Angelo Mariani et son ami le célèbre mime Corse d’Ajaccio Séverin Cafferra (1863-1930).

Séverin à la ville.

Séverin à la ville.

   En 1892, le mercredi 29 juin en pleine gloire Angelo Mariani décide de faire jouer chez lui au 11 rue Scribe à Paris, un pantomime intitulé : La fleur de Coca. Cette représentation théatrale a lieue, en soirée devant quelques amis triés sur le volet. Cette pièce de théâtre fut écrite en vers par MM. Paul Arène (1) et Gustave Goetchy accompagnés par une musique de Léopold Gangloff, avec des décors de Charles Toché et les costumes de Paul Donny. Elle met en scène une colombine interprétée par Mlle Madeleine Dowe et un pierrot dénommé Séverin Cafferra (2) qui vont solutionner leur problème en buvant tout simplement un petit verre de Vin Mariani.

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Portrait de Séverin en Pierrot par Félix Valloton.

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Séverin et son magnifique jeu de mains.

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Melle Dowe et Séverin chez Angelo Mariani.

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Quand Séverin boit un verre de vin Mariani.

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Quand Séverin boit directement le vin Mariani à la bouteille.

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On observe que Séverin prend bien soin de mettre en évidence la bouteille Vin Mariani et son étiquette…

severin13   Les origines de la pantomime remontent à l’antiquité. C’est à Rome qu’elle voit le jour de façon certaine, puis se répand dans toute l’Europe méditerranéenne. La pantomime est une forme d’expression corporelle par gestes seulement : mimiques, mouvements, attitudes corporelles et parfois acrobaties. Le mime français Marceau en a été l’un des plus célèbres représentants à la renommée mondiale. La pantomime est parfois accompagnée de musique. Au début du 19e siècle, Jean-Gaspard Deburau crée à Paris le personnage de Pierrot repris par son fils Jean-Charles Deburau (3) qui vers 1850, après le décès de son père en 1846, forme à Marseille Louis Rouffe. Ce dernier initie à son tour Séverin (Séverin Cafferra, né en Corse). La pantomime a la particularité d’être un art populaire créatif issu d’une certaine manière de la Commédia. Marseille devient donc ipso facto la capitale du mime. Avec la disparition de Louis Rouffe en 1885, c’est également celle de la pantomime dans cette ville. Séverin Cafferra, va ensuite connaître la gloire en exerçant son art à Paris. En 1929, il publie chez Plon ses souvenirs, L’homme blanc, Souvenirs d’un Pierrot, introduction et notes de Gustave Fréjaville où il évoque cette fameuse soirée du mercredi 29 juin 1892.

severin1   On sait que les privilégiés qui purent assister à cette unique représentation furent entre autre sa fille Andréa, son fils Jacques mais aussi Catulle Mendes, Sylvain, Melle Moreno, Madame Isabelle Chapusot, Xavier Paoli, Armand Silvestre et Paul Arène.

   À la sortie de l’ouvrage, en 1929, Gustave Fréjaville le préfacier enverra le livre avec sa carte de visite personnelle à Jacques Mariani à Neuilly-sur-Seine. Une façon élégante, à noter, de remercier à posteriori Angelo Mariani pour son aide dans sa carrière professionelle. Sur la carte de visite manuscrite de Gustave Fréjaville, était portée l’inscription suivante au tampon : « De la part de Séverin éloigné de Paris ». Le livre avec la carte de visite pris ensuite sa place dans l’immense bibliothèque familiale Mariani.

Séverin à la renommée internationale.

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Quand Séverin l’Ajaccien était tête d’affiche aux Folies Bergère.

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Source : Bibliothèque collection digitale de Washington D.C, USA.

    Angelo Mariani déclinera par la suite, une nouvelle fois cette forme de communication afin de vanter son célèbre breuvage notamment par le biais de cartes postales comme support.

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Le soldat réconforté par une bonne soeur et une bonne bouteille de vin Mariani.

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Le malade réconforté par une bonne soeur et aussi par une bonne bouteille de vin Mariani, placé en premier plan sur la table de chevet.

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Le même malade toujours réconforté par une bonne soeur et aussi par une bonne bouteille de vin Mariani, placé en premier plan sur la table de chevet. Les autres flaçons soit une concurrence possible ont disparus.

Même chose avec certaines publicités Mariani.

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Album Mariani Tome 6. Dessin d’Eugène Murer.

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Dessin de Louis Trinquier Trianon.

(1) Paul Arène a déjà écrit plusieurs pantomimes comme celui de La statue aux Édition : A. Leduc, 1889, Paris.
(2) La fleur de Coca. Pantomime joué à Paris. Il fut imprimé sous forme de livret par les Éditions Silvestre, 1892 avec 12 belles reproductions photographiques en noir et blanc de Séverin et Mlle Dowe dans les rôles de Pierrot et Colombine. C’est un beau fascicule devenu collector et considéré comme publicitaire pour le vin tonique à base de Coca d’Angelo Mariani.
(3) Charles Deburau, qui va reprendre le rôle de Pierrot, est photographié à de multiples reprises par Nadar sous la dénomination Têtes d’expressions. Ce travail sera récompensé en 1855 à l’Exposition universelle de Paris.

   Si on veut aller plus loin dans la compréhension du pantomime, on se doit de lire, nous semble-t-il, Maurice Lefèvre, « La pantomime », Revue d’art dramatique, mai 1892, p. 257-268 et Arnaud Rykner (dir.), Pantomime et théâtre du corps. Le jeu du hors-texte, Rennes, 2009, Presses Universitaires de Rennes, coll. « Le Spectaculaire ».

   Au niveau des visites pour ce blog, l’évolution est positive. En 2014, nous étions à 969 visiteurs et pour l’année 2015 qui se termine, nous sommes passés à 4 520. Soit un total approximatif de 5 500 observateurs pour une vingtaine d’articles publiés dont voici la liste ci-dessous. Espérons que 2016 connaîtra la même dynamique. Autre point en cette fin d’année 2015, nous tenons à saluer un ami Corse, ainsi que sa famille qui ont la particularité de m’avoir invité à observer sur l’île chez eux au calme leur magnifique collection privée de bouteilles Vin Mariani qui se compose non pas de quelques dizaines de récipients gravés Vin Coca Mariani et/ou Vin Mariani, les plus rares, mais de plusieurs centaines de bouteilles. Oui vous avez bien lu le terme de centaine. Merci encore à eux. En outre, il semblerait selon l’annonce récente du Président Bolivien Evo Morales (3 décembre 2015) reprise par la presse internationale qu’une équipe de scientifiques français aurait fait le déplacement à La Paz afin d’appuyer l’industrialisation de la feuille de coca dans ce pays, et ce à des fins médicinales. On attend avec impatience la publication de leur rapport et surtout leurs conclusions. Enfin, la lettre des amis d’Angelo Mariani se rapproche du 20e numéro. Il aura dans sa prochaine publication pour article central, la réelle valeur d’une bouteille Mariani, de nos jours, qui disons le tout de suite est bien loin des 250 000 euros revendiqués par quelques individus à la recherche d’une bonne affaire ?                           A.D

Liste des articles du blog consacré à Angelo Mariani :

Décembre 2015 : Angelo Mariani et son ami le célèbre mime Corse Séverin Cafferra (1863-1930).

Novembre 2015 : Roland Garros et Angelo Mariani.

Octobre 2015 : La villa Andréa de Valescure à Saint-Raphaël (Var), propriété d’Angelo Mariani.

Septembre 2015 : Angelo Mariani et ses principaux concurrents à la fin du XIXe siècle.

Juillet 2015 : Bastia et la Corse : hauts lieux de la conception de la première boisson à la coca inventée par Angelo Mariani et son père François Xavier.

Juin 2015 : Mariani (déc 1838-avril 1914) et Mistral (sep 1830-mars 1914) ou quelques éléments peu connus sur leur longue relation amicale de 1890 à 1914.

Avril 2015 : Quelques vues des Établissements Mariani à Neuilly-sur-Seine (France) au XIXe, XXe et XXIe siècle.

Mars 2015 : Divers portraits d’Angelo Mariani le propagateur de la coca et quelques belles images issues de ses suppléments illustrés à la gloire de son célèbre breuvage.

Février 2015 : Mais qui était donc en réalité Angelo Mariani pour la famille d’Albert Robida ? (II) suite.

Janvier 2015 : Angelo Mariani et la coca dans les pas d’Albert Robida (I).

Décembre 2014 : Angelo Mariani et les Présidents de la IIIe République française.

Novembre 2014 : Mariani et la publicité en France et dans le monde.

Octobre 2014 : Julius Jaros : un homme discret et efficace ou l’ombre américaine d’Angelo Mariani.

Septembre 2014 : Louis Oscar Roty.

Août 2014 : Isabelle Chapusot.

Juin 2014 : Xavier Paoli.

Mai 2014 : Présentation des principaux personnages amis d’Angelo Mariani présents lors de l’inauguration de la fontaine la Siagnole en février 1905.

Avril 2014 : Une brève histoire de la Fontaine dite la Siagnole à Valescure commune de Saint-Raphaël (Var).

   Profitons enfin de cette occasion pour mettre en ligne la liste des articles version papier de la lettre de la Saam (Société des Amis d’Angelo Mariani) consacrés à Angelo Mariani et ce depuis juin 2004.

Octobre 2015, n°19 : Les premiers concurrents au XIXe siècle du vin Mariani.

Février 2015, n°18 : Plusieurs portraits d’Angelo Mariani.

Octobre 2014, n°17 : Isabelle Chapusot.

Février 2014, n°16 : Ferdinand Roybet et Angelo Mariani.

Octobre 2013, n°15 : Les formes peu académiques parfois de la publicité Mariani.

Mars 2013, n°14 : Une rencontre avec l’Ambassadeur de l’État plurinational de Bolivie en France.

Novembre 2012, n°13 : Une photographie encore quelque peu mystérieuse.

Octobre 2011, n°12 : L’érotisme dans l’œuvre d’Angelo Mariani. (2eme partie).

Décembre 2010, n°11 : L’érotisme dans l’œuvre d’Angelo Mariani. (1er partie).

Janvier 2010, n°10 : Un portrait d’Angelo Mariani par Carolus Duran.

Juillet 2009, n°9 : L’histoire mouvementée de la fontaine dite de la Siagnole à Valescure, Saint-Raphaël, Var. (2eme partie).

Décembre 2008, n°8 : L’histoire mouvementée de la fontaine dite de la Siagnole à Valescure, Saint-Raphaël, Var. (1er partie).

Février 2008, n°7 : Les suppléments illustrés des figurines contemporaines par Pierre Julien. (2eme partie).

Juillet 2007, n°6 : Les suppléments illustrés des figurines contemporaines par Pierre Julien. (1er partie).

Octobre 2006, n°5 : Horace Mariani et la Normandie.

Janvier 2006, n°4 : L’église catholique, les Papes et Angelo Mariani.

Septembre 2005, n°3 : Angelo Mariani et les cartes postales.

Décembre 2004, n°2 : Angelo Mariani et la Bretagne.

Juin 2004, n°1 : Angelo Mariani, une association culturelle et une lettre d’information ; la Saam (Société des Amis d’Angelo Mariani).                           A.D

Pour plus d’informations,  Cf, les livres suivants :

livreangelomariani1.jpeg   Angelo Mariani : L’inventeur de la première boisson à la coca. Éditions Anima Corsa juin 2014 Bastia. 5 boulevard Hyacinthe de Montera : 04 95 48 68 86. Et aussi sur le site Amazon.fr. Sans oublier : Cocaïne histoire mondiale d’une drogue aux Presses Universitaires de Corse, Éditions Anima Corsa, mars 2015 ou dans lequel un chapitre est consacré à Angelo Mariani.

Cocaïne histoire mondiale d'une drogue aux Presses Universitaires de Corse, Éditions Anima Corsa, mars 2015.

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Mariani (déc 1838-avril 1914) et Mistral (sep 1830-mars 1914) ou quelques éléments peu connus sur leur longue relation amicale de 1890 à 1914.

   Tout d’abord il nous semble opportun de préciser que la construction de ce texte est due en grande partie aux travaux du regretté Vincent Armendares et de son épouse Carmina parus dans la revue : La France latine. Ensuite nos remerciements vont à M. l’étudiant en archéologie guide conférencier à Maillane et à M. Alain Barnicaud, conservateur au magnifique palais du Roure dans la très belle ville d’Avignon qui nous a permis d’observer et d’étudier 14 lettres de Mistral à Mariani (datée entre mai 1897 et juin 1910). Merci aussi pour son accueil en ce lieu chargé d’histoire. Sans oublier enfin M. Gérard Baudin, le spécialiste reconnu de Frédéric Mistral, et qui dirige de nos jours le conservatoire documentaire et culturel basé à Marseille.

un portrait de Mistral paru en 1892 dans les pré-albums Mariani accompagné d'un poème à la gloire du vin Mariani.

Un portrait de Mistral paru en 1892 dans les pré-albums Mariani accompagné d’un poème à la gloire du vin Mariani.

Couverture de 1892 pour l'album Mariani.

Couverture de 1892 pour l’album Mariani.

La rencontre :

   Est ce que tout débute en novembre 1891, date qui correspond à la première lettre connue entre Mariani et Mistral selon les archives de Maillane ? Ou bien encore plus tôt ? Sachant que la première publication officielle de Mistral par Mariani remonte à la 2eme série d’août 1892 dans les pré-albums soit plus d’un an avant la version officielle et définitive pour le grand public de novembre 1893 tome 1. (Il y aurait plus d’une centaine de lettres d’Angelo Mariani à l’attention de Frédéric Mistral et vis versa dans les archives de Maillane entre la période de novembre 1891 à décembre 1913, mais que nous n’avons pas pu encore observé à ce jour).

   En février 1895, Mistral se rend chez Mariani à Paris au 11 rue Scribe près de l’Opéra. C’est le pied-à-terre parisien du poète. Mariani en profite pour lui offrir sa boutonnière d’officier de la Légion d’honneur car Mistral ne l’a pas. Il ne sait pas où acheter le ruban en question dans la capitale. La relation s’intensifie entre ces deux grandes personnalités.

DR: Cette photographie représentant Mistral et Mariani, ensemble, a semble-t-il été prise par Florent Miesienski à Arles le 24 décembre 1906.

DR: Cette photographie représentant Mistral et Mariani, a semble-t-il été prise par Florent Miesienski à Arles le 24 décembre 1906.

   Mariani veut représenter en outre ses amis par des statuettes en bronze. Son projet prend de l’ampleur grâce à la collaboration d’un grand sculpteur en devenir : Théodore Rivière (sept 1857-nov 1912). Il sollicite par ailleurs Frédéric Mistral pour l’écriture d’un conte à la gloire de la coca. Le poète accepte.

Édition populaire de format in-32, Huit Contes à Mariani. 1896.

Édition populaire de format in-32, Huit Contes à Mariani. 1896.

Conte de Mistral avec plusieurs illustrations de Robida intitulé : Les Secrets des Bestes.

Conte de Mistral avec plusieurs illustrations de Robida intitulé : Les Secrets des Bestes.

   On voit aussi dans le journal provençal l’Aïoli dirigé par Mistral apparaître des publicités en langue provençale vantant les bienfaits du Vin Mariani à la coca dou Pérou.

Publicité Vin Mariani en langue provençale parue dans le journal L'Aïoli.

Publicité Vin Mariani en langue provençale parue dans le journal L’Aïoli.

   Le 28 décembre 1900, la statuette de Mariani en plâtre enfin réalisée par Théodore Rivière arrive au domicile de Mistral. Au début du mois de mars 1901, c’est au tour de la statuette de Mistral de se retrouver dans la demeure du Maître. Deux mois plus tard, la même statuette mais cette fois-ci en bronze débarque à Maillane.

Statuette d'Angelo Mariani réalisée par Théodore Rivière présente à Maillane.

Statuette d’Angelo Mariani réalisée en 1900 par Théodore Rivière et présente à Maillane.

   Échange de bon procédé entre les familles Mistral et Mariani en mars-avril 1903, avec Jacques Mariani qui vient s’installer quelques jours chez Mistral. Il fait de nombreuses photographies du maître.

Mistral à côté des nombreuses statuettes placées sur la cheminé.

Mistral à côté des nombreuses statuettes placées sur la cheminé près de son bureau et de sa bibliothèque.

De nos jours en 2015.

De nos jours en 2015.

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Gravure réalisée à partir d’une photographie de Nadar représentant le statuaire Théodore Rivière. Iconographie parue dans le tome IV des Albums Mariani en 1899.

   À cette même période Angelo Mariani propose d’offrir un tableau dénommé : « l’Empereur du Soleil » réalisé par Charles Toché (juillet 1851-août 1916) et représentant Frédéric Mistral afin que cette œuvre soit présente à Maillane. (Cette peinture est toujours présente en ce lieu et plus particulièrement dans le salon du maître). En décembre 1904, Mistral connaît la consécration tant en France qu’au niveau international par l’obtention du prix Nobel de littérature. Mariani a oeuvré dès 1901 en cela.

Extrait du Le Petit Journal en date du 25 décembre 1904.

Extrait du quotidien Le Petit Journal en date du 25 décembre 1904.

    Mistral n’hésite pas de son côté à offrir en 1906, à Angelo Mariani un exemplaire de Mireille en édition de grand luxe sur papier japon (Hachette) avec des eaux-fortes et vignettes d’Eugène Burnand et les encadrements en couleurs d’Henri-Léon Pallandre. Qui le fait aussitôt relier par Charles Meunier. A cela s’ajoute un autographe personnel de Mistral à Mariani dans l’ouvrage : « Transcrit pour mon ami Angelo Mariani en communication et souvenir reconnaissant de la médaille (or, argent et bronze) qu’il fit graver pour moi par Georges Dupré, en l’an de grâce 1906. F. Mistral. Maillane, Provence, 3 décembre 1906. Cela amène Angelo Mariani à faire encastrer les trois médailles en métal gravé reproduites à partir des médailles originales dans la reliure. Cette pièce d’orfèvre, signée Dupré (Oct 1869- juin 1909), fut frappée en bronze, argent et or (65 x 55 mm). Sur l’avers : A Frederi Mistral ses amis ses admirateurs. Sur le revers : O santi Mario …“.

DR : Collection Gérard Baudin.

DR : Collection Gérard Baudin.

DR : Collection Gérard Baudin.

DR : Collection Gérard Baudin.

   L’initiateur de ce projet est là encore Angelo Mariani. Cette médaille présente un avers en deux états : l’un, Frédéric Mistral coiffé de son chapeau, l’autre en tête nue. Le revers de chaque état rend hommage à Mireille. Le tirage initial fut très restreint (50 argent et 100 bronze). Dans un courrier d’Angelo Mariani du 19 octobre 1906, ce dernier explique à Mistral qu’il va se rendre à Maillane une demi-journée afin de lui remettre directement la plaquette en or que Dupré vient de frapper. Mistral par la suite en achète huit en bronze quatre avec chapeau quatre sans. Ces pièces furent placées au Muséon Arlaten dans une vitrine sécurisée dénommée Angelo Mariani sur insistance de Mistral. En effet c’est Angelo Mariani qui finança là encore à titre gracieux ce meuble. Mais le 16 mai 1911, des voleurs s’emparèrent de tous les objets de valeur (parures en or, diamants, une couronne de vermeil, médailles de Dupré, insignes et objets divers en l’honneur du vin Mariani gravé par Oscar Roty). Ces trésors disparaissent à tout jamais.

   Le 8 septembre 1908, Mariani déjeune à Arles à l’hôtel du Forum avec Mistral et son épouse, accompagnés de Théodore Rivière, de Folco de Baroncelli, de Madame Jeanne de Flandreysy et Jean Charles-Roux à l’occasion du 78e anniversaire du poète.

Mistral et le vin Mariani.

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Représentation d’une bouteille vin tonique Mariani.

    Mistral est un bon connaisseur du breuvage Mariani. Nous savons à la lecture d’un courrier qu’au début de l’année 1906, Angelo Mariani fait remettre des verres gravés par Oscar Roty avec « une petite provision annuelle de vin de coca ». Selon une autre lettre en date du 19 août 1908, et signée de Piory responsable commercial des Établissements Mariani, on apprend qu’Angelo Mariani a fait parvenir : « 30 flacons de vin Mariani, mais aussi 6 litres d’Élixir de la réserve personnelle de M. A. Mariani et qui a environ 10 ans de fût et une boîte de cigares de sa marque ». Le 17 mars 1911, une nouvelle missive encore signée de Piory pour Mariani nous indique que ce dernier transmet cette fois-ci : « une caisse contenant 60 bouteilles de Vin Mariani, une autre de 30 bouteilles et 150 flacons échantillon ». Et Mistral l’en remercie aussitôt par retour de courrier du 26 du même mois. Un peu plus tard en septembre de la même année on apprend que Mariani envoie à Maillane « plusieurs bouteilles de Cognac et des bonbons Gismonda au vin Mariani ». Cette habitude se perpétue au moins jusqu’en février 1913 et on constate que les bonbons au vin Mariani sont à l’attention en réalité de Mme Mistral née Marie Rivière (fév 1857-fév 1943).

une bouteille bien mise en évidence pour la photographie parue dans la revue : les Annales politiques et littéraires n° 1451 du 16 avril 1911 afin d'illustrer un texte intitulé : Le Voyage d'Art en Provence de jules Clarétie.

une bouteille bien mise en évidence pour la photographie parue dans la revue : Les Annales politiques et littéraires n° 1451 du 16 avril 1911 afin d’illustrer un texte intitulé : Le Voyage d’Art en Provence de Jules Clarétie.

   Au final de ce texte, on fait le constat que Mariani par ses multiples dons à Mistral était en fin de compte toujours présent à Maillane tant dans le bureau du Maître, que dans son salon ou bien encore dans sa cuisine.    A.D

La statue Mistral à Arles : une longue histoire.

  Le 19 décembre 1908 au siège de la compagnie générale transatlantique à Paris est installé comme président du comité pour l’érection d’une statue en l’honneur de Mistral : Jules Charles-Roux, ancien député de Marseille. L’idée de départ provient là encore d’Angelo Mariani avec la complicité de Jeanne de Flandreysy. Cette dernière est nommée vice-présidente aux côtés entre autres de Jules Clarétie. Angelo Mariani quant à lui et qui a déjà choisi le sculpteur, Théodore Rivière est désigné en qualité de trésorier afin de récupérer les fonds afférant à ce projet.

Statue de Mistral à Arles au début u XXe siècle.

Statue de Mistral à Arles au début du XXe siècle.

   En mai 1909, est érigée la statue de Frédéric Mistral à Arles. Le monument, qui comprend en outre un socle auquel est adjoint un médaillon de Mireille réalisé par Férigoule un statuaire local ancien directeur du musée d’Arles. Sur cette partie de l’oeuvre, on peut y lire le patronyme d’Angelo Mariani.

   Pendant la Seconde Guerre mondiale, le 21 mars 1942, la statue est déboulonnée afin d’être fondue à la demande du ministère de la production industrielle du régime de Pétain en collaboration avec les autorités militaires allemandes. La tête de Mistral est découpée et sauvée discrètement par un dénommé Mugnani, ferrailleur marseillais de son état. La statue est reconstituée après guerre à partir d’une des maquettes en plâtre de Théodore Rivière. Elle est inaugurée à nouveau le 3 juillet 1948. C’était, il y a exactement 67 ans. A.D.

Statue de Mistral à Arles au début du XXIe siècle.

Statue de Mistral à Arles au début du XXIe siècle.

Pour plus d’informations,  Cf, les livres suivants :

livreangelomariani1.jpeg   Angelo Mariani : L’inventeur de la première boisson à la coca. Éditions Anima Corsa juin 2014 Bastia. 5 boulevard Hyacinthe de Montera. Christophe Canioni : 04 95 31 37 02. Et aussi sur le site Amazon.fr  et le très beau livre de Gérard Baudin consacré à Frédéric Mistral, paru en 2014 à Paris aux Éditions HC.

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