Bastia et la Corse : hauts lieux de la conception de la première boisson à la coca inventée par Angelo Mariani et son père François Xavier.

Vue générale du village de Pero-casevecchie.

Vue générale du village de Pero-Casevecchie.

Tout commence à Pero-Casevecchie.

  La mère d’Angelo Mariani, née Sophie Sébastiani le 21 août 1821 à La Porta (Haute-Corse), épouse le 21 septembre 1837, François Xavier Mariani, originaire de Pruno (Haute-Corse), ayant vu quant à lui le jour, le 29 décembre 1810.

La Porta et la maison de la famille Conneau parente de celle des Sébastiani.

La Porta et la maison de la famille Conneau parente de celle des Sébastiani.

   Propriétaires, ils se sont installés à Pero-Casevecchie, à trente kilomètres au sud de Bastia dans une zone géographique dénommée la Tavagna. Le couple y mène une vie sans histoire.

   François Xavier Mariani exerce la fonction d’apothicaire dans ce paisible bourg de 520 âmes. La qualité de son travail est d’emblée reconnue par toute la population. À tel point qu’on vient parfois de loin pour rencontrer ce pharmacien très attentif envers ses patients. Ange-François Mariani, premier fils de la famille, né le 17 décembre 1838 a pour cousin Xavier Paoli*.

Bastia : boulevard du Palais.

   La renommée professionnelle de François Xavier Mariani dépasse très vite les limites de son village. On le demande avec insistance à Bastia. La famille Mariani s’y installe tout d’abord en 1842 puis de façon définitive en mars 1847 dans cette cité de 16 000 habitants, au boulevard du Palais devenu au début du XXe siècle, Boulevard Paoli artère centrale de la plus grande ville de Corse.

Début du Boulevard du Palais à Bastia.

Début du Boulevard du Palais à Bastia au XIXe siècle.

   En ce lieu, François Xavier Mariani initie son fils Ange François dès 1855 aux secrets de la pharmacie et surtout aux élixirs à base de végétaux. Dans l’arrière-boutique se trouve un local ou ensemble, ils composent des breuvages à base de diverses plantes. (Cette pharmacie existe toujours et elle est l’une des plus anciennes de Bastia pour ne pas dire de Corse. Elle est tenue depuis plus d’un siècle maintenant par une autre grande famille de pharmaciens : les Dussol).

Cette pharmacie qui portera le nom de Croix rouge se trouve à l'angle du Boulevard du Palais et la rue

Au XIXe siècle, cette pharmacie qui portera un temps le nom de Croix rouge se trouve à l’angle du Boulevard du Palais et la rue Salvator Vialle.

De nos jours.

De nos jours.

Bastia pharmaciea

Quand le boulevard du Palais devient Boulevard Paoli.

   Ange François est dès lors comme attiré par cette science et par les livres qui véhiculent ce savoir. Selon la tradition familiale, Ange-François Mariani est un autodidacte. il se passionne pour la pharmacologie par le biais de deux plantes peu communes à l’époque : le quinquina et l’érythroxylum coca. Plusieurs ébauches de boissons médicinales ont lieu dans l’officine du boulevard du Palais. Angelo Mariani et son père rêvent d’inventer un remède miracle à partir de ces deux végétaux additionnés à du vin corse. Grâce à leurs contacts avec l’Italie et Gênes, (cette ville chose rare possède toujours en 2015 dans son jardin botanique plusieurs plants de coca), les Mariani arrivent à obtenir ces matières premières tant recherchées. Bastia est en outre ne l’oublions à cette époque la principale zone d’entrée et de sortir de toute marchandise pour l’île. En 1870, nous savons suite aux travaux de l’historien Vincent Armendares que Xavier Mariani exerce toujours à Bastia selon l’almanach général de Médecine et de pharmacie et l’Annuaire médical et pharmaceutique de la France. C’est aussi en ce lieu que François Xavier Mariani, après une longue vie de labeur afin de soigner ses patients et sans aucune exclusive, s’éteint dans les années 1880.

Pot ancien du XIXe siècle de pharmacie en verre soufflé contenant des feuilles de coca.

Pot ancien du XIXe siècle de pharmacie en verre soufflé contenant des feuilles de coca.

   De son côté, le célèbre docteur et neurologue italien Mantegazza Paolo, étudie lui aussi la coca. Il a déjà publie en 1857 un article favorable à cette plante : Importance diététique et médicale de la Coca, dans le journal argentin : El Commercio, à Salta. De retour en Italie, via Gênes en 1858, il rédige à Milan un opuscule intitulé : Sur les vertus hygiéniques et médicinales de la coca et sur les aliments nerveux en général qu’il publie dans les Annales de Médecine, Université de Milan, volume XXI, pp 449-519, 1859.Ce texte fait l’apologie de la coca en ces termes : « Je préfère vivre 10 ans avec que 100 ans sans ».

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Paolo Mantegazza ou l’un des premiers grands scientifiques européens concernant la coca.

   On sait que dans le même temps, Mariani et fils à Bastia sont systématiquement à l’affût de toute nouveauté pharmaceutique. La langue italienne n’étant pas un obstacle, il est fort probable qu’ils aient pu s’inspirer en outre des études de Paolo Mantegazza.

Angelo Mariani et Paris.

   En ce qui concerne Angelo Mariani, il est donc l’aîné et quitte la Corse en 1862. Emportant avec lui les nombreuses recettes concoctées en compagnie de son père. On le retrouve à Bois-Colombes en qualité d’élève pharmacien.

L'arrivée du train à Bois-Colombes durant la seconde moitié du XIXe siècle.

L’arrivée du train à Bois-Colombes durant la seconde moitié du XIXe siècle.

   En 1867, avec l’aide de Pierre Charles Henri Fauvel, il initie plusieurs essais de vulgarisation de préparations de coca notamment dans la pharmacie Chantrel rue de Clichy à Paris (selon l’américain William H  Helfand, le plus grand spécialiste reconnu d’Angelo Mariani in sa communication du 19 janvier 1979 présenté au Yale Medical Library et intitulé : Vin Mariani). Il déménage ensuite rue Vaneau et travaille à la pharmacie Mondet (spécialisée dans la création d’élixirs à base de plantes) au coin de la rue Bellechasse et de la rue du Faubourg St-Germain à Paris.

Rue Vaneau à Paris au XIXe siècle.

Rue Vaneau à Paris au XIXe siècle.

   Il modifie aussi son prénom afin de se protéger du racisme anti-corse présent à Paris. Dans le même temps, son père publie sous la responsabilité d’Angelo la première étude sur le quinquina : Mariani, Angelo, Notice sur le quinquina, Maillard et Bossuet, Paris, 1870. Selon l’historien Vincent Armendares, sur ce document est escamoté par des points de suspension le vocable Pharmacien de Bastia.

   Angelo Mariani fonde dans la foulée à Paris une famille en août 1870. Avec son épouse, Marie Anne Philiberte, ils auront plusieurs enfants. En 1871 : Ange-François devient officiellement pharmacien de 1er rang. En 1872, Angelo Mariani et son épouse mettent sur le marché deux boissons de 50 centilitres qui contient l’équivalent de 6 mg cocaïne par bouteille de vin et de 7.2 mg de cocaïne pour l’exportation afin de résister à la concurrence de produits identiques aux États-Unis. Il publie sa première étude sur la coca : Mariani, Angelo, La Coca du Pérou, Revue de thérapeutique médico-chirurgicales, 148-152, Paris. À ce stade notre propos, il nous paraît opportun de rappeler l’anecdote parue dans le premier bulletin de la Saam (Société des Amis d’Angelo Mariani) en juin 2004 : «  Le 7 avril 2004, suite à un incident technique à la BNF, nous n’avons pas pu obtenir le microfilm du document suivant : 8°Te 151.1252, intitulé ; « Notices sur le quinquina Mariani », Paris, Maillard-Bossuet (1870). In-16, 15 p. On nous a alors proposé fort aimablement le document original à condition qu’il soit manié avec précaution. Et quel n’a pas été notre étonnement ! Dans ledit document, en effet, se trouvait un second document, une petite notice en espagnol (un peu abîmée) édité par l’imprimerie de Ch. Lahure, 9 rue de Fleurus Paris et intitulé : Extracto Mariani Hidro-alcoolico de Quina. Ce document n’a jamais été référencé ni même recensé dans les textes analysés depuis une vingtaine d’années se rapportant aux œuvres d’Angelo Mariani. C’est donc d’Angelo Mariani un document original (et, chose rare, en espagnol) qui dormait à l’abri à l’intérieur d’un autre document ».

1875 : Angelo Mariani et sa rencontre avec le monde.

   La réussite est au rendez-vous. Le vin Mariani inonde le monde. Mariani ouvre ses bureaux et un lieu de fabrication au 10-12, rue de Chartres à Neuilly-sur-Seine. À cela s’accompagne de grands entrepôts et autres caves sous la responsabilité d’ouvriers et de contremaîtres, tous originaire de Corse et plus particulièrement de son village natal. Son entreprise est enregistrée sous l’appellation de marchand de produits pharmaceutiques. Il ouvre sa propre pharmacie au 41 Bd Haussmann. C’est aussi la naissance de son fils : Jacques né le 4 octobre à Paris. Il publie notamment une étude scientifique : Mariani, Angelo, La Coca du Pérou, Monde Pharmaceutique, vol 4, Paris, 1875 qui s’accompagne d’un premier grand texte à la gloire du vin Mariani.

L'exposition internationale de 1875 à Paris.

L’exposition internationale de 1875 à Paris.

Dès 1875, les produits Mariani à la coca sont mis en valeur à l'exposition internationale de paris.

Dès 1875, les produits Mariani à la coca sont mis en valeur à l’exposition internationale de paris.

   Ensuite Mariani Angelo, poursuit ses études avec la publication de La Coca du Pérou : Botanique historique, thérapeutique, édité dans la capitale en 1878. Et c’est ainsi que pendant plus de 50 ans le vin Mariani va être une réussite commerciale mondiale. Ce n’est qu’en 1879 que le pharmacien américain Pemberton crée la J.S Pemberton & Company à Atlanta.

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L’une des étiquettes apposées sur les toutes premières boissons de Pemberton en 1885. Ce dernier ne cache d’ailleurs pas qu’il s’inspire du vin Mariani en précisant que son produit est :  » une meilleure préparation à celle de Mariani ».

Illustration issue du livre de Bénédicte Jourgeaud intitulé : Coca Cola une passion française paru en 2010 aux Editions du Cherche Midi.

Illustration issue du livre de Bénédicte Jourgeaud intitulé : Coca Cola une passion française paru en 2010 aux Editions du Cherche Midi.

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Quand la coca et le vin faisaient bon ménage dans les produits de Pemberton.

A.D

Xavier Paoli.

   Omniprésent dans l’entourage d’Angelo Mariani, Xavier Paoli est un policier hors du commun. Il le protège de toutes les tracasseries administratives et prend sa retraite en avril 1909, à l’âge de 74 ans. Libéré de son obligation de réserve, il rédige sa biographie professionnelle sous la forme d’un livre intitulé : Leurs Majestés paru en 1912 à Paris, Librairie Ollendorff (ce document a été réédité en 1999 à l’identique par les Éditions Atlantica à Biarritz). Libre de toute parole après la disparition prématurée de son fils, qui fut secrétaire général de la préfecture de police de la capitale, Xavier Paoli lâche quelques confidences sur ses origines. Le Tout-Paris apprend qu’il n’est autre que l’un des descendants de Giacintu Paoli père du Général Pascal Paoli, (ou Pasquale de Paoli), le Corse des Lumières, dit le père de la nation entre 1755 à 1769. La Corse étant pour cette période historique considérée comme le premier état démocratique européen. Son fondateur écrivait : « L’égalité ne doit pas être un vain mot ». Avec les familles Conneau, Sébastiani, Colombani, Pompéi, Léonetti et Polidori, Xavier Paoli contribua, jusqu’à sa disparition en 1923 à Asnières (Hauts-de-Seine) à la réussite commerciale des produits Mariani.                                                                                                                     A.D

Pour plus d’informations,  Cf, les livres suivants :

livreangelomariani1.jpeg   Angelo Mariani : L’inventeur de la première boisson à la coca. Éditions Anima Corsa juin 2014 Bastia. 5 boulevard Hyacinthe de Montera. Christophe Canioni : 04 95 31 37 02. Et aussi sur le site Amazon.fr

   Sans oublier : Cocaïne histoire mondiale d’une drogue aux Presses Universitaires de Corse, Éditions Anima Corsa, mars 2015 ou dans lequel un chapitre est consacré à Angelo Mariani.

Cocaïne histoire mondiale d'une drogue aux Presses Universitaires de Corse, Éditions Anima Corsa, mars 2015.

Cocaïne histoire mondiale d’une drogue aux Presses Universitaires de Corse, Éditions Anima Corsa, mars 2015.

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Mariani (déc 1838-avril 1914) et Mistral (sep 1830-mars 1914) ou quelques éléments peu connus sur leur longue relation amicale de 1890 à 1914.

   Tout d’abord il nous semble opportun de préciser que la construction de ce texte est due en grande partie aux travaux du regretté Vincent Armendares et de son épouse Carmina parus dans la revue : La France latine. Ensuite nos remerciements vont à M. l’étudiant en archéologie guide conférencier à Maillane et à M. Alain Barnicaud, conservateur au magnifique palais du Roure dans la très belle ville d’Avignon qui nous a permis d’observer et d’étudier 14 lettres de Mistral à Mariani (datée entre mai 1897 et juin 1910). Merci aussi pour son accueil en ce lieu chargé d’histoire. Sans oublier enfin M. Gérard Baudin, le spécialiste reconnu de Frédéric Mistral, et qui dirige de nos jours le conservatoire documentaire et culturel basé à Marseille.

un portrait de Mistral paru en 1892 dans les pré-albums Mariani accompagné d'un poème à la gloire du vin Mariani.

Un portrait de Mistral paru en 1892 dans les pré-albums Mariani accompagné d’un poème à la gloire du vin Mariani.

Couverture de 1892 pour l'album Mariani.

Couverture de 1892 pour l’album Mariani.

La rencontre :

   Est ce que tout débute en novembre 1891, date qui correspond à la première lettre connue entre Mariani et Mistral selon les archives de Maillane ? Ou bien encore plus tôt ? Sachant que la première publication officielle de Mistral par Mariani remonte à la 2eme série d’août 1892 dans les pré-albums soit plus d’un an avant la version officielle et définitive pour le grand public de novembre 1893 tome 1. (Il y aurait plus d’une centaine de lettres d’Angelo Mariani à l’attention de Frédéric Mistral et vis versa dans les archives de Maillane entre la période de novembre 1891 à décembre 1913, mais que nous n’avons pas pu encore observé à ce jour).

   En février 1895, Mistral se rend chez Mariani à Paris au 11 rue Scribe près de l’Opéra. C’est le pied-à-terre parisien du poète. Mariani en profite pour lui offrir sa boutonnière d’officier de la Légion d’honneur car Mistral ne l’a pas. Il ne sait pas où acheter le ruban en question dans la capitale. La relation s’intensifie entre ces deux grandes personnalités.

DR: Cette photographie représentant Mistral et Mariani, ensemble, a semble-t-il été prise par Florent Miesienski à Arles le 24 décembre 1906.

DR: Cette photographie représentant Mistral et Mariani, a semble-t-il été prise par Florent Miesienski à Arles le 24 décembre 1906.

   Mariani veut représenter en outre ses amis par des statuettes en bronze. Son projet prend de l’ampleur grâce à la collaboration d’un grand sculpteur en devenir : Théodore Rivière (sept 1857-nov 1912). Il sollicite par ailleurs Frédéric Mistral pour l’écriture d’un conte à la gloire de la coca. Le poète accepte.

Édition populaire de format in-32, Huit Contes à Mariani. 1896.

Édition populaire de format in-32, Huit Contes à Mariani. 1896.

Conte de Mistral avec plusieurs illustrations de Robida intitulé : Les Secrets des Bestes.

Conte de Mistral avec plusieurs illustrations de Robida intitulé : Les Secrets des Bestes.

   On voit aussi dans le journal provençal l’Aïoli dirigé par Mistral apparaître des publicités en langue provençale vantant les bienfaits du Vin Mariani à la coca dou Pérou.

Publicité Vin Mariani en langue provençale parue dans le journal L'Aïoli.

Publicité Vin Mariani en langue provençale parue dans le journal L’Aïoli.

   Le 28 décembre 1900, la statuette de Mariani en plâtre enfin réalisée par Théodore Rivière arrive au domicile de Mistral. Au début du mois de mars 1901, c’est au tour de la statuette de Mistral de se retrouver dans la demeure du Maître. Deux mois plus tard, la même statuette mais cette fois-ci en bronze débarque à Maillane.

Statuette d'Angelo Mariani réalisée par Théodore Rivière présente à Maillane.

Statuette d’Angelo Mariani réalisée en 1900 par Théodore Rivière et présente à Maillane.

   Échange de bon procédé entre les familles Mistral et Mariani en mars-avril 1903, avec Jacques Mariani qui vient s’installer quelques jours chez Mistral. Il fait de nombreuses photographies du maître.

Mistral à côté des nombreuses statuettes placées sur la cheminé.

Mistral à côté des nombreuses statuettes placées sur la cheminé près de son bureau et de sa bibliothèque.

De nos jours en 2015.

De nos jours en 2015.

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Gravure réalisée à partir d’une photographie de Nadar représentant le statuaire Théodore Rivière. Iconographie parue dans le tome IV des Albums Mariani en 1899.

   À cette même période Angelo Mariani propose d’offrir un tableau dénommé : « l’Empereur du Soleil » réalisé par Charles Toché (juillet 1851-août 1916) et représentant Frédéric Mistral afin que cette œuvre soit présente à Maillane. (Cette peinture est toujours présente en ce lieu et plus particulièrement dans le salon du maître). En décembre 1904, Mistral connaît la consécration tant en France qu’au niveau international par l’obtention du prix Nobel de littérature. Mariani a oeuvré dès 1901 en cela.

Extrait du Le Petit Journal en date du 25 décembre 1904.

Extrait du quotidien Le Petit Journal en date du 25 décembre 1904.

    Mistral n’hésite pas de son côté à offrir en 1906, à Angelo Mariani un exemplaire de Mireille en édition de grand luxe sur papier japon (Hachette) avec des eaux-fortes et vignettes d’Eugène Burnand et les encadrements en couleurs d’Henri-Léon Pallandre. Qui le fait aussitôt relier par Charles Meunier. A cela s’ajoute un autographe personnel de Mistral à Mariani dans l’ouvrage : « Transcrit pour mon ami Angelo Mariani en communication et souvenir reconnaissant de la médaille (or, argent et bronze) qu’il fit graver pour moi par Georges Dupré, en l’an de grâce 1906. F. Mistral. Maillane, Provence, 3 décembre 1906. Cela amène Angelo Mariani à faire encastrer les trois médailles en métal gravé reproduites à partir des médailles originales dans la reliure. Cette pièce d’orfèvre, signée Dupré (Oct 1869- juin 1909), fut frappée en bronze, argent et or (65 x 55 mm). Sur l’avers : A Frederi Mistral ses amis ses admirateurs. Sur le revers : O santi Mario …“.

DR : Collection Gérard Baudin.

DR : Collection Gérard Baudin.

DR : Collection Gérard Baudin.

DR : Collection Gérard Baudin.

   L’initiateur de ce projet est là encore Angelo Mariani. Cette médaille présente un avers en deux états : l’un, Frédéric Mistral coiffé de son chapeau, l’autre en tête nue. Le revers de chaque état rend hommage à Mireille. Le tirage initial fut très restreint (50 argent et 100 bronze). Dans un courrier d’Angelo Mariani du 19 octobre 1906, ce dernier explique à Mistral qu’il va se rendre à Maillane une demi-journée afin de lui remettre directement la plaquette en or que Dupré vient de frapper. Mistral par la suite en achète huit en bronze quatre avec chapeau quatre sans. Ces pièces furent placées au Muséon Arlaten dans une vitrine sécurisée dénommée Angelo Mariani sur insistance de Mistral. En effet c’est Angelo Mariani qui finança là encore à titre gracieux ce meuble. Mais le 16 mai 1911, des voleurs s’emparèrent de tous les objets de valeur (parures en or, diamants, une couronne de vermeil, médailles de Dupré, insignes et objets divers en l’honneur du vin Mariani gravé par Oscar Roty). Ces trésors disparaissent à tout jamais.

   Le 8 septembre 1908, Mariani déjeune à Arles à l’hôtel du Forum avec Mistral et son épouse, accompagnés de Théodore Rivière, de Folco de Baroncelli, de Madame Jeanne de Flandreysy et Jean Charles-Roux à l’occasion du 78e anniversaire du poète.

Mistral et le vin Mariani.

Mistral 1892c

Représentation d’une bouteille vin tonique Mariani.

    Mistral est un bon connaisseur du breuvage Mariani. Nous savons à la lecture d’un courrier qu’au début de l’année 1906, Angelo Mariani fait remettre des verres gravés par Oscar Roty avec « une petite provision annuelle de vin de coca ». Selon une autre lettre en date du 19 août 1908, et signée de Piory responsable commercial des Établissements Mariani, on apprend qu’Angelo Mariani a fait parvenir : « 30 flacons de vin Mariani, mais aussi 6 litres d’Élixir de la réserve personnelle de M. A. Mariani et qui a environ 10 ans de fût et une boîte de cigares de sa marque ». Le 17 mars 1911, une nouvelle missive encore signée de Piory pour Mariani nous indique que ce dernier transmet cette fois-ci : « une caisse contenant 60 bouteilles de Vin Mariani, une autre de 30 bouteilles et 150 flacons échantillon ». Et Mistral l’en remercie aussitôt par retour de courrier du 26 du même mois. Un peu plus tard en septembre de la même année on apprend que Mariani envoie à Maillane « plusieurs bouteilles de Cognac et des bonbons Gismonda au vin Mariani ». Cette habitude se perpétue au moins jusqu’en février 1913 et on constate que les bonbons au vin Mariani sont à l’attention en réalité de Mme Mistral née Marie Rivière (fév 1857-fév 1943).

une bouteille bien mise en évidence pour la photographie parue dans la revue : les Annales politiques et littéraires n° 1451 du 16 avril 1911 afin d'illustrer un texte intitulé : Le Voyage d'Art en Provence de jules Clarétie.

une bouteille bien mise en évidence pour la photographie parue dans la revue : Les Annales politiques et littéraires n° 1451 du 16 avril 1911 afin d’illustrer un texte intitulé : Le Voyage d’Art en Provence de Jules Clarétie.

   Au final de ce texte, on fait le constat que Mariani par ses multiples dons à Mistral était en fin de compte toujours présent à Maillane tant dans le bureau du Maître, que dans son salon ou bien encore dans sa cuisine.    A.D

La statue Mistral à Arles : une longue histoire.

  Le 19 décembre 1908 au siège de la compagnie générale transatlantique à Paris est installé comme président du comité pour l’érection d’une statue en l’honneur de Mistral : Jules Charles-Roux, ancien député de Marseille. L’idée de départ provient là encore d’Angelo Mariani avec la complicité de Jeanne de Flandreysy. Cette dernière est nommée vice-présidente aux côtés entre autres de Jules Clarétie. Angelo Mariani quant à lui et qui a déjà choisi le sculpteur, Théodore Rivière est désigné en qualité de trésorier afin de récupérer les fonds afférant à ce projet.

Statue de Mistral à Arles au début u XXe siècle.

Statue de Mistral à Arles au début du XXe siècle.

   En mai 1909, est érigée la statue de Frédéric Mistral à Arles. Le monument, qui comprend en outre un socle auquel est adjoint un médaillon de Mireille réalisé par Férigoule un statuaire local ancien directeur du musée d’Arles. Sur cette partie de l’oeuvre, on peut y lire le patronyme d’Angelo Mariani.

   Pendant la Seconde Guerre mondiale, le 21 mars 1942, la statue est déboulonnée afin d’être fondue à la demande du ministère de la production industrielle du régime de Pétain en collaboration avec les autorités militaires allemandes. La tête de Mistral est découpée et sauvée discrètement par un dénommé Mugnani, ferrailleur marseillais de son état. La statue est reconstituée après guerre à partir d’une des maquettes en plâtre de Théodore Rivière. Elle est inaugurée à nouveau le 3 juillet 1948. C’était, il y a exactement 67 ans. A.D.

Statue de Mistral à Arles au début du XXIe siècle.

Statue de Mistral à Arles au début du XXIe siècle.

Pour plus d’informations,  Cf, les livres suivants :

livreangelomariani1.jpeg   Angelo Mariani : L’inventeur de la première boisson à la coca. Éditions Anima Corsa juin 2014 Bastia. 5 boulevard Hyacinthe de Montera. Christophe Canioni : 04 95 31 37 02. Et aussi sur le site Amazon.fr  et le très beau livre de Gérard Baudin consacré à Frédéric Mistral, paru en 2014 à Paris aux Éditions HC.

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