dans ce couple : Jean en 1922 et Pierre en 1925.

  4. Julius Nathan Jaros est le fils de Léopold Jaruslawski (1821-1896) et de Hannchen Elsberg (1830-1912) originaire de Pologne et d’Allemagne. Il est né le 26 août 1856 à Philadelphie (Pennsylvanie). Il a une sœur Berthe (1858-1935) et un frère Alfred (1860-1932). Après une vie bien remplie, Julius décède en France en octobre 1925 et est inhumé au Père-Lachaise. À ses côtés reposent en paix Horace et Antoinette Mariani.

  5. Angelo Mariani fut lui aussi un donateur de médailles pour cette Société Américaine de Numismatique basée à New-York selon la revue éditée par cet organisme en date de 1912, n° 46.

Pour plus d’informations, on peut aller sur le très beau site : www.vinmariani.fr et parcourir le livre suivant :

livreangelomariani1.jpegAngelo Mariani : L’inventeur de la première boisson à la coca. Éditions Anima Corsa, juin 2014, Bastia. 5 boulevard Hyacinthe de Montera : 04 95 48 68 86.

 

 

 

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Angelo Mariani et son ami le célèbre mime Corse d’Ajaccio Séverin Cafferra (1863-1930).

Séverin à la ville.

Séverin à la ville.

   En 1892, le mercredi 29 juin en pleine gloire Angelo Mariani décide de faire jouer chez lui au 11 rue Scribe à Paris, un pantomime intitulé : La fleur de Coca. Cette représentation théatrale a lieue, en soirée devant quelques amis triés sur le volet. Cette pièce de théâtre fut écrite en vers par MM. Paul Arène (1) et Gustave Goetchy accompagnés par une musique de Léopold Gangloff, avec des décors de Charles Toché et les costumes de Paul Donny. Elle met en scène une colombine interprétée par Mlle Madeleine Dowe et un pierrot dénommé Séverin Cafferra (2) qui vont solutionner leur problème en buvant tout simplement un petit verre de Vin Mariani.

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Portrait de Séverin en Pierrot par Félix Valloton.

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Séverin et son magnifique jeu de mains.

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Melle Dowe et Séverin chez Angelo Mariani.

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Quand Séverin boit un verre de vin Mariani.

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Quand Séverin boit directement le vin Mariani à la bouteille.

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On observe que Séverin prend bien soin de mettre en évidence la bouteille Vin Mariani et son étiquette…

severin13   Les origines de la pantomime remontent à l’antiquité. C’est à Rome qu’elle voit le jour de façon certaine, puis se répand dans toute l’Europe méditerranéenne. La pantomime est une forme d’expression corporelle par gestes seulement : mimiques, mouvements, attitudes corporelles et parfois acrobaties. Le mime français Marceau en a été l’un des plus célèbres représentants à la renommée mondiale. La pantomime est parfois accompagnée de musique. Au début du 19e siècle, Jean-Gaspard Deburau crée à Paris le personnage de Pierrot repris par son fils Jean-Charles Deburau (3) qui vers 1850, après le décès de son père en 1846, forme à Marseille Louis Rouffe. Ce dernier initie à son tour Séverin (Séverin Cafferra, né en Corse). La pantomime a la particularité d’être un art populaire créatif issu d’une certaine manière de la Commédia. Marseille devient donc ipso facto la capitale du mime. Avec la disparition de Louis Rouffe en 1885, c’est également celle de la pantomime dans cette ville. Séverin Cafferra, va ensuite connaître la gloire en exerçant son art à Paris. En 1929, il publie chez Plon ses souvenirs, L’homme blanc, Souvenirs d’un Pierrot, introduction et notes de Gustave Fréjaville où il évoque cette fameuse soirée du mercredi 29 juin 1892.

severin1   On sait que les privilégiés qui purent assister à cette unique représentation furent entre autre sa fille Andréa, son fils Jacques mais aussi Catulle Mendes, Sylvain, Melle Moreno, Madame Isabelle Chapusot, Xavier Paoli, Armand Silvestre et Paul Arène.

   À la sortie de l’ouvrage, en 1929, Gustave Fréjaville le préfacier enverra le livre avec sa carte de visite personnelle à Jacques Mariani à Neuilly-sur-Seine. Une façon élégante, à noter, de remercier à posteriori Angelo Mariani pour son aide dans sa carrière professionelle. Sur la carte de visite manuscrite de Gustave Fréjaville, était portée l’inscription suivante au tampon : « De la part de Séverin éloigné de Paris ». Le livre avec la carte de visite pris ensuite sa place dans l’immense bibliothèque familiale Mariani.

Séverin à la renommée internationale.

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Quand Séverin l’Ajaccien était tête d’affiche aux Folies Bergère.

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Source : Bibliothèque collection digitale de Washington D.C, USA.

    Angelo Mariani déclinera par la suite, une nouvelle fois cette forme de communication afin de vanter son célèbre breuvage notamment par le biais de cartes postales comme support.

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Le soldat réconforté par une bonne soeur et une bonne bouteille de vin Mariani.

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Le malade réconforté par une bonne soeur et aussi par une bonne bouteille de vin Mariani, placé en premier plan sur la table de chevet.

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Le même malade toujours réconforté par une bonne soeur et aussi par une bonne bouteille de vin Mariani, placé en premier plan sur la table de chevet. Les autres flaçons soit une concurrence possible ont disparus.

Même chose avec certaines publicités Mariani.

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Album Mariani Tome 6. Dessin d’Eugène Murer.

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Dessin de Louis Trinquier Trianon.

(1) Paul Arène a déjà écrit plusieurs pantomimes comme celui de La statue aux Édition : A. Leduc, 1889, Paris.
(2) La fleur de Coca. Pantomime joué à Paris. Il fut imprimé sous forme de livret par les Éditions Silvestre, 1892 avec 12 belles reproductions photographiques en noir et blanc de Séverin et Mlle Dowe dans les rôles de Pierrot et Colombine. C’est un beau fascicule devenu collector et considéré comme publicitaire pour le vin tonique à base de Coca d’Angelo Mariani.
(3) Charles Deburau, qui va reprendre le rôle de Pierrot, est photographié à de multiples reprises par Nadar sous la dénomination Têtes d’expressions. Ce travail sera récompensé en 1855 à l’Exposition universelle de Paris.

   Si on veut aller plus loin dans la compréhension du pantomime, on se doit de lire, nous semble-t-il, Maurice Lefèvre, « La pantomime », Revue d’art dramatique, mai 1892, p. 257-268 et Arnaud Rykner (dir.), Pantomime et théâtre du corps. Le jeu du hors-texte, Rennes, 2009, Presses Universitaires de Rennes, coll. « Le Spectaculaire ».

   Au niveau des visites pour ce blog, l’évolution est positive. En 2014, nous étions à 969 visiteurs et pour l’année 2015 qui se termine, nous sommes passés à 4 520. Soit un total approximatif de 5 500 observateurs pour une vingtaine d’articles publiés dont voici la liste ci-dessous. Espérons que 2016 connaîtra la même dynamique. Autre point en cette fin d’année 2015, nous tenons à saluer un ami Corse, ainsi que sa famille qui ont la particularité de m’avoir invité à observer sur l’île chez eux au calme leur magnifique collection privée de bouteilles Vin Mariani qui se compose non pas de quelques dizaines de récipients gravés Vin Coca Mariani et/ou Vin Mariani, les plus rares, mais de plusieurs centaines de bouteilles. Oui vous avez bien lu le terme de centaine. Merci encore à eux. En outre, il semblerait selon l’annonce récente du Président Bolivien Evo Morales (3 décembre 2015) reprise par la presse internationale qu’une équipe de scientifiques français aurait fait le déplacement à La Paz afin d’appuyer l’industrialisation de la feuille de coca dans ce pays, et ce à des fins médicinales. On attend avec impatience la publication de leur rapport et surtout leurs conclusions. Enfin, la lettre des amis d’Angelo Mariani se rapproche du 20e numéro. Il aura dans sa prochaine publication pour article central, la réelle valeur d’une bouteille Mariani, de nos jours, qui disons le tout de suite est bien loin des 250 000 euros revendiqués par quelques individus à la recherche d’une bonne affaire ?                           A.D

Liste des articles du blog consacré à Angelo Mariani :

Décembre 2015 : Angelo Mariani et son ami le célèbre mime Corse Séverin Cafferra (1863-1930).

Novembre 2015 : Roland Garros et Angelo Mariani.

Octobre 2015 : La villa Andréa de Valescure à Saint-Raphaël (Var), propriété d’Angelo Mariani.

Septembre 2015 : Angelo Mariani et ses principaux concurrents à la fin du XIXe siècle.

Juillet 2015 : Bastia et la Corse : hauts lieux de la conception de la première boisson à la coca inventée par Angelo Mariani et son père François Xavier.

Juin 2015 : Mariani (déc 1838-avril 1914) et Mistral (sep 1830-mars 1914) ou quelques éléments peu connus sur leur longue relation amicale de 1890 à 1914.

Avril 2015 : Quelques vues des Établissements Mariani à Neuilly-sur-Seine (France) au XIXe, XXe et XXIe siècle.

Mars 2015 : Divers portraits d’Angelo Mariani le propagateur de la coca et quelques belles images issues de ses suppléments illustrés à la gloire de son célèbre breuvage.

Février 2015 : Mais qui était donc en réalité Angelo Mariani pour la famille d’Albert Robida ? (II) suite.

Janvier 2015 : Angelo Mariani et la coca dans les pas d’Albert Robida (I).

Décembre 2014 : Angelo Mariani et les Présidents de la IIIe République française.

Novembre 2014 : Mariani et la publicité en France et dans le monde.

Octobre 2014 : Julius Jaros : un homme discret et efficace ou l’ombre américaine d’Angelo Mariani.

Septembre 2014 : Louis Oscar Roty.

Août 2014 : Isabelle Chapusot.

Juin 2014 : Xavier Paoli.

Mai 2014 : Présentation des principaux personnages amis d’Angelo Mariani présents lors de l’inauguration de la fontaine la Siagnole en février 1905.

Avril 2014 : Une brève histoire de la Fontaine dite la Siagnole à Valescure commune de Saint-Raphaël (Var).

   Profitons enfin de cette occasion pour mettre en ligne la liste des articles version papier de la lettre de la Saam (Société des Amis d’Angelo Mariani) consacrés à Angelo Mariani et ce depuis juin 2004.

Octobre 2015, n°19 : Les premiers concurrents au XIXe siècle du vin Mariani.

Février 2015, n°18 : Plusieurs portraits d’Angelo Mariani.

Octobre 2014, n°17 : Isabelle Chapusot.

Février 2014, n°16 : Ferdinand Roybet et Angelo Mariani.

Octobre 2013, n°15 : Les formes peu académiques parfois de la publicité Mariani.

Mars 2013, n°14 : Une rencontre avec l’Ambassadeur de l’État plurinational de Bolivie en France.

Novembre 2012, n°13 : Une photographie encore quelque peu mystérieuse.

Octobre 2011, n°12 : L’érotisme dans l’œuvre d’Angelo Mariani. (2eme partie).

Décembre 2010, n°11 : L’érotisme dans l’œuvre d’Angelo Mariani. (1er partie).

Janvier 2010, n°10 : Un portrait d’Angelo Mariani par Carolus Duran.

Juillet 2009, n°9 : L’histoire mouvementée de la fontaine dite de la Siagnole à Valescure, Saint-Raphaël, Var. (2eme partie).

Décembre 2008, n°8 : L’histoire mouvementée de la fontaine dite de la Siagnole à Valescure, Saint-Raphaël, Var. (1er partie).

Février 2008, n°7 : Les suppléments illustrés des figurines contemporaines par Pierre Julien. (2eme partie).

Juillet 2007, n°6 : Les suppléments illustrés des figurines contemporaines par Pierre Julien. (1er partie).

Octobre 2006, n°5 : Horace Mariani et la Normandie.

Janvier 2006, n°4 : L’église catholique, les Papes et Angelo Mariani.

Septembre 2005, n°3 : Angelo Mariani et les cartes postales.

Décembre 2004, n°2 : Angelo Mariani et la Bretagne.

Juin 2004, n°1 : Angelo Mariani, une association culturelle et une lettre d’information ; la Saam (Société des Amis d’Angelo Mariani).                           A.D

Pour plus d’informations,  Cf, les livres suivants :

livreangelomariani1.jpeg   Angelo Mariani : L’inventeur de la première boisson à la coca. Éditions Anima Corsa juin 2014 Bastia. 5 boulevard Hyacinthe de Montera : 04 95 48 68 86. Et aussi sur le site Amazon.fr. Sans oublier : Cocaïne histoire mondiale d’une drogue aux Presses Universitaires de Corse, Éditions Anima Corsa, mars 2015 ou dans lequel un chapitre est consacré à Angelo Mariani.

Cocaïne histoire mondiale d'une drogue aux Presses Universitaires de Corse, Éditions Anima Corsa, mars 2015.

La Villa Andréa de Valescure à Saint-Raphaël (Var), propriété d’Angelo Mariani.

   L’origine tout d’abord du nom de cette villa : Andréa est le prénom du second enfant d’Angelo Mariani née le 8 août 1874 à Paris. Sa fille unique quitte ce monde cependant en avril 1894 à peine âgée de 19 ans plaçant un temps Angelo Mariani dans une immense tristesse. D’autant qu’il avait déjà perdu son premier fils André, en avril 1878 en Corse, né le 2 juin 1871 dans la capitale. Il avait été touché lui aussi par une maladie incurable au même titre que leur mère la même année.

André Mariani (Paris 18 Corse 18. Repose au Père Lachaise.

André Mariani (Paris juin 1871- Corse avril 1878). Il repose au Père Lachaise.

L’aspect extérieur de la villa Andréa :

   À la lecture de l’historien Jacques Chevillard, on apprend qu’en septembre 1888, les architectes Sylvain Ravel et Henri Lacreusette sont chargés de construire pour Angelo Mariani, une villa à Valescure appelée Andréa située près du carrefour dit des Anglais qui domine un vaste parc d’une dizaine d’hectares planté de nombreuses variétés de palmiers, camélias et lauriers-roses. On pouvait même en 1905 visiter les lieux en s’adressant au jardinier sur place. En outre selon les écrits et les propos de Louis Marsan en mars 1977, il y avait aussi des pins parasols et des eucalyptus dans les jardins de la propriété Mariani. Au début du XXIe siècle, Angelo Mariani fit agrandir sa villa avec une très grande dépendance dénommée les Violettes par les soins de M. Aragon entrepreneur à Saint-Raphaël sous l’autorité de l’architecte M. Léon Sergent d’après les indications de Mme Lindsay Benoît arrière petite fille de ce dernier. Cette seconde maison servait à recevoir tous les amis de passage à l’image de l’aviateur Roland Garros.

Cette seconde demeurre servait pour recevoir diverses parfois même en location.

Cette seconde demeure servait pour recevoir diverses personnalités quand la villa Andréa est déjà au complet. La villa Les Violettes était même louée à des amis lorsqu’ Angelo Mariani était absent de Valescure.

   Le portail d’entrée de la villa était composé d’un bas relief exécuté par Oscar Roty (excusez du peu !) : L’amour dans les bras d’une nymphe. Cet objet de collection fut malheureusement dérobé par un passant indélicat selon les dires de Mme Émilie Michaud-Jeanin dans un article de Var Matin paru en août 1989 et intitulé : Villa André : le souvenir d’Angelo Mariani.

L'entrée de la villa Andréa. Sur le pilier droit du portail, on distingue au dessus de la sonnette, la plaque de Roty.

L’entrée de la villa Andréa. Sur le pilier droit du portail, on distingue au dessus de la sonnette, la plaque de Roty.

  À noter les magnifiques images prises à cette occasion par le journaliste et photographe Philippe Arnassan, pour illustrer l’article. Et que l’on a plaisir, ici, à remercier.

Vue extérieure, facade Nord de la villa Andréa. Sur la gauche de la photographie, on distingue la disparition de la plaque réalisée par Oscar Roty.

Vue extérieure, façade Nord de la villa Andréa. Sur la gauche de la photographie, on distingue la disparition de la plaque réalisée par Oscar Roty.

Entrée de la villa Andréa orienté à l'est. On constate en matière architecturale que la toiture a été remplacée par de magnifiques terrasses.

Entrée de la villa Andréa orientée à l’Est. On constate en matière architecturale que la toiture a été remplacée par de magnifiques terrasses.

Grâce à l'ingéniosité de la prise de vue, on observe avec délice la qualité des ornements architecturaux de la villa Andréa réalisée au XIXe siècle.

Grâce à l’ingéniosité de la prise de vue de cette photographie, on observe avec délice la qualité des ornements architecturaux de la villa Andréa construite à la fin du XIXe siècle.

La villa Andréa : un petit musée omniprésent, même dans le jardin.

   A l’approche du vestibule, les invités de Mariani pouvait admirer une nouvelle oeuvre d’Oscar Roty connu sous la célèbre appellation : In labore quies. Le visiteur pouvait aussi observer de nombreuses plaques de bronze d’Eugène Mouchon apposées sur les murs extérieurs encadrant les fenêtres. Dans le jardin, c’est avant tout le monument de Théodore Rivière en hommage au Djinn ou dit souvent Lanceur de pierre qui attirait l’attention. Il y avait en outre selon Georges Régnal, la merveille dite : Les Hordes d’Attila  bloc de bronze imposant de plusieurs centaines de kilogrammes (1). Du même artiste, la fameuse nymphe de la Siagnole en bronze elle aussi placée cette fois à l’extérieur de la propriété de Mariani selon les directives de ce dernier afin que les passants puissent en profiter.

Jardin et terrasse de la Villa Andréa.

Jardin et terrasse de la Villa Andréa.

   C’est aussi en ce lieu qu’Angelo Mariani recevait régulièrement Les Petits Éclaireurs Raphaëlois qui venaient souvent en nombre. Des groupes d’une cinquantaine éléments n’étaient pas rare dans son jardin.

Mariani ou le mécène discret des Petits Éclaireurs Raphaëlois.

Mariani ou le mécène discret des Petits Éclaireurs Raphaëlois. Cette iconographie provient de la collection privée de M.   Michel Roudillaud, écrivain spécialiste de l’Histoire de nombreuses communes du Var en général et de Saint-Raphaël en particulier.

Les proches alentours de la villa :

   Angelo Mariani aime à se promener. Le voici aux abords de sa villa de retour d’une balade.

Par une belle journée ensoleillé Angelo Mariani accompagné par un ami est de retour à la villa Andréa. En arrière plan ce mur en pierre de taille existe toujours. Photographie de Jacques Mariani.

Par une belle journée ensoleillée Angelo Mariani accompagné par un ami est de retour à la villa Andréa. En arrière plan le mur en pierre de taille existe toujours. Photographie de Jacques Mariani.

Les hommes passent, les pierres restent.

Les hommes passent, les pierres restent.

   En 1965, la villa Andréa dénommée parfois Mariani est vendue. Dans les murs, on pouvait encore observer en 1977 des œuvres d’art sous forme de plaques de cuivre encastrer dans les murs. Sur l’une d’entre elles, on pouvait même y lire une citation d’Émile Rochard en date de 1898 : Oasis souriant à l’irréel des rêves. Valescure est un parc endormi dans l’azur, vrai paradou, repos berceur, asile sûr qui prolonge la vie et rend les heures brèves. Il y avait aussi un magnifique bas relief en céramique polychrome de 2,50 sur 2,30 mètres représentant des porteuses d’offrandes javanaises réalisé par Théodore Rivière.

Ornement mural en céramique de toute beauté.

Ornement mural en céramique de toute beauté.

   Puis au milieu des années 80, la bâtisse est démolie au profit d’un immeuble résidentiel. Mais au fait que sont devenues toutes ces œuvres d’art ?

Quand une résidence du XXe remplace une villa du XIXe siècle...

Quand une résidence du XXe remplace une villa du XIXe siècle…

   En février 1996, le courrier de Valescure n° 23, sous la plume de Pierre Fernez présente à son tour Angelo Mariani, et sa villa Andréa avec la modification de l’emplacement de la fontaine en ces termes : En 1985, Mme Baur présidente de notre association inaugura une seconde fois la fontaine de Valescure (ce qu’il en reste), 80 ans plus tard. Le carrefour des Anglais et sa fontaine  « marque » aujourd’hui l’entrée du quartier résidentiel de Valescure. En mars 2004, le courrier de Valescure n° 39, revient une nouvelle fois sur Mariani avec un texte de Corinne Galland évoquant la naissance du Coca-Cola.

   La même année le 26 novembre une conférence-diaporama sur Angelo Mariani est organisée à la médiathèque dans l’auditorium Saint-Exupéry du centre culturel de Saint Raphaël. La rencontre est dirigée par la Société d’histoire de Fréjus et de sa région avec l’association de Valescure. Elle reçoit Corinne Galland, Pierre Nicolini et Guy Petit Bova qui évoquent la mémoire de Mariani et sa « vaste » villa de Valescure.

   En 2007, l’un des meilleurs restaurateurs de Saint-Raphaël, Paul Duranton, eut à juste titre les honneurs de Var matin. Ce dernier, seul, uniquement pour son plaisir avait remis en évidence dans son établissement du centre-ville, Angelo Mariani, l’homme qui inventa le french tonic wine et sa célèbre Villa Andréa.

À l’intérieur :

Pour cela entrons sans effraction avec Angelo Mariani dans sa villa.

Angelo Mariani avec son célèbre cigare à son nom et produit à Cuba devant l'une des portes d'entrées de sa villa. Photographie de Jacques Mariani.

Angelo Mariani avec son célèbre cigare à son nom et produit à Cuba devant l’une des portes d’entrées de sa villa. Photographie de Jacques Mariani.

À l’intérieur :

   On pouvait tout d’abord voir deux oeuvres du sculpteur et dessinateur Corse Louis Patriache. Soit un beau tableau intitulé : La Provence et un portrait en relief représentant Xavier Paoli. À cela s’ajoutaient plusieurs toiles de Jean Renié (Vue de Fréjus) et d’Atalaya (Sancho et Don Quichotte). Sans oublier deux bustes réalisés par Jean Baffier dénommés : La femme au gui et l’Angèle et un ensemble collectif sous le nom de : La cuvée. De plus, on ne pouvait pas manquer le tableau de Guillemet ; Bords de Seine (environ de Paris). Sur la balustrade du balcon face au salon trônait sur un piédestal de marbre, la statuette d’Oscar Roty, la encore réalisé par Théodore Rivière.

   Grâce à un lecteur assidu (2) de notre blog consacré à l’oeuvre d’Angelo Mariani, nous avons eu le plaisir d’être contacté afin d’apprendre l’existence d’une photographie inédite d’Angelo Mariani prise à l’intérieur de la Villa Andréa à Saint-Raphaël (Var). Nous avons pu ensuite obtenir cette image que nous vous présentons maintenant :

Photographie prise entre 1909 et 1914 par Jacques Mariani

Photographie prise entre 1912 et 1914 par Jacques Mariani

   Sur cette photographie noire et blanc, on dénombre neuf personnes. Au premier coup d’oeil, de gauche à droite, on peut aisément distinguer tout d’abord Joseph Uzanne, puis Oscar Roty. Vient ensuite Angelo Mariani debout avec son éternel cigare à la main. Devant lui est assis sur un petit banc capitonné un inconnu. Qui est-il ? Au centre, l’épouse de Jacques Mariani (Louise Laroque) et sa maman à ses côtés. En s’approchant de la fenêtre, on voit semble-t-il l’aide ménagère et devant elle un enfant assis en tailleur non identifié. Enfin tout à droite de l’image, on aperçoit Xavier Paoli, cousin de Mariani. Cette photographie fut prise dans les années 1912-1913.

Aujourd’hui :

   D’un point de vue patrimonial à Valescure, tout a disparu ou presque, semble-t-il, de la villa Andréa. Il ne reste plus rien (?) de cette magnifique demeure qui reçut les plus grands de ce monde et qui fut pour partie à l’origine aujourd’hui de la marque mondiale la plus connue de la planète en ce XXIe siècle. Pas même une plaque d’information en cet endroit pour informer les touristes. Encore moins le nom d’une rue à son patronyme dans la commune. Ni d’ailleurs dans aucune ville ou village sur le continent, ni même en Corse son île adorée par-dessus tout. Étonnant ? Non pas vraiment. Selon un dicton populaire, il se dit que nul n’est vraiment prophète dans son pays…. Alors pourquoi un tel oubli ? On est vraiment en droit de se poser cette légitime question. Mais qui sait, peut être qu’un jour, cette injustice mémorielle sera enfin réparée.      A.D

villa 37(1) On peut admirer ce magnifique bronze de nos jours au musée de la Piscine à Roubaix.

(2) En l’occurrence M. Sylvain Calvier,  photographe, historien et archiviste, basé au 21 rue Saint Paul dans le 4e arrondissement de Paris.

Dans cet agréable magasin de photographie au coeur de Paris dormait cette photographie de Mariani à Valescure prise par son fils Jacques.

Dans cet agréable magasin de photographies au coeur de Paris dormait depuis de nombreuses années une photographie de Mariani à Valescure prise par son fils Jacques.

   Nous avons aussi retrouvé dans nos archives un dossier intitulé Angelo Mariani avec une photographie sans nom. Qui est-il ? Qui peut nous informer de son patronyme ?

Qui est-il ?

Qui est-il ?

   À noter les deux très beaux livres de Michel Roudillaud parus aux Éditions Alan Sutton dans la collection Mémoire en images, intitulés : Saint-Raphaël. (Tome 1 : 128 pages et tome 2 : 223 pages).

Saint-Raphaël de Michel Roudillaud, tome 2.

Saint-Raphaël de Michel Roudillaud, tome 2.

villa 36Pour plus d’informations,  Cf, les livres suivants :

livreangelomariani1.jpeg   Angelo Mariani : L’inventeur de la première boisson à la coca. Éditions Anima Corsa juin 2014 Bastia. 5 boulevard Hyacinthe de Montera. Christophe Canioni : 04 95 48 68 86. Et aussi sur le site Amazon.fr. Sans oublier : Cocaïne histoire mondiale d’une drogue aux Presses Universitaires de Corse, Éditions Anima Corsa, mars 2015 ou dans lequel un chapitre est consacré à Angelo Mariani.

Cocaïne histoire mondiale d'une drogue aux Presses Universitaires de Corse, Éditions Anima Corsa, mars 2015.

 

 

Une brève histoire de la Fontaine dite la Siagnole à Valescure commune de Saint-Raphaël (Var).

   Angelo Mariani en 1904 fait don à la commune de Saint-Raphaël d’un de ses terrains à Valescure afin de permettre l’installation d’une fontaine pour le bien de la population locale. Élément bien agréable du reste lors des périodes estivales. Afin d’embellir ce point d’eau, il demande à son ami parisien le sculpteur Théodore Rivière (1857-1912) de lui réaliser un magnifique bronze représentant une nymphe allongée sur des rochers et à Oscar Roty (1846-1911) un petit macaron en forme de tête de faune. Avec d’autres, il participe activement à l’aspect financier de ce projet qui devient du coup réalité.

   Cette oeuvre d’art, réalisée hors musée et située en plein air, aux abords de la Villa Andréa (en l’honneur de sa fille, trop tôt disparue) fait la une de plusieurs publications nationales de l’époque, comme La Simple Revue ou bien encore l’Illustration dans laquelle Angelo Mariani pose aux cotés de Rivière et de Roty. Cette beauté artistique a pour cadre les pins parasols et les eucalyptus. Cette beauté féminine ondulante, allégorie de l’écoulement de l’eau se repose allongée aux yeux de tous sur plusieurs blocs rocheux de rhyolite venus de l’Esterel voisin.

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   Cette fontaine qui est en réalité une commande personnelle d’Angelo Mariani à Théodore Rivière est un monument assez osé pour l’époque. Il se veut surtout être la conclusion de la source de la Siagnole. Pour preuve, l’extrait rédigé par le Docteur Langer (Plus connu sous le pseudonyme de Georges Régnal) et paru dans la Simple revue en 1910, intitulé : En Provence à Valescure à la villa Andréa (Villa Mariani) : « Un exquis petit ruisseau formé par la source de la fontaine la Siagnole traverse la propriété d’Angelo Mariani. Avec l’eau, dans le Midi, on fait de la végétation tropicale à volonté, comme aussi on acclimate toutes les espèces des régions tempérées, qui poussent seulement là plus vigoureuses, plus violemment colorées que partout ailleurs. Parmi les palmiers, les aloès, les kakis, les daturas, les camélias, et mille autres plantes, j’ai vu après un orage, un poivrier dont chaque feuille retenait une goutte de pluie irisée par le soleil déclinant … On eut dit la parure de Selika suspendue à ses branches. Entre M. A. Mariani et la Siagnole, il y a eu échange de bons procédés; si l’un doit à l’autre la beauté de ses parterres, il lui en a témoigné sa reconnaissance par l’érection d’ une fontaine à quelques pas de la villa, au rond-point du parc. La ravissante « Nymphe » de Théodore Rivière allongée sur la roche tend une coupe à la source délicieuse ».

   D’ailleurs ce n’est pas la première fois qu’Angelo Mariani fait bâtir une fontaine. En témoigne cette autre source réalisée par ses soins dans son village natale de Pero-Casevecchie en Corse en 1896.

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   En ce qui concerne la fontaine artistique de Valescure parfois dénommée la Sirène, elle est officiellement inaugurée en février 1905. En présence du Préfet du Var, M. Charles Evariste Bonnerot (1856-1933) et du maire de Saint-Raphaël, M. Léon Basso. La municipalité par la suite avec une délibération en date du 16 avril de la même année entérine ce don. Pendant plus de trente-sept années, la sculpture de Théodore Rivière fera le bonheur des habitants de Valescure commune de Saint-Raphaël dans le Var.

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   Ce point d’eau va ensuite connaître bien des vicissitudes. Qu’on en juge par ces quelques éléments : Le 11 novembre 1942, les armées allemandes envahissent la zone de Vichy, dite « libre ». Ces derniers réagissent en représailles au débarquement allié en Afrique du Nord. Les Italiens le jour suivant font de même pour huit départements français et agrandissent de la sorte leur propre zone d’occupation en y incluant la Corse. Ils atteignent le Rhône. Le Var (a) de ce fait passe sous leur contrôle. Le 27 novembre les allemands, présents dans cette partie du territoire national attaquent par surprise Toulon. Le but est de s’emparer de la flotte française. C’est un échec pour eux car les navires français se sabordent. Les allemands occupent cependant la base aéronavale de Fréjus. Il est souvent dit que les militaires Allemands en 1942 ont pris alors la statue en bronze de Valescure comme trophée de guerre pour leur fonderie. On peut donc aisément dater, au vu des évènements, ce triste forfait entre la fin novembre et le mois de décembre de la même année. Chose étonnante, ils ne prennent ni la tête de faune, ni la plaque d’inauguration (b).

   Après guerre la fontaine semble passer dans l’oublie jusqu’au jour d’une modification urbanistique dans le quartier de Valescure. En 1985, à l’emplacement du carrefour dit des Anglais, il est décidé de la déplacer de quelques dizaines de mètres. Mme Baur responsable associative en fut le maître d’oeuvre. Cette nouvelle localisation voulue par la municipalité de l’époque, doit faciliter la circulation automobile croissante. La Mairie en profite pour faire un modèle de la tête de faune et remplacer l’original. Ce dernier se trouve en toute logique aujourd’hui au musée de Saint- Raphaël. Seule reste sur place la plaque commémorative, incrustée dans la fontaine ou ce qu’il en reste. Bien des années plus tard, Émilie Michaud-Jeannin (docteur en histoire de l’art) dans le quotidien Var matin du 2 septembre 1990 (c) émettait une idée par le biais d’une remarque ingénieuse : « Il est regrettable de ne pas avoir retrouvé un moulage qui l’eût remplacée ». Auparavant Émilie Michaud-Jeannin nous apprenait déjà, le 8 août 1989, que la demeure villa Andréa, avait été réalisée dès 1888 par l’architecte Ravel.

   La photographie est réalisée là encore par A. Bandieri. Dans la revue l‘Illustration du 11 mars 1905, n° 3237, à la rubrique : documents et informations, le journaliste en charge de cette partie a la mauvaise idée de recadrer la photographie. Il fait disparaître du coup Roty et Mariani ne laissant que Théodore Rivière. Mieux, il remercie la colonie étrangère (anglaise) d’avoir doté la commune de Saint-Raphaël de cette oeuvre. Cette dernière n’y est pourtant pour rien. Pour preuve la délibération du conseil municipal de Saint-Raphaël du 16 avril 1905 qui rectifie cette erreur par la précision suivante : « M. Mariani, Mesdames Bouloumié et Chapusot et Messieurs Kuhn, Labbé, Lutaud, Paoli et Roty ont tous contribué aux frais d’édification du monument sur un terrain appartenant à M. Mariani, en bordure sur le Boulevard de Valescure. Cette fontaine est due au ciseau artistique du sculpteur Théodore Rivière ». Quelque temps plus tard, la plaque d’inauguration est déplacée de la droite vers la gauche du monument. Et on y voit apparaître un nouveau nom : H. Poussin (Henri Poussin,  architecte connu pour ses réalisations carcérales).

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Photographie d’A. Bandieri avec Théodore Rivière sans Roty et Mariani.

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Photographie d’A. Bandieri avec Théodore Rivière, Roty et Mariani.

   Sur cette carte postale ci-dessous, on distingue Mme Isabelle Chapusot, Angelo Mariani avec sa barbe blanche et en retrait Xavier Paoli, son cousin commissaire principal de Police à Paris en charge de la Sécurité des personnalités politiques de passage sur le territoire national. En arrière-plan, on remarque la villa Mariani dite Andréa construite en 1890.

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   C’est un autre cliché d’A. Bandieri. Ce dernier possède un studio photographique sur la place Pierre Coullet au centre-ville de Saint-Raphaël. On doit à ce photographe de nombreuses images du début du siècle passé réalisés pour l’essentiel dans le Var.

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Extrait d’un cliché paru dans l’ouvrage rédigé par Marcel Carlini et intitulé : Saint-Raphaël, le temps retrouvé, Editions Equinoxe, 1998.

(a) Le Var est occupé militairement, et ce de manière totale du 28 novembre 1942 au 8 septembre 1943 par l’Italie fasciste et la 4e armée du général Vercellino. Le 9 septembre 1943, suite à l’armistice italien avec les alliés (Cassibile) et à la chute du dictateur Mussolini, l’armée allemande envahit alors le Var. En réalité, les nazis se sont déjà positionnés sur les côtes de Provence dès juillet 1943. Ils y resteront jusqu’au 15 août 1944. À cette date des commandos français et l’armée U.S, les chasseront en débarquant victorieusement en Provence.

(b) Il peut être important de lire sur ce sujet, l’étude précise de Jean-Yves Coulon, parue dans le quotidien Ouest-France en décembre 1984 et intitulé : La Saint-Barthélemy de la statuaire.

(c) Émilie Michaud-Jeannin, La nymphe de la Fontaine, Théodore Rivière l’avait sculptée pour orner le carrefour des Anglais. Souvenir de l’artiste, Var matin, 2 septembre 1990.

   Pour en savoir plus sur cette fontaine âgée de 110 ans, on peut se reférer aux articles et textes suivants parmi d’autres :

Exposé sur Valescure, Magali Kieffer et Louis Marsan, 17 mars 1977, comité de promotion culturelle, Villa Marie à Fréjus.
Var Matin République, 19 mars 1977, Valescure un site fort apprécié grâce aux efforts d’un ancien maire raphaëlois : Félix Martin, A.P.
Nice Matin, 20 mars 1977, Quand Valescure avait l’accent d’Oxford.
Var Matin, 8 aout 1989, Villa Andréa, le souvenir d’Angelo Mariani, Emilie Michaud-Jeanin.
Var Matin, 2 septembre 1990, La nymphe de la fontaine, Emilie Michaud-Jeanin.
Courrier de Valescure, n° 23 février 1996, Mariani à Valescure…il y a 100 ans, Pierre Fernez.
Fiche n° 179, concernant Angelo Mariani au service des archives et de documentation, ville de Saint-Raphaël en date de décembre 2003.
Courrier de Valescure, n° 39 février 2004, Le vin Mariani ou l’origine du Coca-Cola, Corinne Galland.
Var Matin, 17 juillet 2007, Angelo Mariani, l’homme qui inventa le French tonic wine, C. Bobo.   A.D
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