Juana Romani et Angelo Mariani

   Cela faisait quelque temps déjà qu’il nous paraissait important de devoir évoquer le parcours d’une femme dénommée Juana Romani dans le premier cercle des amis d’Angelo Mariani. L’occasion vient de nous en être donnée par l’un de ses descendants (Gabriele Romani). Ce dernier avec Tiziana d’Acchille, Présidente et directrice de l’Académie des beaux arts de Rome nous contactèrent en juillet 2017. Ils souhaitaient obtenir un éclairage historique sur la relation culturelle entre Angelo Mariani le mécène corse et Juana Romani d’origine italienne pour une rétrospective intitulée : Juana Romani. La petite Italienne. Du modèle au peintre à Paris, fin de siècle. Ce que nous fîmes avec grand plaisir. L’exposition en l’honneur de Juana Romani eut lieu à Velletri (sa commune natale à 30 kilomètres au sud de Rome) dans le merveilleux couvent du Carmel du 22 décembre 2017 au 28 janvier 2018, accompagné d’un très beau catalogue raisonné édité par la célèbre maison d’Édition : L’Erma de Bretschneider avec plusieurs textes élaborés par Marco Nocca, Gabriele Romani, Alessandra de Angelis, Francesca Sacchini. Introduction de Mario Alì et Tiziana d’Acchille, Fausto Servadio et Luca Masi de la commune de Velletri, de Claudio Micheli, Directeur artistique à la Fondation Art et Culture, et aussi Mme Consuelo Lollobrigida. Sans oublier Claire Bessède, Marion Lagrange, Emmanuelle Trief-Touchard, Diane Poirier, Laura Malosetti Costa et Georgina Gluzman, Cesare Erario, Pier Luigi Berto, Renato Mammucari, Umberto Savo et nous-mêmes. Selon plusieurs médias italiens, rien que pour la presse écrite, cet événement artistique connut un réel succès à l’image de l’article de Lorenzo Madaro dans La Republica du 23 décembre 2017 ou bien celui de  Edoardo Sassi le même jour dans le Corriere della Sera.

Extrait. Couverture de l’ouvrage de l’exposition.

L’entrée. Dr : Gabriele Romani.

Dans le vestibule ou en moyenne 120 personnes chaque jour sont passées afin d’admirer l’évocation de Juana Romani. Dr : Gabriele Romani.

La salle principale. Dr : Gabriele Romani.

Dr : Gabriele Romani.

Dr : Gabriele Romani.

Dr : Gabriele Romani.

Dr : Gabriele Romani.

Dr : Gabriele Romani.

 

Voici donc maintenant le texte en question : La peintre Juana Romani et son éclosion à Paris grâce notamment à l’aide discrète d’Angelo Mariani.

   Quand on lit les nombreuses contributions récentes concernant l’œuvre artistique de Juana Romani, on ne peut être surpris qu’à chaque fois, on croise l’évocation régulière de ce mystérieux Angelo Mariani. Commençons donc par ce personnage.

   En sa qualité de mécène, il offre à Paris en cette fin de XIXe siècle, la possibilité aux artistes remarqués de toute nationalité de les aider notamment financièrement. C’est le cas de Juana Romani, qui a été à la fois soutenue et aimée de deux hommes : l’écrivain Armand Silvestre (1837-1901) et le peintre Ferdinand Roybet (1840-1920). Eux-mêmes étaient bien entendu en contact avec Angelo Mariani. C’est pourquoi ce dernier présente dès son 2e album Mariani en 1896, Juana Romani. C’est donc à ce titre qu’Armand Silvestre rédige en préambule de ce volume ces quelques lignes à son sujet : «Une toute jeune gloire, mais combien étincelante déjà : celle de Juana Romani, dont le succès va grandissant aux Salons annuels des Champs-Élysées, artiste de son pays, petite fille du Titien qui sait chiffonner, au besoin, des robes à la parisienne. C’est l’interprète naturel, trouvant en elle-même comme le trésor où elle puise, de la beauté féminine, mais aussi l’interprète viril par la puissance de l’exécution. La beauté et le talent ne furent jamais, je crois, mariés plus étroitement en un être impérieusement né pour l’art et pour la séduction, merveilleusement douée et cependant volontaire, travailleur admirable dont l’œuvre grandit comme s’épanouit une véritable floraison».

Album Mariani , Tome 2, 1896.

   On constate en outre que Juana n’hésite pas à se mettre en scène avec plusieurs bouteilles de vin Mariani à la coca et une branche de cet arbuste (1). À cela s’ajoute une petite phrase bien agréable : C’est le rêve. À Angelo Mariani le plus sympathique des amis. Juana Romani.

   Mais cela ne s’arrête pas là. Car Angelo Mariani en janvier 1899 met en avant de nouveau Juana Romani à travers ses encarts publicitaires qui vont devenir en 1896 le Supplément illustré ayant comme soustitre Figures contemporaines. Par la suite, ils accompagnent la sortie de chaque Album Mariani. À partir de 1905, le tirage de chaque supplément qui se compose de 80 personnages vantant les mérites des produits Mariani avoisine les 800 000 exemplaires. Dans ce quatrième supplément, où l’on peut admirer le Président U.S Mac Kindley, mais aussi le Pape Léon XIII, consommateurs du vin à la coca Mariani, on voit notre Juana Romani saluer Angelo Mariani en ces termes :

Le Journal, supplément illustré, 3e série janvier 1899, première page.

Le Journal, supplément illustré, 3e série janvier 1899, 15e page.

Le Journal, supplément illustré, 3e série janvier 1899, extrait de la 15e page.

À Angelo Mariani.

Après un bon macaroni,

Qui de coca se désaltère

Connait le bonheur sur la terre

C’est mon cas.

Juana Romani. (Janvier 1899).

   C’est un petit mot, semble-t-il, sans grande importance, à première vue. Cependant mine de rien, il a une réelle histoire. Que voici. En février 2001, fut publié à Biguglia en Corse, le premier ouvrage dédié à l’aventure d’Angelo Mariani (2). En parcourant ce beau livre, on put observer la reproduction d’un menu rédiger en italien par Ferdinand Roybet et daté du mardi 6 septembre 1898. Cet élément iconographique novateur apporte plusieurs informations (3).

Menu de Ferdinand Roybet in Jean-Michel et Toussaint Alessandrini, L’histoire de la première boisson à la coca, Éditions Stamperia Sammarcelli, Biguglia, 2001.

    La première est que Juana Romani fut l’invitée d’honneur avec sa mère Marianna Romani chez Angelo Mariani, au 11 rue Scribe près de l’opéra à Paris. La seconde, correspond à l’idée que Juana Romani à de surcroît de la mémoire, car elle reprendra le terme italien de maccheroni en macaroni pour illustrer à son tour en français sa publicité au vin Mariani, à peine quelques mois plus tard. Enfin tous les invités présentés sur ce menu font partie du premier cercle restreint d’amis d’Angelo Mariani (Juana et Marianna Romani, Charles Albert Waltner, Ou-Tai-Tchang, Enrique Atalaya, Xavier Paoli et bien sûr Ferdinand Roybet).

    Avec ce dernier, dont elle est devenue l’élève, c’est une autre histoire. Juana Romani se transforme vers 1890, en son égérie et maîtresse selon l’universitaire Marion Lagrande (4). En l’espace d’une décennie à ses côtés, elle est enfin reconnue en sa qualité de femme peintre de renommée internationale. Cela fait dire de la part du journal Le Figaro, du 30 avril 1898 que : « Mlle Juana Romani peint maintenant avec plus de souplesse et d’éclat que son maître Roybet lui-même…». L’élève a donc dépassé le maître. Celui-là-même qui exécutera plus tard le portrait d’Angelo Mariani.

Portrait d’Angelo Mariani (extrait) réalisé par Ferdinand Roybet, 1910, collection particulière, Paris. Cf, la lettre de la SAAM, n°16.

Mais qui est vraiment Angelo Mariani?

   À la fin du XIXe siècle, un curieux remontant médicinal fait son apparition sur le marché parisien. Il s’agit d’un mélange à base de vin de Bordeaux et de feuilles de coca, né en 1863 à Bastia en Corse. Il remporte ipso facto un franc succès sous le nom de : Vin Mariani. Nous sommes à la fin de l’année 1871, au sortir de la guerre contre les Prussiens. Son inventeur, un corse originaire d’un très beau village dénommé Pero-Casavecchie, est un personnage hors du commun, grand thuriféraire de la coca devant l’Éternel. Il fut aussi sans le savoir et de manière bien involontaire, au départ de la très célèbre boisson américaine : Coca-Cola. En effet, son breuvage Mariani (le vin à base de coca) servit de concept de base (French wine coca) pour le pharmacien John Pemberton à Atlanta (USA). Et oui le Coca-Cola symbole de l’Amérique ou même titre que la statue de la Liberté (5) a bien une origine française. Et ce, bien qu’aujourd’hui cette multinationale U.S, tait son origine…mais Mariani, ce n’est pas que cela ! C’est surtout le mécène providentiel pour bon nombre d’artistes français ou non, hommes ou femmes (peintres, écrivains, sculpteurs, poètes, graveurs, musiciens, dessinateurs, chanteurs) au début du XXe siècle… N’oublions pas enfin qu’il fut l’un des tout premiers publicistes en France (6).

   D’ailleurs une multitude d’objets publicitaires à la consécration d’Angelo Mariani se font jour. Que dire en effet de son don pour la réclame ? Outre sa célèbre série de figures contemporaines (7) qui réunit les plus grandes personnalités (8) de la belle époque, il lance sur le marché en parallèle à son vin d’innombrables produits dérivés à vocation sanitaire. C’est ainsi que voit le jour un thé Mariani connu sous le vocable d’extrait concentré de coca, mais aussi des pâtes toniques et pectorales (losange de gomme, de sucre et de coca) et les pastilles Mariani (composées de 2 milligrammes de cocaïne associée à de la gélatine) sans oublier un élixir (plus alcoolisé et contenant trois fois plus de cocaïne). Mariani n’hésite pas non plus dans la foulée à acheter des pages entières de suppléments (9) dans divers journaux comme Le Gaulois, ou bien encore Le Temps et Le Figaro afin d’informer le grand public de l’existence de son célèbre vin médicinal aux feuilles de coca. Il poursuit son offensive commerciale et culturelle par l’édition d’ouvrage à la gloire de ce végétal sous la forme de contes. C’est la création de buvards frappés du nom de son entreprise et surtout une série de 150 cartes postales à la gloire de son vin (10). Cet élément publicitaire créé en 1910 était destiné à être expédié par la poste en cinq pochettes contenant un jeu de trente cartes. De type monochrome, ces cartes étaient distribuées en grandes quantités. L’ensemble étant vendu au prix modique de dix centimes de l’époque. Très rares sont les cartophiles de nos jours qui peuvent prétendre être en possession de la totalité de ces cartes postales (11).

   Mieux, Angelo Mariani propose des enveloppes recouvertes de publicités à la gloire de son vin. Ces plis publicitaires légalement utilisés par la poste reprenaient entre autres la représentation d’un enfant s’abreuvant du divin produit… À ce stade de notre étude, le plus simple, peut être pour tenter de répondre à cette exigence, est de s’arrêter un instant sur la propre chronologie de ce Corse afin de découvrir des liens pour le moins étonnant (cf l’encadré de la chronologie d’Angelo Mariani). À cela, on y ajoute une iconographie qui nous fut offerte par l’historienne, Mme Françoise Escoffier-Robida (1911-2006) qui avait gardé le souvenir d’Angelo Mariani. Notons enfin que cette dernière publiait dès 1967 un court texte fondateur sur l’existence d’Angelo Mariani dans le cadre d’un catalogue pour le musée Roybet-Fould.

Portrait par Nadar d’Angelo Mariani en 1878 à Paris.

   Peut être que les descendants de la famille de Juana Romani à l’image de Gabriele Romani auront à l’idée de célébrer cette exposition et ce catalogue à la gloire de leur ancêtre en ce mois de décembre 2017 à Rome. Mais de grâce qu’ils n’utilisent pas de champagne ou tout autre breuvage, mais un bon Vin Mariani à la coca (12) comme leur aïeule pour honorer ce moment.

Bouteille Mariani servant d’illustration pour les Albums Mariani.

   Car oui ce célèbre breuvage a pu ressuscité (13) grâce à l’abnégation d’un dénommé Christophe Mariani (14). Cela ferait à coup sûr plaisir à une certaine Juana Romani qui eue le privilège de rencontrer à plusieurs reprises notre Angelo Mariani.

                                                       À la Forêt Fouesnant, le 12 octobre 2017, Alain Delpirou.

 Encadré : Ange-François dit Angelo Mariani (1838-1914).

1838 : Naissance d’Ange-François Mariani à Pero-Casevecchie, (Corse) le 17 décembre.

1848 : Xavier Mariani, le père d’Ange-François en sa qualité d’apothicaire reconnue quitte son village de Pero-Casevecchie et s’installe à Bastia, boulevard du Palais, avec toute sa famille.

1863 : Ange-François observe son père dans la préparation des médicaments. Selon la tradition familiale, Ange-François Mariani qui est un autodidacte met seul au point la première boisson à la coca à Bastia.

1864 : Ange-François Mariani quitte son île natale avec sa recette en tête. Il s’installe à Bois-Colombes en région parisienne et exerce le métier de préparateur en pharmacie. Le soir de retour chez lui, il réalise de nombreuses créations pharmaceutiques à base de coca. Il étudie aussi les propriétés du quinquina.

1865 : À Paris, Angelo Mariani rencontre le célèbre docteur Charles Fauvel qui lui commande plusieurs breuvages avec de la coca. Mariani produit quelques échantillons de vin de coca. Il déménage rue Vaneau et travaille à la pharmacie Mondet au coin de la rue Bellechasse et de la rue du Faubourg St-Germain à Paris. Mariani constate alors qui n’est déjà plus le seul à produire en petite quantité ce liquide spécial dans la capitale. De nombreux vins à base de coca, en effet, sont en vente à l’image de ceux proposés par le docteur Chevrier. Les produits médicinaux de Mariani sont alors mis en parenthèses avec les débuts de la guerre Franco-prussienne (1870-1871).

1871 : Ange-François devient officiellement pharmacien de 1er rang et modifie son prénom en Angelo.

1875 : La réussite est au rendez-vous. Le vin Mariani inonde le monde. Mariani ouvre ses bureaux et un lieu de fabrication aux 10-12, rue de Chartres à Neuilly-sur-Seine. À cela s’accompagnent de grands entrepôts et autres caves sous la responsabilité d’ouvriers et de contremaîtres, tous originaires de Corse et plus particulièrement de son village natal. Son entreprise est enregistrée sous l’appellation de marchand de produits pharmaceutiques. Il ouvre sa propre pharmacie au 41 boulevard Haussmann. Et c’est ainsi que pendant plus de 50 ans le vin Mariani va être une réussite commerciale mondiale.

1879 : Le pharmacien américain Pemberton crée la J.S Pemberton & Company à Atlanta (E.U).

1885 : Franck Robinson un publiciste avisé, croise la route de Pemberton. Ils décident de s’associer. Cependant la ville d’Atlanta interdit la vente d’alcool pour le 1er juillet 1886. Cet arrêté municipal oblige Pemberton et son compère à revoir toutes leurs préparations. Pendant ce temps le vin Mariani traverse l’Atlantique. Et conquiert l’Amérique (a). Sur place, il suscite des imitations. Le breuvage lancé par John Stith Pemberton ne peut d’ailleurs pas cacher ses origines : «Le vin français de coca, idéal pour les nerfs, tonique et stimulant ». Sa dénomination officielle étant : French Wine of coca, Ideal Tonic (b). Pour se différencier du produit français et éviter un hypothétique procès, Pemberton ajoute dans sa préparation une base issue de graines de kola. Il mélange du coup les multiples alcaloïdes de la coca avec ceux de la noix de kola. Persuadé de sa réussite, il déclare qu’il « produit une meilleure préparation à celle de Mariani». Et Pemberton ainsi libéré de ses inquiétudes continue ses recherches. Il fait disparaître le vin et apporte de nouveaux arômes, et de l’eau gazeuse.

1886 : Pemberton dépose la marque Coca-Cola et se retrouve l’unique propriétaire sans se soucier de ses anciens associés. La première publicité pour Coca-Cola paraît en mai, dans l’Atlanta Journal.

1907 : 10 millions de bouteilles de vin Mariani d’une contenance de 50 cl et pour un prix unitaire de 5 francs ont déjà vu le jour depuis 1872 dans les entrepôts de Neuilly-sur-Seine. Sans parler des premières séries produites à Bastia, et ce dès 1863.

1914 : Décès un premier avril d’Angelo Mariani dans sa villa Andréa à Valescure (St-Raphaël, Var). À cette date la production a atteint son zénith avec un total de 12 millions de bouteilles pour une période de quatre décennies.                                              A.D.

(a) Il y a l’épisode du Président Ulysses Grant qui dirige le pays de 1869 à 1877. Ce personnage décède en juillet 1885. Durant sa maladie, il utilise le vin Mariani, sur les conseils de son entourage. Il semble que le produit atténua ses souffrances et allongea un temps la vie de l’ancien dirigeant américain. Du coup, de nombreux Américains vont chercher à en savoir plus sur ce vin français, composé de feuilles de coca.

(b) Atlanta Evening Capitol, 2 janvier 1886.

Depuis en 2018.

   Il nous semble important en ce mois de février 2018 de préciser au moins trois points complémentaires concernant Juana Romani par l’intermédiaire d’Angelo Mariani. Comme en premier lieu sa maîtrise parfaite de la langue française via la lecture du document ci-dessous issu de l’ouvrage : Les peintres et la couleur publié en 1902 aux Éditions Lefranc et Compagnie à Paris.

Dr. Collection particulière.

   Dans ce livre apparaît aussi bien entendu Ferdinand Roybet. Même chose avec son impact international comme le souligne aux États-Unis son évocation dans le New York Times du 3 décembre 1905. Car en effet,  Juana Romani fut connue aux États-Unis en général et à New York en Particulier, suite à la publication en 1896 de l’ouvrage : Portraits from Album Mariani.

Format de poche (6 par 12 cm) à grand tirage. Dr. Collection privée.

Version américaine de l’Album Mariani n°2, 1896 et éditée à New York par les soins de Julius Jaros, beau-frère d’Angelo Mariani.

   Ou bien encore en Espagne avec la très renommée revue La Ilustracion Artistica du 9 mars 1903 et du 23 octobre 1916. Et que dire des exploitations publicitaires en France, avec des encartages dans plusieurs revues de forts tirages à l’image de La Grande dame dirigé par François Guillaume Dumas, le 1er février 1894 ou bien encore avec la Simple revue en juin 1896.

Revue La Grande Dame, février 1894.

   En outre, il s’avère qu’en ce début de XXIe siècle l’aventure de Juana Romani se poursuit. D’après plusieurs sources telle La Tribune de l’Art, du 22 janvier 2018, une exposition monographique centrée sur La petite Italienne est déjà prévue pour le début 2019 au musée Roybet-Fould à Courbevoie (92, Hauts-de-Seine). Organisée entre autres par Marion Lagrange, maîtresse de conférences en histoire de l’art contemporain à l’université de Bordeaux-Montaigne. Pour le plaisir, ajoutons enfin que Ferdinand Roybet fut le peintre attitré d’Angelo Mariani, sans parler de ces nombreuses participations dans l’iconographie publicitaire à la gloire du Vin Mariani à la coca. Comme en témoigne la vignette ci-dessous.

Dr. Collection particulière.

   Sans faire non plus l’impasse toujours à Courbevoie de l’Orphelinat des arts, institution subventionnée à l’époque en grande partie par Angelo Mariani et/ou Isabelle Chapusot sa compagne. Enfin, soyons certains que cette future présentation culturelle à Courbevoie aura sans aucun doute la présence de l’âme voyageuse et bienfaitrice de Juana Romani. Elle repose en effet à Suresnes dans une sépulture quelque peu abîmée par l’oubli et les affres du temps à moins de 6 kilomètres à vol d’oiseau de ce musée.

Dr.

Dr.

Dr.

   On allait oublier un dernier point en commun entre Juana Romani et Angelo Mariani. L’un comme l’autre n’ont toujours pas de rues, ni même de timbres-poste en France à leurs patronymes…Allez comprendre pourquoi ?                                             A.D

Notes :

(1) On peut émettre à ce stade de notre étude une hypothèse de travail. Est-ce que Juana Romani a eu la chance de visiter les deux serres de coca situées au 10-12 rue de Chartres à Neuilly-sur-Seine, au vu de la qualité de la représentation graphique réalisée par ses soins de cette branche végétale ?

(2) Jean-Michel et Toussaint Alessandrini, L’histoire de la première boisson à la coca, Éditions Stamperia Sammarcelli, Biguglia, 2001.

(3) Il est important de préciser l’existence des travaux innovants de l’universitaire Sandrine Doré sur cette question à l’image d’une de ses publications intitulée : un artiste à la table d’Angelo Mariani, menus et publicités illustrés par Robida in la revue le Téléphonoscope, octobre 2007, n°14.

(4) Communication de Marion Lagrande, Maîtresse de conférences à l’Université Bordeaux-Montaigne, intitulée : Maîtresse de.. élève de… Juana Romani et les attaches artistiques de la parentèle, lors du colloque international du 23 et 24 septembre 2016, organisé à Poitiers.

(5) «La coca semble grandir toutes vos facultés, il est probable que si je l’eusse connue il y a vingt ans, la statue de la Liberté aurait atteint une centaine de mètres !» s’est un jour exclamé le sculpteur français Frédéric Auguste Bartholdi. Il s’en est fallu de peu que le phare de l’île de Bedloe (46 mètres) à New York ne fût construit par un adepte du vin Mariani.

(6) «Mariani Angelo (1838-1914) mécène de la publicité», par Fred Robida, Le Vieux Papier avril 1976.

(7) «Suite aux 14 albums Mariani», par Paul Vital-Durand, Le Vieux Papier juillet 1980.

(8) «Le vin Mariani» par Louis Cotinat, Le Vieux Papier, octobre 1976. Ces albums Mariani réunissent plus de mil signatures et portraits dans un ensemble de 14 ouvrages.

(9) Ces suppléments sont des fascicules gratuits de quatre, huit et parfois seize pages à la gloire du vin Mariani.

(10) Albert Robida reprend son célèbre dessin des albums Mariani pour une carte postale située dans la 4e série.

(11) Ces cartes postales au format (9×14) sont très recherchées par les collectionneurs avisés. Une série complète en 2012 se négociait aux alentours de 4 000 euros.

(12) Florence Poisson et Françoise Escoffier-Robida, La peinture comme l’aimaient nos grands-pères raconte l’histoire de l’orphelinat des Arts : [exposition] : Courbevoie, musée Roybet-Fould, 16 décembre 1967-31 janvier 1968, Éditions Les Presses Artistiques à Paris.

(13) J.-J.G, Le vin tonique Mariani repart à la conquête du monde, Corse-Matin, 2 janvier 2017. On peut consulter le site dédié à ce nouveau produit : vinmariani.fr

(14) Stéphane Reynaud, Le grand retour du vin Mariani, Le Figaro, 28 février 2017 et Ghjilormu Padovani, Le vin corse Mariani en passe de conquérir… la Bolivie, Corse-Matin, 14 mars 2017.

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Jules Alexandre Grün et sa monumentale rencontre avec Angelo Mariani (I).

   En préambule ayons à l’esprit que les textes (I et II) qui vont suivre n’ont pu voire le jour que grâce à un très beau livre intitulé : Jules Grün, trublion de Montmartre, Seigneur du Breuil-en-Auge de Véronique Herbaut et de Benoît Noël, paru en 2013 aux Éditions BVR. Que ses deux auteurs, ici, en soient sincèrement remerciés. Tout comme d’ailleurs Killian Penven responsable du service communication du Musée de Rouen qui m’a permis d’utiliser un cliché paru dans le magazine de l’Office de Tourisme et des Congrès de Rouen.

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Jules Grün, trublion de Montmartre, Seigneur du Breuil-en-Auge de Véronique Herbaut et de Benoît Noël, 2013, Éditions BVR.

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Dr. Service communication du Musée de Rouen.

    Tout le monde connaît de nos jours les affiches et dessins publicitaires de Jules Alexandre Grün (1) établit à la période dite de la Belle Époque à l’image de celle ci-dessous.

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Première page de l’hebdomadaire Le Sourire n° 122 du 22 février 1902.

   Sans oublier surtout sa magnifique toile réalisée en 1911 dénommée : Un vendredi au salon des Artistes Français. Elle est comme tout le monde s’accorde à le dire devenue l’un des symboles du début de ce XXe siècle français.

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Dr Musée des Beaux-Arts de Rouen. Cliché C. Lancien et C. Loisel.

    Aujourd’hui encore on utilise bien souvent des détails de cette peinture pour illustrer un discours concernant ce temps historique. A l’image de cette couverture d’ouvrage :

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Photo Dr Luc Joubert 1985, Bordas.

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Jules Alexandre Grün. Album Mariani Tome IX, 1904.

 

Pourquoi un tel succès ? Aujourd’hui, on dirait, pourquoi un tel buzz ?

La genèse d’un tableau hors du commun.

   En mai 1905, Angelo Mariani assiste au vernissage du Salon des artistes français (2) dans le jardin de la sculpture au grand Palais. Et il observe avec beaucoup d’attention ce microcosme parisien.

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Photographie Ehrmann, Revue l’Illustration n°3245 du 6 mai 1905. Angelo Mariani et sa barbe blanche en compagnie d’Isabelle Chapusot sont au premier plan.

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Photographie Ehrmann, Revue l’Illustration n°3245 du 6 mai 1905.

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Photographie Ehrmann, Revue l’Illustration n°3245 du 6 mai 1905.

   Parmi les personnes invitées, on remarque Mme Grün-Toutain, Melle et Mme Robida, Mme Roty, Melle et Mme Rivière, Mme Georges Cain, Mme Tasset, Melle Lemonnier, Mme Henri Cain, Mme Poilpot, Mme Georges Clarétie, Melle et Mme Cormon, Mmes Vié et J. Coutan, Mme Isabelle Chapusot et MM. Glaudinot, Daneron, André Détaille, Antoine Guillemet, Carrière, Fraipont, Poilpot, Georges Tasset, Georges Cain, Henri Cain, Jules Clarétie, J. Coutan, Georges Clarétie, Cormon, Carolus-Duran, Boisseau, Varenne, Segoffin, le Général Dodds, Jean Aicard, Jacques Baschet, Priou et P. Gaihard. Sans oublier un certain Henri Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d’Etat des Beaux-Arts et … Jules Alexandre Grün.

  Quelques années plus tard en 1911, l’Etat, c’est à dire la IIIe République décide de célébrer, le 30e anniversaire du Salon des artistes français, par l’entremise toujours d’Henri Dujardin-Beaumetz. Pour cela, il a choisit dès 1909 le peintre Jules Alexandre Grün qui a déjà fait ses preuves afin de mettre en valeur la quintessence de ce qui compte en matière de décideurs à Paris, capitale des Lumières.

   Tout ci à travers le spectre d’une centaine de personnalités (3) appartenant au monde du spectacle, de l’art, de la presse, des affaires et des politiques. Au centre de tous ces personnages, on retrouve un certain Angelo Mariani, lui, qui n’appartient à aucun de ces cercles de décisions. Incroyable mais vrai. Une incongruité ? Pas vraiment. Et bien au contraire même si on prend le temps d’analyser son parcours pour le moins atypique.

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Carte Postale

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Ce même lieu, de nos jours, en contre plongée visuelle.

 

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Drogues et peintures, album d’art contemporain, n°15, Paris, Laboratoire Chantereau (1935).

    Si vous avez des doutes sur cette magnifique représentation n’hésitez pas à faire le déplacement en Normandie lors d’un Week-End pour observer de près cette toile aux dimensions peu commune (6m 17 x 3m 62) au Musée de Rouen afin de pouvoir l’admirer dans ces multiples détails.

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Une liste de 63 personnes in Jules Grün, trublion de Montmartre, Seigneur du Breuil-en-Auge de Véronique Herbaut et de Benoît Noël, 2013, Editions BVR.

Un joyau à Rouen au XXIe Siècle :

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Dr. Rouen Normandie Tourisme & Congrès – JF Lange (photographe).

    Dans cette immense salle d’apparat du musée de Rouen et sous une grandiose verrière qui laisse entrer une lumière naturelle, l’oeuvre de Jules Alexandre Grün apparaît dans toute sa majesté.

Approchons nous maintenant de la toile, une fois les visiteurs et invités partis.

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Angelo Mariani et … une centaine d’invités autour de lui. Dr.

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Angelo Mariani dans toute sa splendeur en 1911. Dr.

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La signature du maître.

Construction et évolution de l’oeuvre :

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Photographie en noir et blanc in Jules Grün, trublion de Montmartre, Seigneur du Breuil-en-Auge de Véronique Herbaut et de Benoît Noël.

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Photographie en noir et blanc détail in Jules Grün, trublion de Montmartre, Seigneur du Breuil-en-Auge de Véronique Herbaut et de Benoît Noël.

   On ne sait si entre chaque pause dans la construction du tableau Jules Alexandre Grün s’autorisait un verre de Vin Mariani ?

Album Mariani Tome IX, 1904.

Album Mariani Tome IX, 1904.

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Dr. Esquisse vers 1910 du célèbre tableau. Photographie en noir et blanc in Jules Grün, trublion de Montmartre, Seigneur du Breuil-en-Auge de Véronique Herbaut et de Benoît Noël.

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Dr. Peinture préparatoire (détail) de l’oeuvre en couleur in Jules Grün, trublion de Montmartre, Seigneur du Breuil-en-Auge de Véronique Herbaut et de Benoît Noël.

Itinéraire d’une œuvre :

   Le 30 avril 1911, c’est l’inauguration au Grand palais. Le succès de cette peinture est tel en France qu’une suite, chose rare, lui est immédiatement donnée par l’artiste Henri Laissement (1854-1921).

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Henri Laissement

   La nouvelle toile au dimensions plus modeste (1m 24 x 1m 80) est présentée dès l’année suivante au salon des Artistes français en avril 1912. On aperçoit là encore … Angelo Mariani de dos s’observant ! Avec de surcroit toujours sa main gauche sur l’épaule droite de Maillard ! Sept décennies plus tard, en mars 1983, à Paris, cette peinture sera vendue à un particulier.

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Dr. Photographie en noir et blanc vers 1912 du tableau d’Henri Laissement in Jules Grün, trublion de Montmartre, Seigneur du Breuil-en-Auge de Véronique Herbaut et de Benoît Noël.

Carte postale publicitaire

Carte postale publicitaire.

Détail de la Carte Postale publicitaire.

Détail de la Carte Postale publicitaire où l’on distingue assez bien Angelo Mariani.

   Quant à la peinture de Jules Grün, elle est exposée tout d’abord à l’École Nationale des Beaux-Arts de Paris, puis au musée du Luxembourg. En 1932, l’œuvre est transférée au Musée des Beaux-Arts de Rouen. Endroit dans lequel on peut de nos jours l’admirer en toute quiétude. En mai 1913, la revue l’Illustration n° 3666, du 31 mai présente une vue générale de l’Exposition de sculpture au salon des Artistes français toujours au grand Palais. On remarque que …. le mobilier est toujours le même.                                A.D.

(1) Il est né le 26 mai 1868 à Paris. Parfois la date se transforme en 25 mai 1870. Jules Alexandre Grün disparaît le 24 janvier 1938 à Neuilly-sur-Seine.

(2) Le premier salon artistique date de … 1663.

(3) Une étude de la centaine de personnalités présentes sur ce tableau permet l’élaboration d’une autre hypothèse….Que nous verrons dans un prochain texte.

Pour plus d’informations,  Cf, le livre suivant :

livreangelomariani1.jpeg   Angelo Mariani : L’inventeur de la première boisson à la coca. Éditions Anima Corsa, juin 2014, Bastia. 5 boulevard Hyacinthe de Montera : 04 95 48 68 86.

Angelo Mariani et son vin à la coca à la rencontre de la Chine.

   Pour certains, de nos jours, au ton parfois condescendant, Angelo Mariani ne fut qu’un modeste négociant corse en vin pharmaceutique sur la place de Paris. Et qui plus est, l’initiateur uniquement involontaire, car inspiré d’un autre produit qui deviendra par la suite une célèbre marque américaine. Cherchez à vouloir cantonner Angelo Mariani dans cette idée est pour le moins étrange pour ne pas dire plus.

   Car c’est nié avant tout le génie de ce corse hors du commun. En réalité pour les historiens en ce début de XXIe siècle, Angelo Mariani, fut beaucoup plus que ce cliché réducteur. Outre le fait d’avoir été un très grand mécène, un éditeur, un humaniste, un publiciste, un millionnaire, un scientifique, il fut aussi un visionnaire audacieux. Et le temps (un siècle plus tard) lui donnera raison. Qu’on en juge par ces choix entrepreneuriaux ! Après de multiples déplacements (1) aux États-Unis, il comprit que la législation parfois évolutive et protectionniste de ce pays (60 millions d’habitants en 1890) ne lui permettrait pas de s’y implanter à long terme. Par contre le marché chinois qu’il étudiait depuis 1880 lui paraissait déjà plus prometteur….C’est ce qui explique pourquoi, grâce à l’aide de son cousin Xavier Paoli (2), il se mit en relation avec les rares personnalités françaises présentes dans la capitale qui étaient en contact régulier avec l’Empire chinois comme Judith Gautier et Frandon Ernest.

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Judith Gautier, éminente spécialiste de la civilisation chinoise. Album Mariani, Tome II, 1896.

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Ernest Frandon, Diplomate français qui fut en poste en Chine à Fou-Tchéou et Shanghai. Album Mariani, Tome VI, 1901.

L’épisode chinois d’Angelo Mariani.

   Angelo Mariani essaye donc à la fin des années 1880 d’entrer en contact avec le marché chinois (350 millions d’individus). Pour cela, il entretient des relations amicales avec les différents représentants de Sa Majesté l’Empereur (Guangxu 1875-1908),

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Dr : Musée du Gugong, Pékin, Chine.

puis celle de (Puyi 1908-1911) qui se succèdent à Paris et ayant en charge les intérêts chinois pour l’Europe. On voit ainsi Angelo Mariani à son domicile de Neuilly-sur-Seine avec S.E Ling-Y-You, mais aussi avec Ou-Tai-Tchang, sans omettre Soueng-Pao-Ki et Liou-She-Shun. Le fils de Mariani, Jacques, fera de même après l’avènement de la République chinoise en janvier 1912 et représentée en France à Paris par S.E Tcheng-Loh (1877-1939) marié à Mme Khan. Sans oublier Son Excellence Kao Lou (1877-1947) ministre plénipotentiaire de Chine à Paris en 1930.

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Ling-Y-You, Secrétaire d’Ambassade Extraordinaire de Chine à Paris, Album Mariani, Tome V, 1900.

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Ou-Tai-Tchang. Diplomate chinois en poste à Paris, Album Mariani, Tome V, 1900. Se rend souvent chez Angelo Mariani à Neuilly-sur-Seine.

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Soueng-Pao-Ki, Ministre de Chine nommé en 1902 à Paris. Album Mariani, Tome IX, 1904.

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Son Exc Liou-She-Shun, est nommé Ministre de Chine en France en 1905. De 1894 à 1898 il était déjà en poste à Paris. Album Mariani, Tome XI, 1906.

Tcheng-Loh, Ministre de Chine en France. Album Mariani, Tome XIV, 1924.

Tcheng-Loh, Ministre de Chine en France. Album Mariani, Tome XIV, 1924.

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Son Exc Kao Lu parfois dénommé Lu Gao (1877-1947). Ami de Jacques Mariani apparait dans le supplément Mariani, 28e série, 1931.

   Sur place en Chine dans la concession française de Shanghai, le vin Mariani est distribué à la fois par un certain G. Parisot P.O Box 1208 et surtout par A. Cohen et Jean Beudin (né à Paris le 25 novembre 1880) situé à la 25e Kiangse Road (3).

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Publicité Mariani en 1926.

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Dr : Bibliothèque collection digitale de Washington D.C, USA.

   On trouve aussi le vin Mariani chez le négociant Charles Hérou et son associé J. M Masson au 30 rue de France dans la concession étrangère de Tient-sin aujourd’hui Tianjin à 110 kilomètres au sud de Pékin.

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L’Illustration, 30 juin 1900.

   C’est surtout la consécration de ce breuvage selon le témoignage du journaliste, explorateur et géographe Jean Hess qui évoque l’utilisation du vin Mariani en juillet 1899 par l’Empereur de Chine. Sa Majesté Guangxu suit une cure au vin Mariani afin d’améliorer sa santé.

Les Chinois à Paris et Angelo Mariani.

   Le peintre Enrique Atalaya, n’hésite pas à son tour à présenter Angelo Mariani entouré de ses amis. On y voit un général avec son bicorne, (Louis Archinard ?), un officier avec son képi rouge au liseré d’or et avec en arrière-plan la tour Eiffel. Parmi les personnages on croise un Chinois de dos au premier plan. Est-ce Ou-Tai-Tchang ? Nous sommes en 1899.

Angelo Mariani et un ami chinois lors d'un moment festif à Paris.

Angelo Mariani et un ami chinois lors d’un moment festif à Paris.

   C’est en octobre 2007 dans le bulletin n°14 des Amis d’Albert Robida Le Téléphonoscope, qu’apparaît pour la première fois cette photographie ci-dessous dans un article signé de l’universitaire Sandrine Doré.

Un déjeuner avec Angelo Mariani

Un déjeuner avec Angelo Mariani.

   Outre Mariani et son frère Horace, on y distingue aussi Albert Robida et Ou-Tai-Tchang. En mai 2012, plusieurs convives sont identifiés avec l’apport visuel de Bertrand Hugonnard Roche (3) comme Paul Arène (?), Oscar Roty, Joseph Uzanne et Ou-Tai-Tchang. En novembre 2012 dans notre lettre de la SAAM (Société des Amis d’Angelo Mariani) n° 13, on y apporte le nom de Xavier Paoli. En septembre 2013, grâce toujours à la sagacité de Bertrand Hugonnard Roche, la progression dans l’identification des participants à ce repas champêtre, se poursuit. De nouveaux noms se font jour, comme Marie Augustine Roty, Maurice Roty, et Armand Silvestre. À ce stade de nos connaissances, on peut y adjoindre en février 2016, Isabelle Chapusot.

trianon quatro   Cela nous donne dès lors une liste plus fournie, mais toujours incomplète : 1) Un serveur anonyme 2) Xavier Paoli 3) Oscar Roty 4) Paul Arène 5) ? 6) ? 7) ? 8) Marie Augustine Roty 9) ?10) ? 11) Horace Mariani 12) Maurice Roty 13) Albert Robida 14) Ou-Tai-Tchang 15) ? 16) ? 17) Angelo Mariani 18) Armand Silvestre 19) Isabelle Chapusot et 20) Joseph Uzanne. Cette photographie en 2016 est loin d’avoir révélé tous ses secrets. Que représente par exemple l’insigne porté sur le revers de certains vestons ? Est-on en forêt de Rambouillet ? Quand et par qui a été réalisé la prise de vue (Jacques Mariani fils d’Angelo Mariani et photographe reconnu ?) ?

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Il y a véritablement deux personnages qui écrasent la photographie : Un Corse et un Chinois. Joseph Uzanne à l’extrême droite de la table semble, partager ce constat.

   On le sait Angelo Mariani n’a pu amener à bien ce fabuleux concept. La mort le rattrape un 1er avril 1914 dans sa villa Andréa à Valescure sur les hauteurs de Saint-Raphaël dans le Var (6). Un siècle plus tard, les Chinois sont devenus propriétaires d’une centaine de châteaux dans le Bordelais. Ils sont les premiers importateurs de Bordeaux au monde (55 millions de bouteilles par an) afin de répondre à l’attente du consommateur chinois exigeant, sans oublier qu’ils possèdent en outre le second vignoble de la planète. D’après vous, Angelo Mariani, avait-il vu juste ?                                                A.D.

(1) Les paquebots La Touraine et La Gascogne furent les navires les plus prisés par Angelo Mariani afin de se rendre à plusieurs reprises à New York.

img20160219_21383608L’une des explications possibles pour l’attrait de ces bateaux est due au fait qu’ils étaient dirigés par l’un de ses amis proches né à Bastia en 1841, le commandant Sauveur Santelli.
(2) Xavier Paoli que nous avons déjà présenté dans ce blog fut aussi connu comme le fonctionnaire de police attaché à la sécurité des personnalités, le plus décoré de France. Avec pas moins de 42 décorations étrangères. Sa notoriété est telle, qu’il fit l’objet de nombreux articles à l’image de celui du 24 septembre 1911 dans le New York Times et intitulé : Guardian of kings tells of royalty he has met.

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Portrait de Xavier Paoli en 1911.

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Intérieur du domicile de Xavier Paoli à Courbevoie au 17 rue du Souvenir. Dr : Gallica/BNF.

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Intérieur du domicile de Xavier Paoli à Courbevoie au 17 rue du Souvenir. Dr : Gallica/BNF.

(3) Sur cet épisode, où la ville de Shanghai comptait déjà un million d’habitants en 1900, il peut être utile de lire le très bel article en langue anglaise de Michelle Qiao intitulé : Another Hudec masterpiece. Texte paru le vendredi 3 avril 2015 dans le quotidien numérique : http://www.Shanghaidaily.com/
(4) Bertrand Hugonnard Roche libraire est aussi le responsable du blog consacré à Octave Uzanne : http://www.octaveuzanne.com/

Octave Uzanne

Octave Uzanne.

(5) Enfin si on veut obtenir des informations économiques fiables sur la Chine d’aujourd’hui, on peut surfer sur le très bon site https://irigeo.wordpress.com/ Géopolitique de l’Extrême-Orient tenu par un jeune géographe Franz Massias passionné par ce magnifique état-continent.
(6) À noter que la fiche Wikipédia consacrée à Angelo Mariani,  inscrit par erreur, Paris comme lieu de son décès.

Pour plus d’informations,  Cf, le livre suivant :

livreangelomariani1.jpeg   Angelo Mariani : L’inventeur de la première boisson à la coca. Éditions Anima Corsa, juin 2014, Bastia. 5 boulevard Hyacinthe de Montera : 04 95 48 68 86.

Angelo Mariani et son ami le célèbre mime Corse d’Ajaccio Séverin Cafferra (1863-1930).

Séverin à la ville.

Séverin à la ville.

   En 1892, le mercredi 29 juin en pleine gloire Angelo Mariani décide de faire jouer chez lui au 11 rue Scribe à Paris, un pantomime intitulé : La fleur de Coca. Cette représentation théatrale a lieue, en soirée devant quelques amis triés sur le volet. Cette pièce de théâtre fut écrite en vers par MM. Paul Arène (1) et Gustave Goetchy accompagnés par une musique de Léopold Gangloff, avec des décors de Charles Toché et les costumes de Paul Donny. Elle met en scène une colombine interprétée par Mlle Madeleine Dowe et un pierrot dénommé Séverin Cafferra (2) qui vont solutionner leur problème en buvant tout simplement un petit verre de Vin Mariani.

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Portrait de Séverin en Pierrot par Félix Valloton.

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Séverin et son magnifique jeu de mains.

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Melle Dowe et Séverin chez Angelo Mariani.

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Quand Séverin boit un verre de vin Mariani.

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Quand Séverin boit directement le vin Mariani à la bouteille.

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On observe que Séverin prend bien soin de mettre en évidence la bouteille Vin Mariani et son étiquette…

severin13   Les origines de la pantomime remontent à l’antiquité. C’est à Rome qu’elle voit le jour de façon certaine, puis se répand dans toute l’Europe méditerranéenne. La pantomime est une forme d’expression corporelle par gestes seulement : mimiques, mouvements, attitudes corporelles et parfois acrobaties. Le mime français Marceau en a été l’un des plus célèbres représentants à la renommée mondiale. La pantomime est parfois accompagnée de musique. Au début du 19e siècle, Jean-Gaspard Deburau crée à Paris le personnage de Pierrot repris par son fils Jean-Charles Deburau (3) qui vers 1850, après le décès de son père en 1846, forme à Marseille Louis Rouffe. Ce dernier initie à son tour Séverin (Séverin Cafferra, né en Corse). La pantomime a la particularité d’être un art populaire créatif issu d’une certaine manière de la Commédia. Marseille devient donc ipso facto la capitale du mime. Avec la disparition de Louis Rouffe en 1885, c’est également celle de la pantomime dans cette ville. Séverin Cafferra, va ensuite connaître la gloire en exerçant son art à Paris. En 1929, il publie chez Plon ses souvenirs, L’homme blanc, Souvenirs d’un Pierrot, introduction et notes de Gustave Fréjaville où il évoque cette fameuse soirée du mercredi 29 juin 1892.

severin1   On sait que les privilégiés qui purent assister à cette unique représentation furent entre autre sa fille Andréa, son fils Jacques mais aussi Catulle Mendes, Sylvain, Melle Moreno, Madame Isabelle Chapusot, Xavier Paoli, Armand Silvestre et Paul Arène.

   À la sortie de l’ouvrage, en 1929, Gustave Fréjaville le préfacier enverra le livre avec sa carte de visite personnelle à Jacques Mariani à Neuilly-sur-Seine. Une façon élégante, à noter, de remercier à posteriori Angelo Mariani pour son aide dans sa carrière professionelle. Sur la carte de visite manuscrite de Gustave Fréjaville, était portée l’inscription suivante au tampon : « De la part de Séverin éloigné de Paris ». Le livre avec la carte de visite pris ensuite sa place dans l’immense bibliothèque familiale Mariani.

Séverin à la renommée internationale.

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Quand Séverin l’Ajaccien était tête d’affiche aux Folies Bergère.

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Source : Bibliothèque collection digitale de Washington D.C, USA.

    Angelo Mariani déclinera par la suite, une nouvelle fois cette forme de communication afin de vanter son célèbre breuvage notamment par le biais de cartes postales comme support.

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Le soldat réconforté par une bonne soeur et une bonne bouteille de vin Mariani.

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Le malade réconforté par une bonne soeur et aussi par une bonne bouteille de vin Mariani, placé en premier plan sur la table de chevet.

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Le même malade toujours réconforté par une bonne soeur et aussi par une bonne bouteille de vin Mariani, placé en premier plan sur la table de chevet. Les autres flaçons soit une concurrence possible ont disparus.

Même chose avec certaines publicités Mariani.

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Album Mariani Tome 6. Dessin d’Eugène Murer.

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Dessin de Louis Trinquier Trianon.

(1) Paul Arène a déjà écrit plusieurs pantomimes comme celui de La statue aux Édition : A. Leduc, 1889, Paris.
(2) La fleur de Coca. Pantomime joué à Paris. Il fut imprimé sous forme de livret par les Éditions Silvestre, 1892 avec 12 belles reproductions photographiques en noir et blanc de Séverin et Mlle Dowe dans les rôles de Pierrot et Colombine. C’est un beau fascicule devenu collector et considéré comme publicitaire pour le vin tonique à base de Coca d’Angelo Mariani.
(3) Charles Deburau, qui va reprendre le rôle de Pierrot, est photographié à de multiples reprises par Nadar sous la dénomination Têtes d’expressions. Ce travail sera récompensé en 1855 à l’Exposition universelle de Paris.

   Si on veut aller plus loin dans la compréhension du pantomime, on se doit de lire, nous semble-t-il, Maurice Lefèvre, « La pantomime », Revue d’art dramatique, mai 1892, p. 257-268 et Arnaud Rykner (dir.), Pantomime et théâtre du corps. Le jeu du hors-texte, Rennes, 2009, Presses Universitaires de Rennes, coll. « Le Spectaculaire ».

   Au niveau des visites pour ce blog, l’évolution est positive. En 2014, nous étions à 969 visiteurs et pour l’année 2015 qui se termine, nous sommes passés à 4 520. Soit un total approximatif de 5 500 observateurs pour une vingtaine d’articles publiés dont voici la liste ci-dessous. Espérons que 2016 connaîtra la même dynamique. Autre point en cette fin d’année 2015, nous tenons à saluer un ami Corse, ainsi que sa famille qui ont la particularité de m’avoir invité à observer sur l’île chez eux au calme leur magnifique collection privée de bouteilles Vin Mariani qui se compose non pas de quelques dizaines de récipients gravés Vin Coca Mariani et/ou Vin Mariani, les plus rares, mais de plusieurs centaines de bouteilles. Oui vous avez bien lu le terme de centaine. Merci encore à eux. En outre, il semblerait selon l’annonce récente du Président Bolivien Evo Morales (3 décembre 2015) reprise par la presse internationale qu’une équipe de scientifiques français aurait fait le déplacement à La Paz afin d’appuyer l’industrialisation de la feuille de coca dans ce pays, et ce à des fins médicinales. On attend avec impatience la publication de leur rapport et surtout leurs conclusions. Enfin, la lettre des amis d’Angelo Mariani se rapproche du 20e numéro. Il aura dans sa prochaine publication pour article central, la réelle valeur d’une bouteille Mariani, de nos jours, qui disons le tout de suite est bien loin des 250 000 euros revendiqués par quelques individus à la recherche d’une bonne affaire ?                           A.D

Liste des articles du blog consacré à Angelo Mariani :

Décembre 2015 : Angelo Mariani et son ami le célèbre mime Corse Séverin Cafferra (1863-1930).

Novembre 2015 : Roland Garros et Angelo Mariani.

Octobre 2015 : La villa Andréa de Valescure à Saint-Raphaël (Var), propriété d’Angelo Mariani.

Septembre 2015 : Angelo Mariani et ses principaux concurrents à la fin du XIXe siècle.

Juillet 2015 : Bastia et la Corse : hauts lieux de la conception de la première boisson à la coca inventée par Angelo Mariani et son père François Xavier.

Juin 2015 : Mariani (déc 1838-avril 1914) et Mistral (sep 1830-mars 1914) ou quelques éléments peu connus sur leur longue relation amicale de 1890 à 1914.

Avril 2015 : Quelques vues des Établissements Mariani à Neuilly-sur-Seine (France) au XIXe, XXe et XXIe siècle.

Mars 2015 : Divers portraits d’Angelo Mariani le propagateur de la coca et quelques belles images issues de ses suppléments illustrés à la gloire de son célèbre breuvage.

Février 2015 : Mais qui était donc en réalité Angelo Mariani pour la famille d’Albert Robida ? (II) suite.

Janvier 2015 : Angelo Mariani et la coca dans les pas d’Albert Robida (I).

Décembre 2014 : Angelo Mariani et les Présidents de la IIIe République française.

Novembre 2014 : Mariani et la publicité en France et dans le monde.

Octobre 2014 : Julius Jaros : un homme discret et efficace ou l’ombre américaine d’Angelo Mariani.

Septembre 2014 : Louis Oscar Roty.

Août 2014 : Isabelle Chapusot.

Juin 2014 : Xavier Paoli.

Mai 2014 : Présentation des principaux personnages amis d’Angelo Mariani présents lors de l’inauguration de la fontaine la Siagnole en février 1905.

Avril 2014 : Une brève histoire de la Fontaine dite la Siagnole à Valescure commune de Saint-Raphaël (Var).

   Profitons enfin de cette occasion pour mettre en ligne la liste des articles version papier de la lettre de la Saam (Société des Amis d’Angelo Mariani) consacrés à Angelo Mariani et ce depuis juin 2004.

Octobre 2015, n°19 : Les premiers concurrents au XIXe siècle du vin Mariani.

Février 2015, n°18 : Plusieurs portraits d’Angelo Mariani.

Octobre 2014, n°17 : Isabelle Chapusot.

Février 2014, n°16 : Ferdinand Roybet et Angelo Mariani.

Octobre 2013, n°15 : Les formes peu académiques parfois de la publicité Mariani.

Mars 2013, n°14 : Une rencontre avec l’Ambassadeur de l’État plurinational de Bolivie en France.

Novembre 2012, n°13 : Une photographie encore quelque peu mystérieuse.

Octobre 2011, n°12 : L’érotisme dans l’œuvre d’Angelo Mariani. (2eme partie).

Décembre 2010, n°11 : L’érotisme dans l’œuvre d’Angelo Mariani. (1er partie).

Janvier 2010, n°10 : Un portrait d’Angelo Mariani par Carolus Duran.

Juillet 2009, n°9 : L’histoire mouvementée de la fontaine dite de la Siagnole à Valescure, Saint-Raphaël, Var. (2eme partie).

Décembre 2008, n°8 : L’histoire mouvementée de la fontaine dite de la Siagnole à Valescure, Saint-Raphaël, Var. (1er partie).

Février 2008, n°7 : Les suppléments illustrés des figurines contemporaines par Pierre Julien. (2eme partie).

Juillet 2007, n°6 : Les suppléments illustrés des figurines contemporaines par Pierre Julien. (1er partie).

Octobre 2006, n°5 : Horace Mariani et la Normandie.

Janvier 2006, n°4 : L’église catholique, les Papes et Angelo Mariani.

Septembre 2005, n°3 : Angelo Mariani et les cartes postales.

Décembre 2004, n°2 : Angelo Mariani et la Bretagne.

Juin 2004, n°1 : Angelo Mariani, une association culturelle et une lettre d’information ; la Saam (Société des Amis d’Angelo Mariani).                           A.D

Pour plus d’informations,  Cf, les livres suivants :

livreangelomariani1.jpeg   Angelo Mariani : L’inventeur de la première boisson à la coca. Éditions Anima Corsa juin 2014 Bastia. 5 boulevard Hyacinthe de Montera : 04 95 48 68 86. Et aussi sur le site Amazon.fr. Sans oublier : Cocaïne histoire mondiale d’une drogue aux Presses Universitaires de Corse, Éditions Anima Corsa, mars 2015 ou dans lequel un chapitre est consacré à Angelo Mariani.

Cocaïne histoire mondiale d'une drogue aux Presses Universitaires de Corse, Éditions Anima Corsa, mars 2015.

Louis Oscar Roty

Louis Oscar Roty (11 juin 1876-23 mars 1911).

Portrait d'Oscar Roty paru dans l'Album Mariani Tome 1 (1894).

Portrait d’Oscar Roty paru dans l’Album Mariani Tome 1 (1894).

   Oscar Roty est né à Paris en 1876, de parents instituteurs et parfois peintres pour leurs loisirs. Après des études à l’École nationale supérieure des arts décoratifs, Roty se lance à corps perdu dans la gravure. Il remporte le grand prix de Rome en 1875. Angelo Mariani de son côté a remarqué l’exceptionnel talent de cette personne. A Paris, ils deviennent amis. Ainsi, Roty rentre dans le premier cercle d’Angelo Mariani. Ce dernier en 1891 le fait apparaît dans sa première série des Albums Mariani. En outre, Roty travaille déjà pour Angelo Mariani. De nombreux éléments à la gloire du vin Mariani sortiront de son atelier comme des briquets, pièce de monnaie, etc.

Buste de Mariani portant un chapeau à gauche, devant la légende : Angelo Mariani derrière une bouteille dans une branche de coca sur laquelle est écrite en trois lignes la légende : COCA/ MARIANI / PARIS avec en-dessous ROTY.    Revers : O NYMPHE. LE VIN. MARIANI. VA. LE. SAUVER. MAIS. PREND. GARDE. A. TON. COEUR. Description revers : Une femme dénudée assise dans un décor sylvestre versant d'une bouteille une coupe de liqueur à un enfant ailé qui défaille dans ses bras ; en-dessous O. ROTY.

Buste de Mariani portant un chapeau à gauche, devant la légende : Angelo Mariani derrière une bouteille dans une branche de coca sur laquelle est écrite en trois lignes la légende : COCA/ MARIANI / PARIS avec en-dessous ROTY.
Revers : O NYMPHE. LE VIN. MARIANI. VA. LE. SAUVER. MAIS. PREND. GARDE. A. TON. COEUR. Description revers : Une femme dénudée assise dans un décor sylvestre versant d’une bouteille une coupe de liqueur à un enfant ailé qui défaille dans ses bras ; en-dessous O. ROTY.

   A cela s’ajoute le fait qu’Angelo Mariani l’aide pour la création de la Fraternité artistique à Courbevoie (œuvre jumelle de l’Orphelinat des arts, pour les garçons) fondée en 1893 par Oscar Roty (Président de 1893 à 1911). La Fraternité artistique regroupe, au meilleur de son existence, près d’une centaine de jeunes filles.

   Théophile Poilpot en sera le Président de 1911 à 1915 et Angelo Mariani, le Vice-président de 1911 à 1914, en hommage à Roty. Mieux, le 24 mars 1911, selon le journal Le Figaro, Angelo Mariani offre au musée Carnavalet, sa collection personnelle et complète des œuvres de son ami Oscar Roty.

   Oscar Roty, de nos jours, est toujours reconnu comme l’artiste graveur de la fameuse Semeuse. On la retrouve encore sur les pièces en Euro. Roty est ainsi sorti de l’hexagone pour rejoindre l’Europe monétaire. Sans parler que les artistes du XXIe comme Boris Séméniako n’hésitent pas à utiliser et à s’inspirer de cette dernière.

Le Monde, du samedi 6 septembre 2014, page culture et idées.

Le Monde, du samedi 6 septembre 2014, page culture et idées.

Olivier, laurier ou coca à Valescure ?

   En octobre 1909, Le Figaro publie dans la rubrique : LA VIE HORS PARIS avec comme sous-titre : Dans le bleu, un instantané de la vie à Valescure ou se côtoient régulièrement Roty et Mariani.

«  Entre les deux azurs du ciel et de la Méditerranée, les saisons rivalisent de beauté ;
chacune remplace la précédente avec un charme renouvelé. Sauf durant quelques rapides orages, la constance du soleil encourage la vie de plein air. Bien que la végétation africaine s’y soit acclimatée, l’août lui-même n’y a pas d’ardeurs brûlantes, entre l’Estérel et les Maures, sous le coup d’éventail perpétuel de la brise. Et maintenant, tandis que la récolte du muscat et des figues s’accomplit, les violettes bourgeonnent bientôt les roses traîneront jusque dans la poussière des routes.

A l’ombre fraîche des pins d’Alep et des parasols d’Italie, toute une colonie s’est fondée, il y a environ un quart de siècle, près de Saint Raphaël, groupement très parisien, resté fidèle à Valescure Oasis souriant à l’idéal des rêves que chantèrent Rochard, Armand Silvestre et bien d’autres.

Augustine Brohan avait été du nombre des premiers acheteurs de terrain, avec Carvalho, qui utilisa de nombreux débris des Tuileries et de l’Hôtel de Ville incendiés par la Commune, pour construire son habitation. Le docteur Léon Labbé, sénateur; Mme Bouloumié, femme du médecin de Vittel, aux «Messagés » (Les Cysthes), M. O. Roty dans l’ex-villa Reichemberg, le docteur Lutaud, aux « Mimosas», M. et Mme Kuhn, aux «Sphinx» M. Rommel à «l’Île Verte», Théodore Rivière, à la «Maisonnette Alice», sont des passionnés de ce joli coin provençal. « Lou castélou» à lord Amherst domine de sa tour, magnifiquement, tout le pays. Il s’est inspiré, pour la concevoir, du style des Templiers. C’est peut-être là que sa fille, lady Amherst, a décidé de traduire en anglais les Souvenirs de M. Xavier Paoli sur la Reine Victoria et c’est aussi dans le parc de ce domaine que Roty cueillit la branche de laurier dont il s’est servi pour composer le revers de sa « Semeuse». Une pièce de deux francs entourée d’une inscription est encastrée dans l’écorce de l’arbre, qui désormais aura sa petite histoire dans la grande Histoire numismatique.

L’idée de perpétuer ce gracieux souvenir appartient à M. A. Mariani, dont la villa
Andréa est un peu le cœur de Valescure. Très blanche, au milieu d’un jardin adorable, duquel par une coquetterie assez élégante, la coca fut bannie, ornée d’un nombre infini d’objets d’art, cette accueillante maison a vu défiler bien des célébrités contemporaines. C’est à qu’on brisa la tirelire d’une cagnotte, dont le produit servit à édifier la fontaine sculptée par Théodore Rivière la Nymphe de la Siagnole orgueil de l’endroit. Les joueurs qui firent les fonds en une amusante collaboration se nommaient Mmes Bouloumié et Isabelle Chapusot, MM. Kuhn, Léon Labbé, Lutaud, A. Mariani, X. Paoli, l’architecte Poussin, Antoine Lumière et 0. Roty.

Toute la côte, du reste, est une adorable villégiature d’été. Elle s’anime encore plus en automne, par le retour des familles de nos officiers de l’escadre. On regrette, cette année, le commandant Bonaparte-Wyse que la mort n’a pu arracher à sa magnifique propriété «Isthmia». Conformément à ses vœux, Mme Dupetit-Thouars y garde son cercueil.

La générale Zédé possède «Castebrune»; et M. Petin-Gadet, la «Germaine», deux des merveilles de la baie de Méjan. Le peintre Dauphin, dans son «Paradis»; Henry Kistemaeckers à la «Clapière»; Jean Aicard à la «Garde», représente l’élément artistique et littéraire, avec Mme S. Poirson qui écrit d’une façon supérieure sur la contrée. On sait que la terrasse de sa «Loggia» a fourni à la Comédie-Française le décor de Smilis. En rayonnant un peu, on découvre la splendide terre du vicomte de Saporta, à Solliés, puis la «Beaucaire» à M. Faucher-Chastenet qui vient d’y faire ériger une chapelle privée, l’ «Île d’Or» au docteur Lutaud, «roi après Dieu» de son rocher, en face de Dramand; le «mas » de Théodore Rivière, déjà nommé, à Pamparigouste (!); «Lysis» à Maurice Donnay, dans la baie d’Aguay Bertnay, le romancier populaire, prés de Brieux, à Anthéor Carolus Duran à Saint-Aigulph, et tous ceux qui, pareils à l’auteur de la Robe rouge, sont venus ici «pour être seuls et se sont si bien cachés que je ne lés ai pas dénichés».  Parisette, dimanche, 3 Octobre 1909.

Première série Album Mariani (juillet 1891).

Première série Album Mariani (juillet 1891).

   En juin 1914, Georges Régnal de la Nouvelle Revue reprend l’idée avec plus de précisions : « Dans les bois de Valescure, il existe un olivier, caché, ignoré, marqué d’une plaque gravée, portant à peu près ces mots: «C’est sur cet arbre que fut cueillie la branche dont Oscar Roty s’est servi pour créer le modèle de La Semeuse« .

Album Mariani Tome 9 (1904).

Album Mariani Tome 9 (1904).

Roty toujours d’actualité.

   C’est par un article du Figaro en date du samedi 12 février 2005, intitulé : Les derniers jours de la semeuse, que l’on apprend que Roty va disparaître du paysage monétaire.

   « Créée en 1886 par Oscar Roty pour une médaille du ministère de l’Agriculture, la semeuse est à l’origine une allégorie champêtre évoquant la France agricole du début du XIXe siècle. Coiffée d’un bonnet phrygien, elle est vite devenue une Marianne. Elle marche vers l’avant et sème les graines d’un futur optimiste. Ces graines illustrent aussi le rayonnement culturel et économique de l’Hexagone. C’est par la monnaie que la semeuse accède au rang de vedette. En 1898 et jusqu’en 1920, elle orne les pièces en argent de 50 centimes, de 1 et 2 francs. Le 1er janvier 1960, elle participe à l’introduction du nouveau franc, le nickel remplace alors l’argent. Liftée à plusieurs reprises, elle figurait encore en 2002 sur sept des neuf pièces en circulation. Déjà chassée par l’euro, la semeuse disparaît aujourd’hui pour de bon ». En réalité, Roty et sa semeuse ne vont pas connaître ce sinistre destin. Ils sont toujours bien présents aux fonds de nos poches en cette année 2014.

Pièce de monnaie en Euro de 20 centimes avec la Semeuse.

Pièce de monnaie en Euro de 20 centimes avec la Semeuse.

Quand Angelo Mariani commande à Théodore Rivière (1857–1912), la réalisation en bronze d’une statuette de 35 cm de hauteur représentant Oscar Roty en 1900.

   Plusieurs exemplaires sont ainsi réalisés dans l’atelier A. Bingen et Costenoble à Paris. Combien ? À ce jour, on ne sait pas répondre à cette question. On a par contre l’information qu’il en existe une Métropolitan Museum de New York dû au don d’Angelo Mariani en 1902. Une autre au musée Rodin et enfin celle qui vient d’être vendue à Paris en mai 2014.

Oscar Roty par Théodore Rivière.

Oscar Roty par Théodore Rivière.

 

Pour plus d’informations, cf le livre suivant :

Angelo Mariani L'inventeur de la première boisson à la coca. Editions Anima Corsa juin 2014 Bastia.

Angelo Mariani : L’inventeur de la première boisson à la coca

Editions Anima Corsa juin 2014 Bastia.

5 boulevard Hyacinthe de Montera.

Christophe Canioni : 04 95 31 37 02.

Et aussi sur le site Amazon.

Isabelle Chapusot

Isabelle Chapusot

   Nous avons déjà évoqué dans les précédents articles, la présence d’Isabelle Chapusot aux côtés de Mariani à partir des années 1890. Mais qui était donc cette personne omniprésente dans la vie d’Angelo Mariani ?

   Elle voit le jour à Guérard en Seine-et-Marne, le 16 mars 1852, sous le patronyme d’Isabelle Malot. Puis se marie à l’âge de 16 ans avec le docteur Paul Louis Chapusot (1834-1889) âgé de 33 ans, le 29 avril 1868 à Paris dans le 4e arrondissement. Ce dernier est né à Paris le 28 octobre 1834. En 1872, il signe un ouvrage remarqué par Angelo Mariani et intitulé : « Hygiène. Traité des aliments et boissons ». En février 1877, le docteur Chapusot qui est un intime des familles La Porta et Mariani, réside quelques semaines en Corse. Il est en outre l’auteur d’un document, l’un des premiers à recommander le vin Mariani pour le marché américain : «  Having had such splendid results in my practice with the Vin Mariani since a number of years, I counseil you to have your wine tried in London and New York, for I am persuaded that in all the great centres, where this incessant occupation and the abnormal kind of life led there fatally engender anemia, Vin Mariani is able to render the greatest services ». Pendant les deux décennies suivantes, il défend sans complexe les produits Mariani dans le monde médical parisien. Mais le 18 août 1889, le docteur Chapusot meurt à 54 ans. Angelo Mariani signe l’acte de décès. Isabelle Chapusot se retrouve veuve sans enfant semble-t-il à 37 ans. A partir de ce moment, Isabelle Chapusot et Angelo Mariani se rapprochent. Lui même est veuf depuis 1878. Ensemble, ils décident de joindre leurs forces pour aider nombre d’enfants à Paris dans le besoin.

   En 1880, c’est la création par l’actrice Marie Laurent à Vanves de l’orphelinat des Arts à l’attention d’une cinquante de jeunes filles. En septembre 1881,Victor Hugo rend visite à l’orphelinat. En 1888, la structure victime de son succès déménage à Courbevoie grâce à un leg de Gustave Doré. Dix ans plus tard, Angelo Mariani s’engage à son tour dans l’organisation de la Fraternité Artistique de Courbevoie en qualité de vice-président. Cet organisme de bienfaisance pour les garçons est couplé à l’Orphelinat des Arts qui recueille près de 140 enfants.

Isabelle Chapusot et Angelo Mariani le 6 mai 1905 à Paris.

Isabelle Chapusot et Angelo Mariani le 6 mai 1905 à Paris.

   A la recherche de fonds privés, Mariani paye de sa personne en organisant chaque année un repas d’une centaine de convives dans le célèbre restaurant Ledoyen à Paris. Isabelle Chapusot est là pour le seconder dans l’organisation caritative d’Angelo Mariani. Par exemple en mars 1906, Isabelle Chapusot verse 50 francs pour les victimes de Courrières, tandis qu’Angelo Mariani participe quant à lui à hauteur de 100 francs pour soutenir les mineurs terriblement éprouvés du nord de la France. La même année, elle est élue au conseil d’administration de l’orphelinat de Arts dirigée par Mme Poilpot, née Garrier-Belleuse.

   En juin 1911, la grande duchesse Wladimir de Russie est reçue notamment par Isabelle Chapusot et Rachel Boyer lors de sa visite de l’orphelinat. L’année suivante, Isabelle Chapusot en compagnie de Mme Hortense Scheinder, de la princesse Troubetzkoy tout comme Angelo Mariani reçoivent une médaille d’Or dans l’amphithéâtre de la Sorbonne de la part de Charles Chaumet sous secrétaire d’État aux postes pour son action en direction des orphelins. En avril 1914, Angelo Mariani décède. Isabelle Chapusot poursuit l’oeuvre d’Angelo Mariani à l’attention des enfants démunis. Le 11 octobre 1919, elle est nommée vice-présidente de l’orphelinat des Arts. Rachel Boyer en devient la présidente quelque temps plus tard. De nos jours, cette institution bienfaitrice existe toujours, mais sous un autre nom : Enfants des Arts.                     A.D

Mmes Santelli et Chapusot aux côtés d’Angelo Mariani descendant l’escalier principal de la Villa Andréa Mariani à Valescure (Saint-Raphaël) en mai 1911.

Pour plus d’informations, cf le livre suivant :

Angelo Mariani L'inventeur de la première boisson à la coca. Editions Anima Corsa juin 2014 Bastia.

Angelo Mariani : L’inventeur de la première boisson à la coca

Editions Anima Corsa juin 2014 Bastia.

5 boulevard Hyacinthe de Montera.

Christophe Canioni : 04 95 31 37 02.

Et aussi sur le site Amazon.

Présentation des principaux personnages amis d’Angelo Mariani présents lors de l’inauguration de la fontaine : la Siagnole en bronze réalisée par Théodore Rivière à Valescure (Saint-Raphaël) en février 1905.


 


Arrêtons donc nous un instant à la personnalité du Docteur Lutaud (a). Puis dans un second temps à celle de Xavier Paoli (b), sans oublier ensuite l’existence de la très discrète Mme Isabelle Chapusot (c) pour terminer enfin cette évocation (d) avec Oscar Roty.

Le docteur Auguste Lutaud (1847-1925).

Le docteur Auguste Lutaud est de prime abord un personnage semble-t-il en apparence quelque peu excentrique. Quelqu’un de haut en couleur comme on dit à l’époque au XIXe siècle pour nommer une personne un brin hors du commun. Mais à vrai dire quand on y regarde de plus près, c’est bien tout le contraire qui nous apparaît. Né à Maçon, il étudie la médecine à Paris. On le retrouve par la suite en Allemagne et en Angleterre, puis aux États-Unis pour poursuivre son périple jusqu’au … Pérou. De retour en France, la maîtrise de la langue de Shakespeare aidant, on assiste à son ascension rapide dans les responsabilités médicales au niveau national. En l’espace de quelques mois, il devient un spécialiste reconnu et incontournable à Paris en matière gynécologique et obstétricale. Il attire déjà l’attention d’Angelo Mariani par le fait d’avoir été notamment au Pérou. Nous sommes dans les années 1880. Ils sont de plus voisins à Valescure (Saint-Raphaël). En effet le Docteur Auguste Lutaud, est aussi le propriétaire d’une villa dite des Mimosas, proche de la demeure d’Angelo Mariani. Ils sont amis à tel point que Lutaud sera accueilli en personne à New York par le beau-frère d’Angelo Mariani à savoir Julius Jaros en cette ville américaine. Il résidera au 266 West End Avenue entre la 72d et 73d Street.

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Tome IX (1904)

À cela s’ajoute en parallèle la présence efficace de ses deux frères Émile (1845-1933) et Charles (1855-1921). Ce dernier après avoir été plusieurs fois désigné préfet, est nommé par la République Gouverneur de l’Algérie en 1898. Il possède lui aussi depuis 1892 une villa à Valescure (Saint-Raphaël).

Notre homme, Auguste Lutaud outre le fait d’être un médecin reconnu et apprécié est aussi un écrivain de grand talent. On lui doit notamment sous le pseudonyme du docteur Minime en 1884, le célèbre ouvrage intitulé : Le Parnasse Hippocratique qui sera réédité en 1896 avec des dessins d’Albert Robida, accompagné du fameux poème de Maurice Bouchor sur la coca. Puis à son retour de l’étranger, le livre ayant pour titre : Les États-Unis en 1900, publié tout d’abord chez la Société d’éditions scientifiques en 1896, puis par Flammarion en 1897. À cela, il faut y ajouter une multitude de traductions d’ouvrages de l’Anglais en Français. Et surtout en 1924 aux Éditions Rhéa : Le crime du Capitaine. (Nous reviendrons plus tard sur cet ouvrage concernant l’affaire Alfred Dreyfus).

Le Crime du Capitaine.

Le Crime du Capitaine Edition Rhea 1924

L’île d’Or.

Une île à l’histoire incroyable : située à l’est de Saint-Raphaël et d’ Agay dans le département du Var, en prolongement du massif du Dramont, l’île est longtemps restée anonyme. C’est en 1897 qu’elle va sortir du néant. En effet, mise aux enchères par l’État, c’est un dénommé Léon Sergent architecte de son état et vice-consul du Royaume-Uni qui en devient le propriétaire. Ce dernier installé dans sa villa Asphodèles à Valescure s’est rendu acquéreur de l’île d’Or pour la modique somme de 280 francs. Soit l’équivalent de 50 bouteilles de vin Mariani de l’époque. L’île change de nouveau de propriétaire au cours d’une partie de cartes dont elle fut l’enjeu en 1909 ! Le Docteur Lutaud en devient le possesseur. Il transforme cet îlot sans prétention en un véritable royaume pour tête couronnée. Grâce à ses revenus confortables, le maître des lieux fait élever à grands frais une tour carrée dite «sarrasine» de quatre étages en pierres rouges de l’Estérel, à l’identique des rochers du site.

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L’île d’Or aujourd’hui.

Le 19 septembre 1910.

Dans l’allégresse qui suit la construction de cette tour, le médecin s’autoproclame «Roi» de l’île d’Or ! Ou plus exactement « Roi après Dieu, Roi tu es, Roi tu resteras». Il prend par la même occasion le nom d’Auguste 1er. Dans la foulée, il frappe monnaie, timbre et papier officiel avec la création d’un hymne national. Pas moins. Il a pris soin en outre de graver sur la roche son blason et ses deux devises. L’une en latin l’autre en langue arabe.

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Inscription en latin : Insula Aurea (île d’Or), Rex propio Motu (Par ordre du Roi) et en langue arabe : Ton salut est dans la sincérité.

Sur ce «territoire indépendant» et pour parfaire ce moment solennel, une fanfare joue l’hymne national de l’île d’Or, lors de l’arrivée des nombreux invités, dont Angelo Mariani et Xavier Paoli. On note parmi une centaine de personnes, la présence du préfet du Var, Louis Hudelo, d’Oscar Roty, le célèbre graveur. Sans oublier Charles Carolus-Duran, artiste peintre. Tout cela sous un drapeau ceint d’une étoile et d’un croissant de lune. Ces privilégiés partent ensuite rejoindre la terre ferme du Dramont afin d’aller déjeuner avec les convives, dont de nombreux enfants, restés sur le continent.

Angelo Mariani tout de blanc vêtu à genou devant la marraine. Derrière elle, le docteur Lutaud. A sa gauche Xavier Paoli et son chapeau melon.  Cliché issu du document intitulé : L'ile d'Or de Laurence Bureau-Lagane, juin 2013.

Angelo Mariani tout de blanc vêtu à genou devant la marraine. Derrière elle, le docteur Lutaud. A sa gauche Xavier Paoli et son chapeau melon. Cliché issu du document intitulé : L’ile d’Or de Laurence Bureau-Lagane, juin 2013.

Ce lundi 19 septembre 1910, le « roi » Lutaud, le jour de son investiture, choisit une petite fille méritante du Dramont. Selon certains, cette jeune enfant n’est autre que la fille d’un contremaître italien, tailleur de pierres de la carrière du Dramont. Elle se nomme Amélie Borgini. Auguste Lutaud la désignera « marraine de l’île d’Or ». Après avoir reçu sa couronne et son sceptre, Auguste 1er écouta avec attention les quelques vers suivants récités par sa marraine :

Sire, acceptez sur ce plateau
Cette clef de fleurs entourées ;
Que cet hommage vous agrée,
O Roi, le premier des Lutaud !
Grand souverain de l’île d’Or.
Pour vos sujets, soyez un père.
Que votre règne soit prospère
Pendant de bien longs jours encore,
Vive le roi de l’île d’Or !

Le jeudi 25 septembre 1913.

Trois ans plus tard, le jeudi 25 septembre 1913, notre souverain Auguste 1er invite sur son île, quelques amis comme, le Général Joseph Gallieni et sa femme, nommé d’entré ministre de la Guerre, l’écrivain Jean Aicard (de l’Académie française), Angelo Mariani (en sa qualité de Roi de la coca), et Xavier Paoli désigné chef du protocole et des commandements de Sa Majesté Auguste 1er. Ce jour-là, Monsieur Ernest Grandclément, pour avoir salué la présence du monarque de nombreux coups de canon, est affublé du titre de ministre de la Marine ! On remarque aussi M. Simian, sous-secrétaire d’État aux Postes, et son épouse. Tout comme le journaliste du Figaro André Nède et M. Floch, ministre d’État de Monaco. Son excellent ami et voisin Lord Cécil William, est désigné dans la foulée, consul du Royaume de l’île d’Or auprès de Sa Majesté britannique. Là encore, la fête est un énorme succès.

Le XXe siècle.

Auguste Lutaud restera sur son trône jusqu’à sa mort le 25 août 1925. Il est inhumé à St-Raphaël (Var) en un lieu quelque peu accessible. C’est à dire bien entendu sur l’île d’Or. Dans les années trente, l’île a semble-t-il été immortalisée par Hergé. Ce dernier s’en serait inspiré pour l’un de ses albums de Tintin : « L’île Noire ».

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Hergé (1907-1943), L’île noire, 1942 51 x 35 cm 1 011 200 €, le 24 mai 2014.

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Tintin, L’ïle noire.

L’Armée américaine y débarque à son tour le 15 août 1944 dès 8 heures du matin pendant l’opération militaire de libération du Midi de La France intitulée : Anvil Dragoon. La tour sarrasine est légèrement malmenée. Mais cela en fait du coup l’un des premiers territoires français libérés des nazis dans le sud de la France (La Corse l’avait déjà été dès le début d’octobre 1943). L’île change une nouvelle fois de propriétaire en 1961, lorsqu’un officier de la marine, François Bureau (1917-1994), l’achète à Olivier Lutaud, petit-fils du disparu.

En 2014.

Que reste-t-il aujourd’hui d’Auguste Lutaud ? Tout d’abord, l’histoire même de l’île d’Or. Île qui est habitée une partie de l’année. Puis un square à son patronyme à Saint-Raphaël, face à la méditerranée, inauguré en juin 2010 par la municipalité. Ensuite sous la forme d’un clin d’œil de la République, un timbre tout à fait officiel cette fois-ci illustrant l’île d’Or, réalisé par la poste le 29 juin 2013. Soit un siècle jour pour jour après la première émission peu académique d’un timbre postal.

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Timbre postal, l’ïle d’or.

Pour plus d’informations, on peut lire avec intérêt :

Le Figaro du 7 février 1914 : Fortuna.
Nice Matin du 19 août 1984 : La sobre sépulture du Dr Lutaud.
L’Express du 25 mai 2010 : La côte d’Azur et ses dernières criques secrètes.
Bureau-Lagane Laurence, L’île d’Or joyau de l’Estérel, Éditions de L’île d’Or, juin 2013.
Qantara, n° 90, Janvier 2014, Les Sarrasins en Méditerranée au Moyen Age.