Angelo Mariani et sa passion commune avec Émile Decoeur, Georges Groslier et Théodore Rivière pour le Cambodge.

Il nous paraît souhaitable par le biais de ce présent texte de préciser un point historique. Lors de précédents travaux, nous avions donné la paternité créatrice concernant « Les Cambodgiennes d’Isobathe », en faïence et grès à Théodore Rivière. En réalité il n’en est rien. Erreur que plusieurs auteurs ont repris par la suite sans aucune vérification. Un léger retour en arrière s’impose afin d’expliquer cette méprise. En 1985, la villa Andréa construite par Angelo Mariani à Valescure (Var) est démolie. On ne sait pas alors si le grand panneau mural : « Les Cambodgiennes d’Isobathe », en faïence et grès a pu être préservé ?

Dr : La villa Andréa d’Angelo Mariani à Valescure par le docteur Landger in la Simple Revue 1910.

Sans oublier les trois plaques d’Émile Mouchon et les gravures d’Oscar Roty, insérées dans les murs extérieurs de la demeure ? Ce que l’on ne sait par contre en 2021, c’est que ce grand panneau mural n’est qu’une partie d’une œuvre gigantesque. Mieux ce fameux bas relief fut réalisé par Émile Decoeur (1876-1953). Cet objet d’art (Hauteur : 2,30 m pour une largeur de 1,70 m) composé de 23 éléments en céramique polychrome sur une base de grès (la peinture et les émaux furent signés d’Henri Brugnot (1874-1940)) représente trois jeunes femmes chargées d’offrandes, dont une réplique du palais d’Ankor à l’attention du monarque Cambodgien Sisowath 1er.

Dr : Brett Hudson Matthews dit Brett Epic Wikipedia.
Dr.

Avant lui le prince Iukanthor, fils du Roi Norodom et héritier du trône du Cambodge avait débuté une belle réclame pour le vin Mariani à la coca du Pérou en février 1901. Il était accompagné dans cette démarche par son frère le prince Phanuwong.

Dr : Le petit Marseillais supplément illustré cinquième série février 1901.
Dr : Le petit Marseillais supplément illustré cinquième série février 1901

Ces servantes par leur nombre célèbrent surtout le retour des trois provinces jusqu’alors annexées par le Siam (Battambang, Siem Reap et Sisophon). En réalité, cette œuvre n’est qu’une partie d’un triptyque (1/3), car il y a aussi la statue en bronze à taille réelle du roi Sisowath au centre sculptée là pour le coup par Théodore Rivière (1857-1912) et à gauche un symbole R.F avec un milicien cambodgien armé, placé sous les plis du drapeau tricolore. Soit d’autres céramiques d’Émile Decoeur. En outre cette partie gauche est accompagnée d’un texte évoquant le traité du 15 mars 1907 et d’un médaillon à l’effigie du Consul de France Marc Daniel Durousseau de Coulgeans (1853-1903) qui œuvra pour ce pacte diplomatique.

Dr : Anilakeo Wikipedia (détail).

Aujourd’hui l’original au complet (qui fut inauguré le 23 février 1909) se trouve toujours à Phnom Penh sur la colline dite du temple. Et que l’on peut ainsi observer à sa guise.

Dr.
Dr.
Dr : Anilakeo Wikipedia.

Enfin on ne peut faire l’impasse de l’artiste peintre, scientifique et archéologue du pays khmer Georges Groslier (1887-1945) (1). Ce dernier apparaît dans les suppléments Mariani (800 000 exemplaires sur toute la France), dans la 17 e série de 1912 et parue en juin 1913 du temps d’Angelo Mariani.

Dr : La Revue 17 e série 1912.

Puis en 1927 dans la 25 e série dirigée par Jacques Mariani.

Dr : Le Temps 25 e série de 1927.
Dr La Revue 17 e série 1912.

(1) Pour plus d’informations sur ce personnage Cf les récents travaux universitaires de Gabrielle Abbe.

A.D

La Villa Andréa de Valescure à Saint-Raphaël (Var), propriété d’Angelo Mariani.

   L’origine tout d’abord du nom de cette villa : Andréa est le prénom du second enfant d’Angelo Mariani née le 8 août 1874 à Paris. Sa fille unique quitte ce monde cependant en avril 1894 à peine âgée de 19 ans plaçant un temps Angelo Mariani dans une immense tristesse. D’autant qu’il avait déjà perdu son premier fils André, en avril 1878 en Corse, né le 2 juin 1871 dans la capitale. Il avait été touché lui aussi par une maladie incurable au même titre que leur mère la même année.

André Mariani (Paris 18 Corse 18. Repose au Père Lachaise.

André Mariani (Paris juin 1871- Corse avril 1878). Il repose au Père Lachaise.

L’aspect extérieur de la villa Andréa :

   À la lecture de l’historien Jacques Chevillard, on apprend qu’en septembre 1888, les architectes Sylvain Ravel et Henri Lacreusette sont chargés de construire pour Angelo Mariani, une villa à Valescure appelée Andréa située près du carrefour dit des Anglais qui domine un vaste parc d’une dizaine d’hectares planté de nombreuses variétés de palmiers, camélias et lauriers-roses. On pouvait même en 1905 visiter les lieux en s’adressant au jardinier sur place. En outre selon les écrits et les propos de Louis Marsan en mars 1977, il y avait aussi des pins parasols et des eucalyptus dans les jardins de la propriété Mariani. Au début du XXIe siècle, Angelo Mariani fit agrandir sa villa avec une très grande dépendance dénommée les Violettes par les soins de M. Aragon entrepreneur à Saint-Raphaël sous l’autorité de l’architecte M. Léon Sergent d’après les indications de Mme Lindsay Benoît arrière petite fille de ce dernier. Cette seconde maison servait à recevoir tous les amis de passage à l’image de l’aviateur Roland Garros.

Cette seconde demeurre servait pour recevoir diverses parfois même en location.

Cette seconde demeure servait pour recevoir diverses personnalités quand la villa Andréa est déjà au complet. La villa Les Violettes était même louée à des amis lorsqu’ Angelo Mariani était absent de Valescure.

   Le portail d’entrée de la villa était composé d’un bas relief exécuté par Oscar Roty (excusez du peu !) : L’amour dans les bras d’une nymphe. Cet objet de collection fut malheureusement dérobé par un passant indélicat selon les dires de Mme Émilie Michaud-Jeanin dans un article de Var Matin paru en août 1989 et intitulé : Villa André : le souvenir d’Angelo Mariani.

L'entrée de la villa Andréa. Sur le pilier droit du portail, on distingue au dessus de la sonnette, la plaque de Roty.

L’entrée de la villa Andréa. Sur le pilier droit du portail, on distingue au dessus de la sonnette, la plaque de Roty.

  À noter les magnifiques images prises à cette occasion par le journaliste et photographe Philippe Arnassan, pour illustrer l’article. Et que l’on a plaisir, ici, à remercier.

Vue extérieure, facade Nord de la villa Andréa. Sur la gauche de la photographie, on distingue la disparition de la plaque réalisée par Oscar Roty.

Vue extérieure, façade Nord de la villa Andréa. Sur la gauche de la photographie, on distingue la disparition de la plaque réalisée par Oscar Roty.

Entrée de la villa Andréa orienté à l'est. On constate en matière architecturale que la toiture a été remplacée par de magnifiques terrasses.

Entrée de la villa Andréa orientée à l’Est. On constate en matière architecturale que la toiture a été remplacée par de magnifiques terrasses.

Grâce à l'ingéniosité de la prise de vue, on observe avec délice la qualité des ornements architecturaux de la villa Andréa réalisée au XIXe siècle.

Grâce à l’ingéniosité de la prise de vue de cette photographie, on observe avec délice la qualité des ornements architecturaux de la villa Andréa construite à la fin du XIXe siècle.

La villa Andréa : un petit musée omniprésent, même dans le jardin.

   A l’approche du vestibule, les invités de Mariani pouvait admirer une nouvelle oeuvre d’Oscar Roty connu sous la célèbre appellation : In labore quies. Le visiteur pouvait aussi observer de nombreuses plaques de bronze d’Eugène Mouchon apposées sur les murs extérieurs encadrant les fenêtres. Dans le jardin, c’est avant tout le monument de Théodore Rivière en hommage au Djinn ou dit souvent Lanceur de pierre qui attirait l’attention. Il y avait en outre selon Georges Régnal, la merveille dite : Les Hordes d’Attila  bloc de bronze imposant de plusieurs centaines de kilogrammes (1). Du même artiste, la fameuse nymphe de la Siagnole en bronze elle aussi placée cette fois à l’extérieur de la propriété de Mariani selon les directives de ce dernier afin que les passants puissent en profiter.

Jardin et terrasse de la Villa Andréa.

Jardin et terrasse de la Villa Andréa.

   C’est aussi en ce lieu qu’Angelo Mariani recevait régulièrement Les Petits Éclaireurs Raphaëlois qui venaient souvent en nombre. Des groupes d’une cinquantaine éléments n’étaient pas rare dans son jardin.

Mariani ou le mécène discret des Petits Éclaireurs Raphaëlois.

Mariani ou le mécène discret des Petits Éclaireurs Raphaëlois. Cette iconographie provient de la collection privée de M.   Michel Roudillaud, écrivain spécialiste de l’Histoire de nombreuses communes du Var en général et de Saint-Raphaël en particulier.

Les proches alentours de la villa :

   Angelo Mariani aime à se promener. Le voici aux abords de sa villa de retour d’une balade.

Par une belle journée ensoleillé Angelo Mariani accompagné par un ami est de retour à la villa Andréa. En arrière plan ce mur en pierre de taille existe toujours. Photographie de Jacques Mariani.

Par une belle journée ensoleillée Angelo Mariani accompagné par un ami est de retour à la villa Andréa. En arrière plan le mur en pierre de taille existe toujours. Photographie de Jacques Mariani.

Les hommes passent, les pierres restent.

Les hommes passent, les pierres restent.

   En 1965, la villa Andréa dénommée parfois Mariani est vendue. Dans les murs, on pouvait encore observer en 1977 des œuvres d’art sous forme de plaques de cuivre encastrer dans les murs. Sur l’une d’entre elles, on pouvait même y lire une citation d’Émile Rochard en date de 1898 : Oasis souriant à l’irréel des rêves. Valescure est un parc endormi dans l’azur, vrai paradou, repos berceur, asile sûr qui prolonge la vie et rend les heures brèves. Il y avait aussi un magnifique bas relief en céramique polychrome de 2,50 sur 2,30 mètres représentant des porteuses d’offrandes javanaises réalisé par Théodore Rivière.

Ornement mural en céramique de toute beauté.

Ornement mural en céramique de toute beauté.

   Puis au milieu des années 80, la bâtisse est démolie au profit d’un immeuble résidentiel. Mais au fait que sont devenues toutes ces œuvres d’art ?

Quand une résidence du XXe remplace une villa du XIXe siècle...

Quand une résidence du XXe remplace une villa du XIXe siècle…

   En février 1996, le courrier de Valescure n° 23, sous la plume de Pierre Fernez présente à son tour Angelo Mariani, et sa villa Andréa avec la modification de l’emplacement de la fontaine en ces termes : En 1985, Mme Baur présidente de notre association inaugura une seconde fois la fontaine de Valescure (ce qu’il en reste), 80 ans plus tard. Le carrefour des Anglais et sa fontaine  « marque » aujourd’hui l’entrée du quartier résidentiel de Valescure. En mars 2004, le courrier de Valescure n° 39, revient une nouvelle fois sur Mariani avec un texte de Corinne Galland évoquant la naissance du Coca-Cola.

   La même année le 26 novembre une conférence-diaporama sur Angelo Mariani est organisée à la médiathèque dans l’auditorium Saint-Exupéry du centre culturel de Saint Raphaël. La rencontre est dirigée par la Société d’histoire de Fréjus et de sa région avec l’association de Valescure. Elle reçoit Corinne Galland, Pierre Nicolini et Guy Petit Bova qui évoquent la mémoire de Mariani et sa « vaste » villa de Valescure.

   En 2007, l’un des meilleurs restaurateurs de Saint-Raphaël, Paul Duranton, eut à juste titre les honneurs de Var matin. Ce dernier, seul, uniquement pour son plaisir avait remis en évidence dans son établissement du centre-ville, Angelo Mariani, l’homme qui inventa le french tonic wine et sa célèbre Villa Andréa.

À l’intérieur :

Pour cela entrons sans effraction avec Angelo Mariani dans sa villa.

Angelo Mariani avec son célèbre cigare à son nom et produit à Cuba devant l'une des portes d'entrées de sa villa. Photographie de Jacques Mariani.

Angelo Mariani avec son célèbre cigare à son nom et produit à Cuba devant l’une des portes d’entrées de sa villa. Photographie de Jacques Mariani.

À l’intérieur :

   On pouvait tout d’abord voir deux oeuvres du sculpteur et dessinateur Corse Louis Patriache. Soit un beau tableau intitulé : La Provence et un portrait en relief représentant Xavier Paoli. À cela s’ajoutaient plusieurs toiles de Jean Renié (Vue de Fréjus) et d’Atalaya (Sancho et Don Quichotte). Sans oublier deux bustes réalisés par Jean Baffier dénommés : La femme au gui et l’Angèle et un ensemble collectif sous le nom de : La cuvée. De plus, on ne pouvait pas manquer le tableau de Guillemet ; Bords de Seine (environ de Paris). Sur la balustrade du balcon face au salon trônait sur un piédestal de marbre, la statuette d’Oscar Roty, la encore réalisé par Théodore Rivière.

   Grâce à un lecteur assidu (2) de notre blog consacré à l’oeuvre d’Angelo Mariani, nous avons eu le plaisir d’être contacté afin d’apprendre l’existence d’une photographie inédite d’Angelo Mariani prise à l’intérieur de la Villa Andréa à Saint-Raphaël (Var). Nous avons pu ensuite obtenir cette image que nous vous présentons maintenant :

Photographie prise entre 1909 et 1914 par Jacques Mariani

Photographie prise entre 1912 et 1914 par Jacques Mariani

   Sur cette photographie noire et blanc, on dénombre neuf personnes. Au premier coup d’oeil, de gauche à droite, on peut aisément distinguer tout d’abord Joseph Uzanne, puis Oscar Roty. Vient ensuite Angelo Mariani debout avec son éternel cigare à la main. Devant lui est assis sur un petit banc capitonné un inconnu. Qui est-il ? Au centre, l’épouse de Jacques Mariani (Louise Laroque) et sa maman à ses côtés. En s’approchant de la fenêtre, on voit semble-t-il l’aide ménagère et devant elle un enfant assis en tailleur non identifié. Enfin tout à droite de l’image, on aperçoit Xavier Paoli, cousin de Mariani. Cette photographie fut prise dans les années 1912-1913.

Aujourd’hui :

   D’un point de vue patrimonial à Valescure, tout a disparu ou presque, semble-t-il, de la villa Andréa. Il ne reste plus rien (?) de cette magnifique demeure qui reçut les plus grands de ce monde et qui fut pour partie à l’origine aujourd’hui de la marque mondiale la plus connue de la planète en ce XXIe siècle. Pas même une plaque d’information en cet endroit pour informer les touristes. Encore moins le nom d’une rue à son patronyme dans la commune. Ni d’ailleurs dans aucune ville ou village sur le continent, ni même en Corse son île adorée par-dessus tout. Étonnant ? Non pas vraiment. Selon un dicton populaire, il se dit que nul n’est vraiment prophète dans son pays…. Alors pourquoi un tel oubli ? On est vraiment en droit de se poser cette légitime question. Mais qui sait, peut être qu’un jour, cette injustice mémorielle sera enfin réparée.      A.D

villa 37(1) On peut admirer ce magnifique bronze de nos jours au musée de la Piscine à Roubaix.

(2) En l’occurrence M. Sylvain Calvier,  photographe, historien et archiviste, basé au 21 rue Saint Paul dans le 4e arrondissement de Paris.

Dans cet agréable magasin de photographie au coeur de Paris dormait cette photographie de Mariani à Valescure prise par son fils Jacques.

Dans cet agréable magasin de photographies au coeur de Paris dormait depuis de nombreuses années une photographie de Mariani à Valescure prise par son fils Jacques.

   Nous avons aussi retrouvé dans nos archives un dossier intitulé Angelo Mariani avec une photographie sans nom. Qui est-il ? Qui peut nous informer de son patronyme ?

Qui est-il ?

Qui est-il ?

   À noter les deux très beaux livres de Michel Roudillaud parus aux Éditions Alan Sutton dans la collection Mémoire en images, intitulés : Saint-Raphaël. (Tome 1 : 128 pages et tome 2 : 223 pages).

Saint-Raphaël de Michel Roudillaud, tome 2.

Saint-Raphaël de Michel Roudillaud, tome 2.

villa 36Pour plus d’informations,  Cf, les livres suivants :

livreangelomariani1.jpeg   Angelo Mariani : L’inventeur de la première boisson à la coca. Éditions Anima Corsa juin 2014 Bastia. 5 boulevard Hyacinthe de Montera. Christophe Canioni : 04 95 48 68 86. Et aussi sur le site Amazon.fr. Sans oublier : Cocaïne histoire mondiale d’une drogue aux Presses Universitaires de Corse, Éditions Anima Corsa, mars 2015 ou dans lequel un chapitre est consacré à Angelo Mariani.

Cocaïne histoire mondiale d'une drogue aux Presses Universitaires de Corse, Éditions Anima Corsa, mars 2015.

 

 

Mariani (déc 1838-avril 1914) et Mistral (sep 1830-mars 1914) ou quelques éléments peu connus sur leur longue relation amicale de 1890 à 1914.

   Tout d’abord il nous semble opportun de préciser que la construction de ce texte est due en grande partie aux travaux du regretté Vincent Armendares et de son épouse Carmina parus dans la revue : La France latine. Ensuite nos remerciements vont à M. l’étudiant en archéologie guide conférencier à Maillane et à M. Alain Barnicaud, conservateur au magnifique palais du Roure dans la très belle ville d’Avignon qui nous a permis d’observer et d’étudier 14 lettres de Mistral à Mariani (datée entre mai 1897 et juin 1910). Merci aussi pour son accueil en ce lieu chargé d’histoire. Sans oublier enfin M. Gérard Baudin, le spécialiste reconnu de Frédéric Mistral, et qui dirige de nos jours le conservatoire documentaire et culturel basé à Marseille.

un portrait de Mistral paru en 1892 dans les pré-albums Mariani accompagné d'un poème à la gloire du vin Mariani.

Un portrait de Mistral paru en 1892 dans les pré-albums Mariani accompagné d’un poème à la gloire du vin Mariani.

Couverture de 1892 pour l'album Mariani.

Couverture de 1892 pour l’album Mariani.

La rencontre :

   Est ce que tout débute en novembre 1891, date qui correspond à la première lettre connue entre Mariani et Mistral selon les archives de Maillane ? Ou bien encore plus tôt ? Sachant que la première publication officielle de Mistral par Mariani remonte à la 2eme série d’août 1892 dans les pré-albums soit plus d’un an avant la version officielle et définitive pour le grand public de novembre 1893 tome 1. (Il y aurait plus d’une centaine de lettres d’Angelo Mariani à l’attention de Frédéric Mistral et vis versa dans les archives de Maillane entre la période de novembre 1891 à décembre 1913, mais que nous n’avons pas pu encore observé à ce jour).

   En février 1895, Mistral se rend chez Mariani à Paris au 11 rue Scribe près de l’Opéra. C’est le pied-à-terre parisien du poète. Mariani en profite pour lui offrir sa boutonnière d’officier de la Légion d’honneur car Mistral ne l’a pas. Il ne sait pas où acheter le ruban en question dans la capitale. La relation s’intensifie entre ces deux grandes personnalités.

DR: Cette photographie représentant Mistral et Mariani, ensemble, a semble-t-il été prise par Florent Miesienski à Arles le 24 décembre 1906.

DR: Cette photographie représentant Mistral et Mariani, a semble-t-il été prise par Florent Miesienski à Arles le 24 décembre 1906.

   Mariani veut représenter en outre ses amis par des statuettes en bronze. Son projet prend de l’ampleur grâce à la collaboration d’un grand sculpteur en devenir : Théodore Rivière (sept 1857-nov 1912). Il sollicite par ailleurs Frédéric Mistral pour l’écriture d’un conte à la gloire de la coca. Le poète accepte.

Édition populaire de format in-32, Huit Contes à Mariani. 1896.

Édition populaire de format in-32, Huit Contes à Mariani. 1896.

Conte de Mistral avec plusieurs illustrations de Robida intitulé : Les Secrets des Bestes.

Conte de Mistral avec plusieurs illustrations de Robida intitulé : Les Secrets des Bestes.

   On voit aussi dans le journal provençal l’Aïoli dirigé par Mistral apparaître des publicités en langue provençale vantant les bienfaits du Vin Mariani à la coca dou Pérou.

Publicité Vin Mariani en langue provençale parue dans le journal L'Aïoli.

Publicité Vin Mariani en langue provençale parue dans le journal L’Aïoli.

   Le 28 décembre 1900, la statuette de Mariani en plâtre enfin réalisée par Théodore Rivière arrive au domicile de Mistral. Au début du mois de mars 1901, c’est au tour de la statuette de Mistral de se retrouver dans la demeure du Maître. Deux mois plus tard, la même statuette mais cette fois-ci en bronze débarque à Maillane.

Statuette d'Angelo Mariani réalisée par Théodore Rivière présente à Maillane.

Statuette d’Angelo Mariani réalisée en 1900 par Théodore Rivière et présente à Maillane.

   Échange de bon procédé entre les familles Mistral et Mariani en mars-avril 1903, avec Jacques Mariani qui vient s’installer quelques jours chez Mistral. Il fait de nombreuses photographies du maître.

Mistral à côté des nombreuses statuettes placées sur la cheminé.

Mistral à côté des nombreuses statuettes placées sur la cheminé près de son bureau et de sa bibliothèque.

De nos jours en 2015.

De nos jours en 2015.

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Gravure réalisée à partir d’une photographie de Nadar représentant le statuaire Théodore Rivière. Iconographie parue dans le tome IV des Albums Mariani en 1899.

   À cette même période Angelo Mariani propose d’offrir un tableau dénommé : « l’Empereur du Soleil » réalisé par Charles Toché (juillet 1851-août 1916) et représentant Frédéric Mistral afin que cette œuvre soit présente à Maillane. (Cette peinture est toujours présente en ce lieu et plus particulièrement dans le salon du maître). En décembre 1904, Mistral connaît la consécration tant en France qu’au niveau international par l’obtention du prix Nobel de littérature. Mariani a oeuvré dès 1901 en cela.

Extrait du Le Petit Journal en date du 25 décembre 1904.

Extrait du quotidien Le Petit Journal en date du 25 décembre 1904.

    Mistral n’hésite pas de son côté à offrir en 1906, à Angelo Mariani un exemplaire de Mireille en édition de grand luxe sur papier japon (Hachette) avec des eaux-fortes et vignettes d’Eugène Burnand et les encadrements en couleurs d’Henri-Léon Pallandre. Qui le fait aussitôt relier par Charles Meunier. A cela s’ajoute un autographe personnel de Mistral à Mariani dans l’ouvrage : « Transcrit pour mon ami Angelo Mariani en communication et souvenir reconnaissant de la médaille (or, argent et bronze) qu’il fit graver pour moi par Georges Dupré, en l’an de grâce 1906. F. Mistral. Maillane, Provence, 3 décembre 1906. Cela amène Angelo Mariani à faire encastrer les trois médailles en métal gravé reproduites à partir des médailles originales dans la reliure. Cette pièce d’orfèvre, signée Dupré (Oct 1869- juin 1909), fut frappée en bronze, argent et or (65 x 55 mm). Sur l’avers : A Frederi Mistral ses amis ses admirateurs. Sur le revers : O santi Mario …“.

DR : Collection Gérard Baudin.

DR : Collection Gérard Baudin.

DR : Collection Gérard Baudin.

DR : Collection Gérard Baudin.

   L’initiateur de ce projet est là encore Angelo Mariani. Cette médaille présente un avers en deux états : l’un, Frédéric Mistral coiffé de son chapeau, l’autre en tête nue. Le revers de chaque état rend hommage à Mireille. Le tirage initial fut très restreint (50 argent et 100 bronze). Dans un courrier d’Angelo Mariani du 19 octobre 1906, ce dernier explique à Mistral qu’il va se rendre à Maillane une demi-journée afin de lui remettre directement la plaquette en or que Dupré vient de frapper. Mistral par la suite en achète huit en bronze quatre avec chapeau quatre sans. Ces pièces furent placées au Muséon Arlaten dans une vitrine sécurisée dénommée Angelo Mariani sur insistance de Mistral. En effet c’est Angelo Mariani qui finança là encore à titre gracieux ce meuble. Mais le 16 mai 1911, des voleurs s’emparèrent de tous les objets de valeur (parures en or, diamants, une couronne de vermeil, médailles de Dupré, insignes et objets divers en l’honneur du vin Mariani gravé par Oscar Roty). Ces trésors disparaissent à tout jamais.

   Le 8 septembre 1908, Mariani déjeune à Arles à l’hôtel du Forum avec Mistral et son épouse, accompagnés de Théodore Rivière, de Folco de Baroncelli, de Madame Jeanne de Flandreysy et Jean Charles-Roux à l’occasion du 78e anniversaire du poète.

Mistral et le vin Mariani.

Mistral 1892c

Représentation d’une bouteille vin tonique Mariani.

    Mistral est un bon connaisseur du breuvage Mariani. Nous savons à la lecture d’un courrier qu’au début de l’année 1906, Angelo Mariani fait remettre des verres gravés par Oscar Roty avec « une petite provision annuelle de vin de coca ». Selon une autre lettre en date du 19 août 1908, et signée de Piory responsable commercial des Établissements Mariani, on apprend qu’Angelo Mariani a fait parvenir : « 30 flacons de vin Mariani, mais aussi 6 litres d’Élixir de la réserve personnelle de M. A. Mariani et qui a environ 10 ans de fût et une boîte de cigares de sa marque ». Le 17 mars 1911, une nouvelle missive encore signée de Piory pour Mariani nous indique que ce dernier transmet cette fois-ci : « une caisse contenant 60 bouteilles de Vin Mariani, une autre de 30 bouteilles et 150 flacons échantillon ». Et Mistral l’en remercie aussitôt par retour de courrier du 26 du même mois. Un peu plus tard en septembre de la même année on apprend que Mariani envoie à Maillane « plusieurs bouteilles de Cognac et des bonbons Gismonda au vin Mariani ». Cette habitude se perpétue au moins jusqu’en février 1913 et on constate que les bonbons au vin Mariani sont à l’attention en réalité de Mme Mistral née Marie Rivière (fév 1857-fév 1943).

une bouteille bien mise en évidence pour la photographie parue dans la revue : les Annales politiques et littéraires n° 1451 du 16 avril 1911 afin d'illustrer un texte intitulé : Le Voyage d'Art en Provence de jules Clarétie.

une bouteille bien mise en évidence pour la photographie parue dans la revue : Les Annales politiques et littéraires n° 1451 du 16 avril 1911 afin d’illustrer un texte intitulé : Le Voyage d’Art en Provence de Jules Clarétie.

   Au final de ce texte, on fait le constat que Mariani par ses multiples dons à Mistral était en fin de compte toujours présent à Maillane tant dans le bureau du Maître, que dans son salon ou bien encore dans sa cuisine.    A.D

La statue Mistral à Arles : une longue histoire.

  Le 19 décembre 1908 au siège de la compagnie générale transatlantique à Paris est installé comme président du comité pour l’érection d’une statue en l’honneur de Mistral : Jules Charles-Roux, ancien député de Marseille. L’idée de départ provient là encore d’Angelo Mariani avec la complicité de Jeanne de Flandreysy. Cette dernière est nommée vice-présidente aux côtés entre autres de Jules Clarétie. Angelo Mariani quant à lui et qui a déjà choisi le sculpteur, Théodore Rivière est désigné en qualité de trésorier afin de récupérer les fonds afférant à ce projet.

Statue de Mistral à Arles au début u XXe siècle.

Statue de Mistral à Arles au début du XXe siècle.

   En mai 1909, est érigée la statue de Frédéric Mistral à Arles. Le monument, qui comprend en outre un socle auquel est adjoint un médaillon de Mireille réalisé par Férigoule un statuaire local ancien directeur du musée d’Arles. Sur cette partie de l’oeuvre, on peut y lire le patronyme d’Angelo Mariani.

   Pendant la Seconde Guerre mondiale, le 21 mars 1942, la statue est déboulonnée afin d’être fondue à la demande du ministère de la production industrielle du régime de Pétain en collaboration avec les autorités militaires allemandes. La tête de Mistral est découpée et sauvée discrètement par un dénommé Mugnani, ferrailleur marseillais de son état. La statue est reconstituée après guerre à partir d’une des maquettes en plâtre de Théodore Rivière. Elle est inaugurée à nouveau le 3 juillet 1948. C’était, il y a exactement 67 ans. A.D.

Statue de Mistral à Arles au début du XXIe siècle.

Statue de Mistral à Arles au début du XXIe siècle.

Pour plus d’informations,  Cf, les livres suivants :

livreangelomariani1.jpeg   Angelo Mariani : L’inventeur de la première boisson à la coca. Éditions Anima Corsa juin 2014 Bastia. 5 boulevard Hyacinthe de Montera. Christophe Canioni : 04 95 31 37 02. Et aussi sur le site Amazon.fr  et le très beau livre de Gérard Baudin consacré à Frédéric Mistral, paru en 2014 à Paris aux Éditions HC.

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