Le Monde et Angelo Mariani

   Quel n’a pas été notre plaisir de lire le jeudi 18 août 2022 dans le quotidien Le Monde un très bel article intitulé : La cocaïne, péril blanc de la belle époque, p 18. Ce texte percutant rédigé dans la collection Séries d’été par deux spécialistes (Simon Piel et Thomas Saintourens) évoquait le parcours d’Angelo Mariani à Paris et la propagation de la coca par ses soins lors de la IIIe République française. Ce papier était en outre agrémenté de deux belles iconographies, un régal. Soit une photographie novatrice qui n’a jamais été, nous semble-t-il, publiée auparavant issue de Jacques Boyer/Roger Viollet représentant un « essorage de cocaïne dans une pharmacie française en 1905 ». Et surtout le fameux tableau de Jules Alexandre Grün « Un vendredi au salon des artistes français » de 1911. Peut-être aurait-il été utile cependant de préciser que cette toile se trouve en France au musée de Rouen et que l’on peut l’observer de nos jours de manière gratuite et en toute quiétude ?

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Le Monde, Jeudi 18 août 2022.

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Photographie de Jacques Boyer 1905. Dr Roger Viollet.

 

 

 

 

 

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Tableau d’Alexandre Grün, 1911 avec Angelo Mariani au premier plan.

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Extrait d’une publicité pour le vin Mariani.

   Ensuite, on remarque que nos auteurs présentent Angelo Mariani comme le premier millionnaire de la cocaïne. Est-ce si sûr ? Premier millionnaire de la coca oui de toute évidence, mais au niveau de la cocaïne, pas vraiment, car ce sont plutôt les propriétaires des entreprises pharmaceutiques comme la famille Merck en Allemagne et Hervey Coke Parke au nom prédestiné accompagné de Georges Davis aux États-Unis qui furent les grands bénéficiaires à cette époque de la poudre blanche. À noter enfin que nos deux experts évoquent John Pemberton et Angelo Mariani en ces termes : « Les Américains mâchent des chewing-gums Coca Bola, se désaltèrent avec le soda brun mis au point par John Pemberton, un pharmacien d’Atlanta. Baptisée « Coca-Cola », cette copie du vin Mariani, moins dosée, est promise à un bel avenir…».

   Enfin en forme de clin d’œil, la première fois que nous avons vu mentionner dans Le Monde les expressions Vin Mariani, Angelo Mariani ou coca Mariani remonte au 25 janvier 1982 avec un article consacré à : Freud et le Coca-Cola. En voici un extrait : « L’Europe civilisée et conquérante découvrit la plante coca au milieu du seizième siècle quand les Espagnols combattirent au Pérou les Incas, pour qui elle avait des vertus religieuses. Pour lutter contre la faim, la fatigue et le froid, les Indiens d’Amérique du Sud l’ont de tout temps mastiquée. Dès le milieu du dix-huitième siècle, la pharmacie populaire s’en empare et on la recommande en décoctions, en onguents contre les maux de dents, les troubles digestifs, les neurasthénies et les problèmes du larynx et de la gorge. On en fait même un vin célèbre, le vin Mariani, du nom de son inventeur, qui connut son heure de gloire dans la bonne société française et européenne ».

   Dix ans plus tard, Le Monde publiait le 8 janvier 1992 : Tisane des Andes Le gouvernement et les industriels péruviens militent pour une réhabilitation des vertus thérapeutiques de la feuille de coca. En voici un passage : « Depuis la conférence de Vienne de 1988, la production et le commerce de la feuille de coca sont interdits, à l’exception de son usage traditionnel, qu’il s’agisse du  » chachar  » (mâchonnement), de la boule de coca piquée de chaux vive ou de son emploi médicinal sous forme de tisane ou de cataplasme. Un fort goût de remède. C’est pourquoi l’exportation de maté de coca est interdite aux États-Unis comme en Europe. Tonique et facilitant la digestion, l’infusion de coca est pourtant inoffensive. Elle ne contient qu’un milligramme de cocaïne. Il faudrait donc en consommer 700 doses pour obtenir l’effet d’un gramme de drogue. Cette tisane a d’ailleurs démontré ses vertus, et le pape Jean-Paul II ne l’a pas dédaignée lors de son voyage en Bolivie afin d’éviter le  » soroche  » ou mal d’altitude. On se souviendra que le pape Léon XIII ne refusait jamais un petit verre de Mariani, qui était du vin de coca ».

   En novembre 1996, Erich Inciyan produisait à son tour une recension d’un bel ouvrage : Atlas mondial des drogues qui débutait par ces mots : « En 1863, le pharmacien corse Angelo Mariani lançait un vin à base de feuilles de coca. Chaque verre contenait l’équivalent d’une ligne de cocaïne. Le succès fut énorme. Puis vinrent l’élixir, les pastilles, le thé Mariani, dont Anatole France, Jules Verne, le pape Pie X et Émile Zola vantèrent les mérites en signant le livre d’or de la maison Mariani. Cette petite histoire, et bien d’autres figurent dans le remarquable tour du monde des stupéfiants »…

   On vit dans la foulée un texte signé de Luc Rosenzweig le 22 août 1999 dénommé : Coca-Cola, l’empire de la soif dont l’introduction disait: « C’EST un Français, corse de surcroît, qui est à l’origine du Coca-Cola. Pour oser affirmer cela sans risquer au mieux le ridicule, au pire la qualification d’indécrottable franchouillard obsessionnellement anti-américain, il faut avoir de solides arguments. Les voici. Seul parmi tous les auteurs ayant retracé l’histoire à succès de la boisson gazeuse la plus vendue au monde, Henry Hobhouse, l’auteur de Seeds of change (« Les Graines du changement ») révèle que l’invention de la fameuse décoction de feuilles de coca dans du vin rouge, ancêtre du Coca-Cola, ne doit pas être attribuée au pharmacien d’Atlanta John Smith Pemberton, comme le veut la légende, mais à Ange Mariani, héritier d’une longue lignée de médecins et d’apothicaires corses. Saluons d’abord l’objectivité et le fair-play de ce journaliste britannique, qui fit toute sa carrière aux États-Unis, qui prend le risque de s’opposer à l’histoire officielle élaborée et diffusée par la world company d’Atlanta ».

   En 2002, le 9 février, Alain Lompech dans une chronique intitulée : Ça s’est passé hier cite le Vin Mariani : « Il aura fallu aussi défendre la France contre le Coca-Cola, au début des années 1950. Les députés communistes avaient demandé son interdiction au motif que cette boisson américaine était dangereuse pour la santé. Experts médicaux à l’appui. Personne ne savait, hier, que la formule originelle du Coca était celle du Vin Mariani, une boisson corse revigorante dont la recette avait été cédée à un pharmacien américain. Encore moins que les médecins en prescriraient aujourd’hui l’administration aux enfants qui digèrent mal le lait ». Le 14 avril de la même année, Serge Zeyons évoque lui aussi le vin Mariani dans son article : Les cartes postales de Mucha toujours à la mode. En voici un extrait : « Le champagne Moët et Chandon, les magasins La Belle Jardinière, le vin Mariani, les biscuits Lefèvre-Utile, le cognac Biscuit, les cigarettes Job se trouvent portés par ses créations, que prolongent des dizaines de milliers de cartes postales imprimées et diffusées par des éditeurs avisés comme Champenois ».

   Puis vient le texte de Paulo Antonio Paranagua, le 5 janvier 2006 : « A Los Yungas, le combat des cocaleros. Evo Morales, le président élu de Bolivie, vient à Paris le 6 janvier. Il plaidera pour la dépénalisation de la culture de la coca. Nous sommes allés à la rencontre de ceux qui en vivent. A 23 km de La Paz, centre politique de la Bolivie, un panneau publicitaire annonce le poste de police de La Rinconada. L’image d’une jeune Indienne souriante avec son bébé sur le dos tente de convaincre les passants que « la lutte contre la drogue est l’affaire de tous ». Financée par les États-Unis, La Rinconada surveille l’accès à Los Yungas (département de La Paz), la seule région de Bolivie où les plantations de coca sont autorisées, dans certaines limites. Les plants de coca sont cultivés à Los Yungas depuis l’époque des Incas », explique le député Dionisio Nuñez, élu de la région. Mâcher ces feuilles permet de tromper la faim et de travailler du lever au coucher du soleil sans s’arrêter. Le Mouvement pour le socialisme (MAS, gauche), la formation d’Evo Morales, est né parmi les cocaleros de Los Yungas et du Chapare (département de Cochabamba), à la suite de leur résistance contre les programmes d’éradication inspirés par les États-Unis. Dionisio Nuñez est intarissable sur les vertus nutritives et médicinales de la feuille sacrée des Andes. « J’ai dénombré 45 produits dérivés », assure-t-il : de la farine pour fabriquer le pain, des biscuits ou des pâtes, le sirop contre la toux ou les pommades antidouleur. En 1961 cependant, une convention internationale a placé la coca parmi les plants illicites, avec le pavot ou le cannabis. « Je ne comprends pas, reprend le député du MAS. Au début, le Coca-Cola était destiné à concurrencer le vin Mariani qui était extrait de la coca. Comment se fait-il que le fabricant américain puisse importer la feuille, alors que les Boliviens sont empêchés de l’industrialiser et de l’exporter ? » Coca- Cola, dont la formule est restée secrète, affirme ne plus utiliser de coca pour son produit ».

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Le Monde, 5 janvier 2006, Paulo Antonio Paranagua : « A Los Yungas, le combat des cocaleros ».

   Maintenant si l’on veut en savoir un peu plus sur Angelo Mariani (1838-1914), la coca et la cocaïne, on peut lire l’ouvrage rédigé par nos soins et paru à Quimper en 2022 aux Éditions Da Lec’h All (www.dalechall.fr) ayant pour titre : De la coca à la cocaïne et comme sous titre (Dates et chiffres clés Monde, Europe et France).

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Bon de commande.

      Ce livre a été lancé officiellement le 15 août 2022, à la Maison de la Presse de Saint-Flour (Cantal) dirigée par Mme Évelyne Costes. Cette dernière accompagnée de ses collaboratrices dont Françoise Laborie ont réalisé la première édition d’un salon dédié aux livres : « Livres et vous…». Belle initiative culturelle qui fut un franc succès et qui mérite à nos yeux d’être valorisée pour la décennie future.                                         A.D

 

Extrait du quotidien La Montagne jeudi 11 août 2022
Dr.
Dr.
Dr.
Dès 10 heures du matin, l’installation est en place. Dr.

Ernesto Che Guevara, la coca et Angelo Mariani

En ce début d’année 2022, nous avons eu le plaisir de lire une recension positive formulée par Rosa Moussaoui et parue dans le quotidien L’Humanité. Placée dans la rubrique : Cultures et Savoirs (chaque vendredi), elle concernait un livre écrit par le Che et intitulé : Voyage à motocyclette (1). Dans cet article d’une demi-page, la journaliste attira notre attention sur la coca au travers de son texte dénommé : « Une autobiographie sensible du Che ». En effet, Che Guevara en 1952 avait été à la découverte de son continent natal lors de son premier voyage (Argentine, Chili, Pérou, Colombie, Venezuela et E.U). Il avait constaté à cette occasion le mépris du colonialisme sur ces peuples premiers consommant la feuille de coca. Ces derniers n’hésitant pas au Pérou selon le Che à réaliser en certains endroits : « un crachat de coca dans lequel les peines incrustées vont rejoindre la Pachamama ».

Ce qui en disait long déjà sur le pouvoir de la coca dans ces sociétés amérindiennes. À la lecture du document paru chez Au diable vauvert, on apprend aussi que le Che goûta à cette plante afin de se faire sa propre idée.

Mieux, on s’aperçoit qu’il suit l’actualité de l’époque avec grande assiduité. Il fait même référence en mars 1952 à un rapport peu connu de l’ONU (édité en juillet 1950) sur la coca. Là, à vrai dire, on reste bouche bée par cette information qui nous certifie que le Che observait déjà de près les travaux de la récente ONU. D’autant que ce texte international de l’époque ne touchera par sa diffusion que quelques dizaines de personnes dans le monde, ces fameux décideurs. À l’époque du reste la coca et encore moins la cocaïne ne font la Une des journaux (2).

Ce fameux libellé international se base sur deux décisions écrites. Le 10 août 1948, puis le 23 juillet 1949, deux résolutions d’informations dans le cadre de la commission des Études sur la feuille de coca, sont émises par l’ONU, lors sa quatrième session (3). Quatre personnes considérées comme des experts sont nommés à sa tête : Les Professeurs Alfred Granier-Doyeux et Frédéric Verzar, accompagnés de MM. Howard Fonda et Jean Philippe Razet (4). Un document élaboré par la Commission d’étude sur la feuille de Coca dépendant de l’ECOSOC, acronyme de Conseil économique et social en mai 1950, suite à une brève mission en Bolivie de onze jours et au Pérou de trente-cinq jours en 1949 est publié. En deux phrases, on retient que « La coca est rendue responsable de la pauvreté en Amérique latine, de sa malnutrition voir du «retard mental» des populations des régions andines et donc de la pauvreté du sous-continent. Il apparaît dès lors indispensable d’acquérir des instruments législatifs internationaux à la hauteur de ces enjeux ».

Cette entité est arrivée en effet à la conclusion que la mastication de la feuille de coca est nocive pour l’homme, même si elle n’en peut pas pour autant la déclarer comme « une toxicomanie dans le sens médical du terme ». Un peu plus tard, un comité d’experts en pharmacodépendance reprend cet «argument» et classifie la consommation de la feuille de coca comme une forme de cocaïnisme. Ce document fut par la suite durement critiqué. La «qualité» de ses auteurs, sa méthodologie et surtout son discours moralisateur avec parfois certaines connotations raciales sont remarqués. Qu’on en juge par ces éléments parus dans les appendices bibliographiques. Ainsi, est cité le docteur Carlos Ricketts affirmant que l’Indien, après plusieurs années d’utilisation de la coca et d’alcool, est « sous-alimenté, sans capacité physique, apathique, sans mémoire et sans intérêt ». Ses valeurs morales changent également : « Il devient menteur, ne tient pas parole, vole, néglige sa famille ». D’autres comme Carlos Gutierrez Noriega et Vicente Zapata Ortiz, dans leurs Études de l’intelligence des sujets habitués à la coca en 1948, avaient déjà ouvert cette voie en la présentant comme « un facteur de dégénérescence raciale ». Ils ont toutefois la précaution de déclarer que « si on ne peut observer les manifestations de ces tares durant la vie des utilisateurs, car elle est trop courte, on pourrait les observer s’ils vivaient plus longtemps » !

Dans ce texte qui va conditionner plus de sept décennies de relations internationales en matière de coca, Carlos Gutierrez Noriega est cité à plus de 60 occasions, parfois de façon dithyrambique. On s’aperçoit très vite à sa lecture que l’on veut en premier lieu en réalité éliminer la feuille de coca en Amérique du Sud, ni plus ni moins. Les quatre rédacteurs prennent même le soin de rédiger un paragraphe à charge sur Ange-François Mariani (le corse propagateur de la coca en Europe) décédé en 1914 (5) et dont la société commerciale à Neuilly-sur-Seine est alors encore en activité sous la direction de son petit-fils: Angelo Mariani (1914-1978). En deux phrases qui claquent comme un coup de fusil, tout est dit : « Mariani n’était qu’un homme d’affaires habile, qui fabriquait, à Paris, un élixir, un vin et d’autres préparations à base de coca, combinant ainsi les effets de la coca et de l’alcool. De son temps, l’effet pernicieux de la coca n’était pas connu de façon aussi certaine qu’il l’a été plus tard ». Procédé peu élégant, l’intéressé n’étant plus de ce monde et les descendants n’ayant pas la possibilité d’un droit de réponse. C’est surtout le coup de grâce pour cette entreprise familiale corse par le biais de l’ONU.

Mais l’Histoire nous réserve parfois quelques surprises.

Le Che refit surface en novembre 1966 sur les terres de Bolivie. Selon ses propres écrits réunis sous le titre Journal de Bolivie, on s’aperçoit tout d’abord que les premiers guérilleros qui s’installèrent dans la zone montagneuse de Ñancahuazú au Sud Est du pays furent suspectés par plusieurs fermiers d’être des trafiquants de cocaïne ! À l’image de l’ancien maire de Camiri, un dénommé Ciro Alganarez qui veut s’associer à ce « business ». Ce qui oblige le Che aussitôt à s’éloigner de toutes habitations et d’entré dans une totale clandestinité. Bien lui en pris car quelques jours plus tard, la police du village fit une visite accompagné de l’ancien élu à la recherche de cocaïne supposée être produite dans la ferme gérée par le Che et ses camarades (6). Puis, passé ce moment toujours dans son carnet de bord, Guevara évoquera aussi la coca en septembre 1967. Il décrit par exemple le fait d’avoir croisé à Higuera, un marchand de coca en provenance du village de Pucara. Ce dernier ne donne pas d’informations au Che sur la présence possible de soldats. Guevara a par ailleurs l’intime conviction que ce commerçant ne peut parler et le laisse donc continuer sa route… A.D

(1) La première version de ce texte en français fut publiée en 1994 par les Éditions Austral, puis par Arthème Fayard dans la collection Mille et une nuits en 1997 pour être repris en octobre 2021 par Au Diable Vauvert.

(2) À titre de comparaison, les U.S.A saisiront sur tout leur territoire en 1953, seulement 369 grammes de cocaïne.

(3) Tout débute en avril 1947 avec la demande de Carlos Holguin délégué péruvien à l’organisation des Nations-Unies souhaitant une étude approfondie de la feuille de coca en Amérique latine.

(4) Alfred Granier-Doyeux, vénézuélien spécialiste en pharmaceutique accompagné d’Howard Fonda (vice président de la société américaine Burroughs-Wellcome et compagnie), responsable de la mission et surtout ami intime d’Harry Anslinger, directeur du Federal Bureau of Narcotics, d’un hongrois Frederic Verzar et du français Jean-Philippe Razet. Parmi ces quatre personnes, une seule personne parle, semble-t-il, espagnol. Aucune en quechua, aymara et/ou guarani. Ce dernier peu connu du grand public hexagonal fut dans un premier temps en janvier 1923, secrétaire principal du laboratoire central du ministère de l’Agriculture. Puis deux décennies plus tard, Inspecteur général du Service de la Répression des fraudes et chef du Bureau des Stupéfiants. En 1952, il était devenu Inspecteur général et Directeur du Service de la Répression des Fraudes au ministère de l’Agriculture. À ce titre, il signe une nouvelle codification complète des textes réglementaires en matière de stupéfiants dans laquelle la feuille de coca est incluse.

(5) Ironie de l’histoire, parmi les célèbres adeptes latino-américains de cette boisson, on trouve un certain José Marti. Cf, l’œuvre d’Enrique Collazo, Cuba Heróica p 160, Éditions La Mercantil, La Havane, 1912.

(6) Kalfon Pierre, Che, une légende du siècle, Éditions du Seuil, Paris, 1998, p 593.

Coca Mariani et Coca-Cola Europe en 2021.

D’emblée il nous semble important de précisez qu’il nous appartient pas de prendre position dans ce récent litige commercial entre ces deux entités près cités. Ce qui nous amène aujourd’hui à nous exprimer dans ce blog à la gloire d’Angelo Mariani, provient du fait que nous avons été témoin de la couverture médiatique nationale et internationale en mars, avril et mai 2021 concernant ce différent.

Dr.

Tout commence avec FR3 Corse Via Stella, le 11 mars 2021 qui lance l’affaire sur la place publique : Corse : Coca-Cola Company déclare la guerre au vin Coca Mariani. Ce média explique : « Le vin corse Coca Mariani dans le viseur de la Coca-Cola. Au 19e siècle, un Bastiais met au point un vin à la feuille de coca le succès est tel qu’il sera imité jusqu’aux États-Unis. Mais la prohibition s’installe et l’alcool est interdit de là naîtra Coca-Cola. La bataille d’étiquettes commence ». Dans la foulée Corse-Matin le 15 mars 2021 avec Jean-Jacques Gambarelli titre à son tour : Quand la guerre des « Coca » est ouvertement déclarée. Il poursuit :« Le vin « tonique » corse Mariani dans le viseur du géant américain du soda qui demande à la société insulaire de retirer le mot Coca de son nom, au niveau européen. L’Union européenne a pourtant enregistré la marque corse en 2019 »…Corse net infos et Julia Sereni ne restent pas en reste le Mardi 16 Mars 2021 avec l’info suivante :« Le Coca Mariani dans le collimateur du géant Coca-Cola ». Ils évoquent : « C’est le pot de terre contre le pot de fer. La firme américaine Coca-Cola a décidé de s’attaquer au vin corse Coca Mariani, qui existe pourtant depuis le 19ème siècle. En cause : l’utilisation du mot « Coca ». Pour la marque de soda, il y aurait un risque de confusion ». pour clôturer ce mois, c’est TV5 Monde, le 17 mars 2021, qui reçoit Christophe Mariani afin de savoir si : « La guerre des coca aura-t-elle lieu ? Ou Coca Mariani contre Coca Cola Company ».

En avril, c’est au tour du quotidien Parisien Aujourd’hui en France, dans la rubrique Économie, Entreprises et start-up de reprendre les données journalistes insulaires.« Le vin corse « Coca Mariani » contre Coca-Cola : 5 minutes pour comprendre cette bataille juridique. Le vin corse « Coca Mariani » est dans le viseur du géant américain du soda qui lui reproche son nom et sa proximité pouvant provoquer « de la confusion dans l’esprit des consommateurs ». Ouest-France reprend l’info le 28 avril 2021. « La multinationale américaine Coca-Cola s’oppose à la démarche d’une entreprise de vin corse qui a décidé de relancer un breuvage ancestral en y déposant son nom « Coca Mariani », rapporte France 3 et Europe 1. « Un vin corse dans le viseur de Coca-Cola, qui l’accuse de créer un risque de confusion. Une bataille de propriété intellectuelle oppose le géant mondial Coca-Cola et le vin corse Coca Mariani, dont l’histoire serait même à l’origine de la légendaire boisson américaine. L’affaire est aux mains de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle ». Le 30 avril, le quotidien SudOuest y va de son commentaire : « Pourquoi Coca Mariani, vin spiritueux corse, est-il attaqué par la multinationale Coca-Cola ? Jaloux de son nom, la marque américaine attaque un apéritif corse. Pourtant ce dernier, à base d’alcool de coca et de vin de Bordeaux, aurait inspiré le célèbre soda américain »…

Le 4 mai 2021, les brèves d’informations se poursuivent notamment dans Le Figaro avec Hugues Douillet : « « C’est un peu comme tuer le père » : Coca-Cola attaque le vin corse Coca Mariani ». À l’étranger la même dynamique se développe. Deux exemples parmi d’autres. Le lundi 3 mai 2021, The Times par la voix d’Adam Sage à Paris évoque le différent avec ce titre : « Coca-Cola tries to ban Coca Mariani, the aperitif that inspired it ». Arrive la journaliste Marie-Sophie Lacarrau qui présente un très beau reportage le vendredi 7 mai 2021 à 13 h sur TF1 concernant la propriété intellectuelle. Cela donne : « Le géant du soda Coca-Cola s’en prend au vin Coca Mariani au motif que cette appellation serait trop similaire à la sienne. Seulement, le vin apéritif corse existe depuis 1863, avant la création de la marque américaine en 1892 ». Vidéo qui sera repris le même jour par LCI et Léa Lucas. Énorme retentissement. Le 10 mai 2021, c’est maintenant la Télévision Suisse qui s’empare du sujet : « Coca-Cola attaque un vin spiritueux corse pour l’utilisation du mot « Coca » ». Les propos sont recueillis par Renaud Malik/Vajo de la RTS Radio Télévision Suisse, succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision. Enfin la revue France-Amériques, basée à New York titre : « David contre Goliath, Coca-Cola vs Coca Mariani : le bras de fer transatlantique. Coca-Cola s’oppose au producteur français Coca Mariani. Le géant américain Coca-Cola s’oppose au petit producteur français Coca Mariani, qui usurperait sa marque. Mais il y a un problème : le vin tonique corse, créé en 1863, précède d’au moins vingt-trois ans le soda américain. Il en est même le « grand-père » ». Texte signé, par Clément Thiéry, le 12 mai 2021.

En août 2021 deux nouveaux articles apparaissent. L’un rédigé par Robert Lafont dans la revue Entreprendre, le 7 août et intitulé Coca-Cola, un succès planétaire dû principalement à la pub ? Mettant de nouveau en valeur le travail d’Angelo Mariani. Deux jours auparavant le quotidien Le Figaro dans sa série d’été sous la signature de Guillaume Mollaret publiait un magnifique article au titre de Coca-Cola, la potion magique devenue un géant mondial. Ce texte d’une page entière est un véritable éloge commun pour John Stith Pemberton et Angelo Mariani. Nous devons dire que ce papier d’une précision exemplaire nous a fait très plaisir. Il y avait bien longtemps que l’on avait eu entre les mains un document de cette qualité.

Dr. Extrait du quotidien Le Figaro en date du 5 août 2021, p 23.

Essayons maintenant d’être précis avec un léger retour en arrière et ne nous cachons pas derrière notre petit doigt. En premier lieu, oui nous connaissons Christophe Mariani depuis le deuxième mitan de 2014, date à laquelle il nous contacta sur l’île afin de savoir si son idée de relancer le vin Mariani à la coca était réaliste. Nous avons pris le temps de lui attirer l’attention sur la très grande difficulté de l’entreprise mais que cela n’était pas pour autant impossible. Que cela était un projet hors norme, l’histoire d’une vie à l’image de celle d’Angelo Mariani. Ensuite nous l’avons instruit uniquement sur l’aspect historique (notre seul domaine de compétence), de ce beau produit qui naquit en 1863 et qui se vendait encore notamment sur le continent Africain en 19631. Et chose étonnante au fil du temps nous constations qu’il appropriait très vite le passé d’Angelo Mariani.

Dans le même esprit en ce qui concerne l’entreprise Coca-Cola, on se doit de préciser tout d’abord que l’on apprécie tout autant son produit phare : la belle bouteille en verre de 33 cl.

Dr.

Ami(e) lecteur(trice), vous pouvez comprendre arrivez à ce stade de notre propos qu’on n’oublie pas non plus que la marque commerciale Coca-Cola en ce troisième millénaire est la plus connue dans le monde. Quelle est le symbole du Way of life des États-Unis d’Amérique et du capitalisme conquérant. Et qu’en 2020, elle avait un chiffre d’affaire net de 37 milliards de dollars. Avec rien qu’en France cinq usines emploient 2 600 personnes. Soit un poids économique non négligeable : emplois, et publicités pour l’Hexagone. Sans parler que ce géant des boissons gazeuses à l’échelle mondiale en 2021 comptabilisant pas moins de 84 000 salariés.

Cela dit grâce à cette multinationale aujourd’hui, en Europe et dans le Monde en général et en France en particulier on évoque2 encore l’œuvre de ce Corse hors du commun que fut Angelo Mariani suite notamment au travail acharné d’un dénommé Christophe Mariani pour le Coca Mariani et aussi avec l’aide involontaire ? de Coca-Cola Europe.

Maintenant apportons quatre nouveaux éléments historiques dans ce débat.

Il est écrit parfois qu’Angelo Mariani aurait pu rencontrer physiquement John Stith Pemberton. La réalité est toute autre. Certes Angelo Mariani a mis les pieds aux États-Unis et ce à plusieurs reprises (avec les paquebots Le Gascogne, Le Touraine et le Champagne) et ce dès 1885 à la demande de l’entourage de l’ex-président Grant qui décédera en juillet 1885. C’est un fait avéré et le plus souvent il était accompagné de Julius Jaros citoyen américain, qui deviendra son beau frère en 1887. Mais il ne se rendit jamais en Géorgie et encore moins à Atlanta. Par contre, il existe bien un lien réel extraordinaire entre ces deux hommes. Aux États-Unis, dans l’État de Géorgie, dont la capitale est Atlanta, un journal le Savannah Morning News du 25 septembre 1885 publiait page 6 une publicité de John Stith Pemberton vantant son Tonic French Wine Coca d’alors. Chose incroyable deux pages plus loin, page 8 on lisait une autre publicité dédiée cette fois ci au French Coca Wine de Mariani que l’on pouvait se procurer au Strong’s Drug Store, Corner Bull and Perry Street lane dans cette ville de Savannah.

Extrait du Savannah Morning News p 6 en date du 25 septembre 1885.
Extrait du Savannah Morning News p 8 en date du 25 septembre 1885.

Dr.

Comme quoi l’histoire réserve de bien belles surprises.

Pour bien comprendre cette période, il peut être bon de lire le magnifique ouvrage de Mark Pendergrast, For God, Country, and Coca-Cola publié en 1993 en anglais (non traduit en français à ce jour) à New York par Basic Book dans lequel l’auteur rappelle que Pemberton en mars 1885 ne cachait d’ailleurs pas qu’il s’inspirait du vin Mariani à la coca en précisant que son produit était : « une meilleure préparation à celle de Mariani ».

Dr.

Ce breuvage lancé par John Stith Pemberton ne pouvait d’ailleurs pas cacher ses origines : « Le vin français de coca, idéal pour les nerfs, tonique et stimulant ». Sa dénomination officielle étant : French Wine of coca, Ideal Tonic. Pour se différencier du produit français Mariani, Pemberton ajouta par la suite dans sa préparation une base issue de graines de kola. Il mélangeait du coup les multiples alcaloïdes de la coca avec ceux de la noix de kola. L’auteur français William Reymond, de Coca-Cola, l’enquête interdite précise dans son ouvrage page 63 en 2006 que cette déclaration assumé fut publiée le 10 mars 1885 par Atlanta-Journal.

Enfin dernier point. Nous ne prendrons pas non plus position sur le fait de savoir à qui appartient le mot Coca selon la langue utilisée. Mais en guise de conclusion, on ne peut pas s’empêcher d’ouvrir le deuxième tome des Albums Mariani paru en 1896 et de contempler la gravure de présentation, ci-dessous. A.D.

Album Mariani, tome 2, Paris 1896.
Album Mariani, tome 2, Paris 1896.

1. Peut-être est-il utile de précisez que nous n’avons aucune activité commerciale et/ou financière dans son entreprise.

2. Sans Angelo Mariani, Coca-Cola eut il connu ce succès et sans Coca-Cola et son histoire initiale parfois oubliée aujourd’hui, qui évoquerait en majesté à part Christophe Mariani encore la mémoire de ce Corse, par le biais du Coca Mariani inventé en 1863 par Angelo Mariani ?