Angelo Mariani et les cartes postales.

   On le sait Angelo Mariani apparaît sur de nombreuses cartes postales (Fontaine de Valescure) (Villa Mariani à Villers-sur-Mer) (Les petits Éclaireurs Raphaëlois à la Villa Andréa) et (Le Salon des Artistes Français)…

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Carte postale éditée en 1912 à partir du tableau de Jules Grün.

   Notre industriel et mécène saisit très vite l’impact publicitaire de ce support qui voyage dans le monde entier. Mariani décide donc de décliner les nombreux dessins de peintres, sculpteurs et dessinateurs parus dans les Figures contemporaines sous le format d’une carte postale ayant comme base un très beau papier Bristol. Il finit par publier en 1901 une belle série de 120 cartes postales à la gloire de son vin à la coca. Cet élément publicitaire est destiné à être expédié par la poste en quatre pochettes contenant chacune un jeu de trente cartes. De type monochrome, ces cartes furent distribuées en grandes quantités. L’ensemble étant vendu au prix modique de dix centimes de l’époque pour chacune des quatre séries.

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Pochette de Cartes Postales, Collection Mariani, Troisième série contenant trente éléments.

   Une cinquième série toujours de trente cartes est décidée en 1912. On arrivera ainsi à un total de 150 cartes postales au format (9×14 cm) vantant les mérites du Vin Mariani. Très rares sont les cartophiles en ce XXIe siècle qui peuvent prétendre être en possession de la totalité de ces cartes postales. Cet ensemble réunit les reproductions des œuvres de «140» artistes et forment cinq séries de trente cartes postales chacune :

   Première série : Paul Avril. Ferdinand Roybet. Charles Waltner. Lucien Lévy-Dhurmer. Georges Meunier. Paul Renouard. Maurice Berteaux. Alphonse Mucha. Paul Hermann. Eugène Murer. Lacault. Ribéra. Édouard Adler. Léon Glaize. Henri Eugène Augustin Le Sidaner. Paul-Albert Laurens. Louis Noël. Jean Ferigoule. Adolphe Lalauze. Auguste Hagborg. Enrique Atalaya. William Bouguereau. Albert Maignan. Jules Cheret. De Richemont. Charles Bigot. Georges Goursat dit Sem. Charles Léandre. Louis Vallet.

   Deuxième série : Adolphe Giraldon. Luc-Olivier Merson. Maurou. Louis Tinayre. Gabriel Ferrier. Charles Cottet. Edgar Maxence. Francisque Desportes. Henry Caro-Delvaille. André Brouillet. Georges Lemaire. Xavier Alphonse Monchablon. Eugène Carrière. Léonletto Cappiello. Frédéric Montenard. Jules Girardet. Jules Alexandre Grün. Léon Comerre. Georges Antoine Rochegrosse. Louis Eugène Mouchon. Gaston Gérard. École du XXè arrondissement de Paris. Dr Dupont au Sénégal. Oscar Roty. Emmanuel Frémiet. Jean Léon Gérome. Albert Besnard. H. Tenré. Albert Robida. Evert Van Muyden.

   Troisième série : Paul Avril. Georges Haquette. Weincker. Jean Dagnan-Bouveret. Émile Boisseau. Lequesne. Antonio de la Gandara. Albert Dawant. Moncel. Mlle Clémentine-Hélène Duffau. Tony Robert Fleury. Raymond Sudre. Lepère. Marius Perret. Eugène Boverie. Weecks. Osvaldo Tofani. José Frappa. Maurice Leloir. François Flameng. Henri Zo. Pascal Blanchard. Ernest Courtois de Bonnencontre. Firmin Bouisset. Abel Faivre. Jean-Pierre Laurens. Jules Renard Draner. Paul Chocarne-Moreau. Girardot. Marcel Dieulafoy.

   Quatrième série : Albert Robida. William Turner Dannat. Mme Jeanne Clovis Hugues. Victor Peter. Navellier. Étienne Dinet. Eugène Chaperon. Georges Picard. Paul Avril. Mars. Guillaume Dubuffe. Job. Jacques Wély. Paul Chabas. Dr Alphonse Milne Edwards. Léon Lhermithe. René de Saint-Marceaux. Fernand Cormon. Jean Gardet. Gustave Toudouze. Weerts. Georges Cain. Bernard Boutet de Monvel. Pierre Franc-Lamy. Albert Robida. Lucien Simon. Victor Gilbert. Abel Truchet. Frédéric Régamey. Evert Van Muyden.

   Cinquième série : Raoul Verlet. Henri-Daniel-Casimir-Paul Thouroude dit Daniel de Losques. Henri de Sachy. Charles Pezeu-Carlopez. Herbert Ward. Paul Gasq. Albert Lynch. Louis Patriarche. Goussé. Francisque Poulbot. Kauffmann. Henri Zislin. Jean Jacques Waltz dit Hansi. Henri Jacquier. André Beaumont, aviateur dit (Lieut. Jean Conneau). JulesVédrines, aviateur. Maurice Tabuteau, aviateur. Alfred Leblanc, aviateur. Théophile Alexandre Steinlen. Fabiano. Maurice Albert Joseph Simon Lefebvre, dit Lefebvre-Lourdet ou Lourdey. Gabriele Galantara. Fillettes de l’Orphelinat des Arts. Enfants du professeur Stebbing. Georges Redon. Maurice Neumont. Maxime Mautra. Benjamin Rabier. Jean Boyer dit Moriss. Auguste Roubille.

   Cela étant Angelo Mariani réédite parfois certaines cartes postales en changeant la présentation. D’horizontale, elles se transforment en verticale. Ou inversement. Ce qui complique encore un peu plus la problématique du nombre de cartes postales Mariani réellement publié….Angelo Mariani pousse même le luxe de créer des enveloppes illustrées de son produit accompagnés de timbres qui eux n’avaient pas d’existence légale auprès du service postal.

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Timbre Mariani non officiel issu d’une publicité vers 1905.

   Cette idée de carte postale vantant la coca fut ensuite utilisée bien des années plus tard par d’autres comme en témoigne en 1979 par exemple la société Coged basée à Milan (Italie).

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Carte Postale, recto.

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Verso de la carte postale éditée en 1979.

   Aujourd’hui en cette fin d’année 2016, Christophe Mariani poursuit cette aventure en retenant là encore le choix d’un format Carte postale (9×14 cm), en hommage à Angelo Mariani afin d’annoncer officiellement la présentation et la dégustation du Vin Tonique Mariani 2016 qui succède à son mythique prédécesseur.

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Format Carte Postale recto 2016.

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Format Carte Postale verso 2016.

   Angelo Mariani l’a où il est, à coup sûr doit apprécier ce geste. Tout cela au final nous fait entrevoir une simple idée ? À quand la réalisation d’un timbre à l’effigie d’Angelo Mariani ? A.D

   Pour plus d’informations, on peut aller sur le très beau site : www.vinmariani.fr et parcourir le livre suivant :

livreangelomariani1.jpegAngelo Mariani : L’inventeur de la première boisson à la coca. Éditions Anima Corsa, juin 2014, Bastia. 5 boulevard Hyacinthe de Montera : 04 95 48 68 86.

Publicités

Angelo Mariani et ses principaux concurrents à la fin du XIXe siècle.

   La boisson Mariani à la coca au vu de son succès n’est pas restée pas très longtemps seule sur le marché comme on peut l’imaginer.

Le produit :

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Le Figaro Samedi 10 mai 1890.

L’image publicitaire Mariani par excellence :

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Magnifique affiche dessinée en 1894 par Jules Chéret (1836-1932).

    En France, dès 1884 le vin de Coca fait son apparition dans le Codex. Bien qu’il existât déjà depuis fort longtemps. Dans l’officine de François Dorvault de 1880, on ne mentionne pas moins de 154 boissons médicinales à base de coca. Tout comme une multitude de produits pharmaceutiques.

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villa 10villa 38   Cependant le plus dangereux concurrent de Mariani durant cette période n’est autre que…Mariani. C’est un pharmacien marseillais homonyme prénommé Antoine Joseph qui a flairé la bonne affaire. Ce dernier va jusqu’à imiter en 1901 la signature d’Angelo Mariani dans ses publicités. Pour se défendre, notre Corse poursuit cet Antoine Mariani en justice à maintes reprises et finit par gagner contre ce plagiaire.

   Ensuite, on dénombre trois autres concurrents français d’importance à savoir : Le Vin Bravais, le vin dit Coca des Incas et le Coca de J. Girond basé à Saint-Etienne.

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Le Figaro 28 juin 1890. Publicité pour Raoul Bravais et son vin.

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Cette marque Coca des Incas appartient à un certain Jean Baptiste Blanjot tout comme celle intitulée : Vin des Incas et ce jusque dans les années 1895. À cette date les deux produits sont vendus à un dénommé Piou qui les concèdent à Gustave Guérin pour deux ans en 1905. Cette illustration fut imprimée par Reverchon en 1899 et son auteur n’est toujours pas connu à ce jour.

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Produit réalisé par J. Girond du département de la Loire.

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Détail du carton publicitaire précédent.

   Tout d’abord le Vin Bravais à la coca va durer sur le marché français de nombreuses décennies. Il voit le jour dès 1875 et aura une longue carrière jusque dans les années trente. Parfois les publicités pour le Vin Mariani et le Vin Bravais paraissent en même temps et dans le même support. La concurrence est donc rude.

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Le Figaro Samedi 26 juillet 1890.

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Cette affiche fut dessinée par Eugène Oge (1861-1936) en 1893 pour le compte de Raoul Bravais à l’imprimerie Verneau au 114 rue Oberkampf à Paris.

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Les Annales coopératives pharmaceutiques, 1927.

   Avec le vin dit Coca des Incas, son propriétaire Jean Baptiste Blanjot basé au 26 rue de Pontoise à Paris privilégie une toute autre stratégie par le biais de l’image en s’inspirant là encore des méthodes publicitaires d’Angelo Mariani.

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L’auteur de cette magnifique affiche est Charles Lévy en 1896. Elle fut notamment présentée dans un article intitulé : Une Histoire oubliée aux États-Unis ; la première épidemie de coca rédigé par Vicki Moeser le 14 avril 1991 pour le quotidien colombien El Tiempo.

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Affiche réalisée en 1895 et imprimée par Paul Dupont dont les ateliers se situaient au 4 rue de Bouloi à Paris. On notera au premier plan la présence d’un enfant avec dans sa main droite un verre rempli de ce vin Coca des Incas qu’il porte à sa bouche. DR : Médiathèque de Chaumont, les Silos, Maison du livre et de l’affiche. (Haute-Marne).

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Cette affiche fut créée par Hugo D’Alési (1849-1906) dans les années 1880 et imprimée par l’atelier Bellier situé au 4 place Monge à Paris. DR : Médiathèque de Chaumont, les Silos, Maison du livre et de l’affiche (Haute-Marne).

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Affiche réalisée par Alphonse Mucha (1860-1939) en1897. Produite à Paris par l’imprimerie Champenois (66 boulevard Saint-Michel), on distingue sur sa partie gauche en bas, le texte suivant : Divinité Incas refusant la coca à son peuple.

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Ce même Alphonse Mucha clame aussi sa passion pour le Vin Mariani dans le tome IV des Albums en 1899. Les momies elles mêmes Se dressent et marchent Quand elles ont bu Du Vin Mariani.

   Voyons enfin en province un certain J Girond dans le département de la Loire qui joue d’une manière astucieuse pour ses produits sur la typographie et la police d’écriture déjà assez connue de la célèbre marque américaine.

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Affichette pour bouteille. Notons que l’industriel a jugé utile de préciser que ce vin n’est pas un médicament et que son produit est domicilié rue de la Préfecture…

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Que dire de la couleur rouge utilisée dans cette belle police d’écriture ?

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Pour le plaisir des yeux, observons enfin cette affiche produite en 1895 par Georges Meunier (1869-1942) par l’imprimerie Chaix. DR : Médiathèque de Chaumont, les Silos, Maison du livre et de l’affiche (Haute-Marne).

 

   Ce Georges Meunier poursuit son éloge pour les vins à base de coca avec une belle création iconographique parue dans le tome XI des albums Mariani en 1908.

Au niveau européen :

   L’Espagne est présente sur ce secteur. On s’y procure à Barcelone le Vino Amargos préparé par un pharmacien catalan passionné, Luis Amargos. Il se compose de quinine et de feuilles de coca du Pérou. D’ailleurs, cet élixir connaît un très grand succès dans toute la péninsule ibérique. En 1880, toujours en Espagne, mais cette fois-ci à Valence, une boisson répondant au nom de Tonica Kola est à son tour lancée. (Tout comme en France un peu plus tard avec un Toni Kola).

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DR : Création de Robert Wolff,  imprimée par la société Marboeux installée au 10 rue Émile Allez à Paris.

   À quatre-vingts kilomètres plus au sud à Aielo de Malferit, trois amis Bautista Aparici, Ricardo Sanz et Enrique Ortiz mettent au point une liqueur à base de feuilles de coca qui reçoit un certain succès. L’Italie produit de son côté un Coca Buton élaboré à Bologne. Son inventeur, Giovanni Buton, en réalité un français du nom de Jean Bouton originaire de Charente fut en premier lieu un liquoriste attaché à la maison impériale de Napoléon. Après la chute de l’empereur, Jean Buton quitte la France. On le retrouve installé à Bologne en Italie dans la région d’Émilie Romagne en 1830. Il fonde avec Giacomo Rovinazzi une société dénommée : Coca Buton et compagnie. Dans la foulée, il italianise son patronyme en devenant : Giovanni Buton. En 1860, les deux associés lancent l’Élixir Coca Buton et le Vino coca Buton qui connaissent une consécration tant en Italie que dans le reste de l’Europe. À tel point que cette liqueur existe toujours.

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Iconographie issue d’un article paru dans la revue bolivienne Unitas n° 11 de septembre 1993, rédigé par Javier Mendoza Pizarro et intitulé : La verdadera historia del descubrimiento de la cocaïna.

   Enfin, l’Angleterre ne rate pas non plus l’opportunité et présente sur son marché intérieur le Coca Wine d’Ambrecht, de la Nelson Company, située au 2 Duke Street, Grosvenor square à Londres. Pour cela une campagne publicitaire est mise en place à l’attention du personnel médical. Elle cible aussi le clergé anglican. Une bouteille est offerte contre un récépissé adressé au 2 Duke Street, si l’on prouve son activité. Toujours dans la capitale anglaise, les breuvages Hall’s Coca Wine et Marza Wine ne sont pas en reste. À Bolton et Wigan, autres cités anglaises, c’est la société Magge Marschall qui propose un vin à base de feuilles de coca. À Liverpool, on peut y boire un vin de coca de la marque Savar’s.

Au niveau mondial : La Bolivie et les États-Unis.

   En Bolivie, les breuvages à base de coca ont été très certainement les premiers à avoir vu le jour sur notre planète.

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Journal La situacion, n° 60, La Paz Bolivie, 17 décembre 1869.

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DR : Coca bolivienne.

   Aux États-Unis, à New York le Maltine with Coca wine fait son entrée quelque temps plus tard. Il en va de même pour le Coca Wine de Caswell-Hazard et Compagnie vendu à Broadway. Ou bien encore le Wine of coca de Bullard et Shedd, élaboré à Keene dans le New Hampshire et censé lutter contre l’usage abusif de l’opium. Un autre Wine of coca est manufacturé par Thurber et Whyland. Même chose concernant le Metcalf’s coca wine créé par Théodore Metcalf à Boston dans le Massachusetts, dont le siège commercial se trouve au 39 Tremont Street à Boston. D’autres pharmaciens à l’image de John Wyeth et de ses frères se lancent dans l’aventure au début de XXe siècle à Philadelphie en Pennsylvanie. Ou bien encore Valentine H. Smith pour la même ville. Situation identique avec la famille Lloyd de Cincinnati dans l’Ohio et sa succursale au 219 Hudson Avenue, Albany dans l’État de New York. Bien entendu, on ne peut faire l’impasse sur le célèbre breuvage de Pemberton.

   Au final, l’un est devenu la marque commerciale la plus connue dans le monde, l’autre animé par un Corse hors du commun n’a pas pour autant disparu de la mémoire collective universelle. Et qui sait…un jour ? A.D

Pour plus d’informations,  Cf, les livres suivants :

livreangelomariani1.jpeg   Angelo Mariani : L’inventeur de la première boisson à la coca. Éditions Anima Corsa juin 2014 Bastia. 5 boulevard Hyacinthe de Montera. Christophe Canioni : 04 95 48 68 86. Et aussi sur le site Amazon.fr

   Sans oublier : Cocaïne histoire mondiale d’une drogue aux Presses Universitaires de Corse, Éditions Anima Corsa, mars 2015 ou dans lequel un chapitre est consacré à Angelo Mariani.

Cocaïne histoire mondiale d'une drogue aux Presses Universitaires de Corse, Éditions Anima Corsa, mars 2015.

Cocaïne histoire mondiale d’une drogue aux Presses Universitaires de Corse, Éditions Anima Corsa, mars 2015.

P.S : Un grand merci à M. Jérémie Bardet de la Médiathèque de Chaumont, Les Silos, Maison du livre et de l’affiche en Haute-Marne.