Les cartes de visite et Angelo Mariani

   Aujourd’hui, au XXIe siècle la carte de visite parfois dite de correspondance est encore essentiellement utilisée dans un cadre personnel et/ou professionnel. Elle peut présenter le détenteur, ainsi que son adresse occupée par celui-ci. En ce sens, elle est plus proche de l’idée de carte d’affaires (terme utilisé au Canada), lui-même traduit du terme anglais par business card. On aurait pu croire cependant sa disparition avec l’avènement d’internet en 1990, mais s’est semble-t-il bien le contraire qui s’est produit. La carte de visite est donc toujours d’actualité. Angelo Mariani quant à lui avait fait de ce vecteur de communication un outil redoutable pour la promotion de ces produits et de son statut social. Qu’on en juge par ses quelques exemples.

   En premier lieu voici une carte de visite colorisée avec comme entête en haut à gauche une feuille de coca et à droite son adresse personnelle. (Suite à un accident de santé Angelo Mariani donne de ses nouvelles par ce biais à l’une de ses amies dans les années 1990).

Dr.

Ensuite une vue du 11 rue Scribe à Paris.

Dr.

   Puis vint une nouvelle carte vers 1898 avec l’apparition d’un poinçon en or 24 carats représentant une gravure de Louis Oscar Roty (1846-1911) intitulée : O nymphe le vin Mariani va le sauver, mais prends garde à ton cœur. (Sur cette carte, Angelo Mariani informe son correspond des bonnes décisions à prendre concernant l’orphelinat des Arts dont il est le vice-président).

Dr.

 

 

 

 

 

Une autre vue de rue Scribe.

Dr.

 À ces deux cartes s’y ajoutait une troisième beaucoup plus sobre.

Dr.

Nouvelle vue à partir du 11 de la rue Scribe.

Dr.

    En outre les descendants d’Angelo Mariani poursuivirent cette tradition comme l’illustre cette nouvelle carte de visite dite professionnelle.

Dr.

 

 

 

 

 

 

 

Enfin vue du 10-12 rue Chartres  à Neuilly-sur- Seine.

Dr.

A.D

Angelo Mariani et Google Book

   En premier lieu, en ce début d’année 2019, une bonne nouvelle. Google Book (1) filiale de la société mère Alphabet permet de visualiser en totalité un livre important dans la création de la saga industrielle d’Angelo Mariani. Cet ouvrage à ce jour et à notre connaissance n’était pas encore référencé dans aucune bibliothèque municipale Corse, ni à la BNF François Mitterrand, et encore moins sur Gallica (2), ni même sur le site de la magnifique Library of Congress (3) à Washington. Bien que nous connaissions son existence depuis une vingtaine d’années, il était parfois considéré comme perdu. Google Book par ses accords commerciaux avec diverses entités dans le monde a fait ressortir ce joyau. Il a été numérisé le 17 juillet 2013, mais non mis alors sur le réseau, soit 19 pages par la bibliothèque de l’Université de Californie. Aujourd’hui, il est accessible sur la toile par le biais de Google Book. Voyons ici en quoi ce document édité en 1878 et intitulé : La coca du Pérou et le vin Mariani est exceptionnel et mériterait bien une réédition en France en accord avec la famille Mariani.

Source : Google Book.

   Ce document nous apprend en effet une multitude choses. En voici quelques-unes : Angelo Mariani est bien en 1878 pharmacien de 1ere classe. Dès la page 3, il évoque son souhait en outre d’acclimater la coca en Corse et en Algérie. On apprend aussi qu’Angelo Mariani avait l’information qu’en 1851 la Bolivie avait produit l’équivalent de 5 tonnes de feuilles de cette plante pour l’essentiel dans la région des Yungas à des fins d’exportations. Il rend de surcroît hommage (p 7) à l’abbé Pullès, véritable propagateur de la coca en France qualifié de philosophe, poète et naturaliste qui importait à ses fins personnelles ces fameuses feuilles boliviennes. Enfin, arrêtons-nous un instant sur la première liste des dépositaires généraux pour l’étranger placé à la fin du dit ouvrage. Élément commercial qui va ensuite disparaître un temps, mais que l’on retrouvera de façon régulière à partir du septième album Mariani en 1902. Et surtout qui illustrera l’évolution de la vente du Vin Mariani de par le monde sur pas moins d’un demi-siècle au travers des relations internationales.

Source : Google Book.

   Nous avons tout d’abord pour l’Angleterre Roberts et Company, situé au 76 New-Bond Street à Londres. La particularité de ce pharmacien spécialiste des balances médicales de précision est sa connaissance de la langue française. Il fut dès 1830 en charge d’une officine au 5 rue de la Paix à Paris.

   Pour la Belgique, Angelo Mariani choisit le dénommé Dupuy. En réalité, c’est un français (4) originaire du Cantal qui a fait ces études de Pharmacie à Paris en compagnie d’Angelo Mariani. Entrepreneur dans l’âme, il est déjà en 1878 à la tête d’une importante firme pharmaceutique. Ce qui explique pourquoi plusieurs pharmacies dans le royaume belge sont à son nom comme celle de la rue Montagne de la Cour ou bien encore celle située Boulevard Waterloo à Bruxelles.

   On remarque ensuite pour l’Allemagne le nom du docteur Von Pieverling de Munich comme représentant. Ce personnage ne laissera pas de trace dans l’histoire de la boisson Mariani. En outre la firme d’Angelo Mariani va être en procès avec plusieurs commerçants allemands qui ne respectent les clauses commerciales en vigueur.

   Avec la Russie, les patronymes des pharmaciens Stolle et Schmidt à Saint-Pétersbourg vont connaître un grand moment de gloire au début de XXe siècle. La grande duchesse Marie Élisabeth Éléonore Alexandrine de Mecklembourg-Schwerin (née en mai 1854 à Ludwigslust, morte le 6 septembre 1920 à Contrexéville Vosges), fera écho par leur intermédiaire de sa passion pour le vin Mariani (Album Mariani, volume XII de 1911).

   Avec l’Italie le dépositaire se trouve à Milan. Le pharmacien A. Manzoni installé aux 14 et 16 de la Via Della Sala est en charge des intérêts d’Angelo Mariani.

   Aux États-Unis, le responsable se nomme Charles Edmond Fougera. C’est un français né à Châteauroux (36, Indre) le 23 mai 1821 et qui s’est installé dès 1846 en qualité de pharmacien à Brooklyn à l’angle de l’Atlantique Avenue et de Clinton Street à New York. Son affaire aux fils des années prend de l’importance. Il ouvre plusieurs boutiques comme celle du 26, 28 et 30 North William Street, ou bien encore au 75 Varick St. New York, N.Y. Sa famille prendra la suite après son décès en avril 1889. En 2010, l’entreprise Fougera employait pas moins de 700 personnes. Puis, fut rachetée en 2012 pour plus d’un milliard et demi de dollars par le groupe pharmaceutique suisse Novartis. En ce qui concerne la vente des Vins Mariani à New York, elle se fera ensuite en 1889 avec Julius Jaros au 52 West, 15th Street et au 19 East, 16th Street, entre Broadway et la 5th Avenue.

Source : New Haven Morning Journal and Courier (USA) du mardi 23 avril 1901.

   Avec les frères Médina (Bernadino et César) de Santa Fé de Bogotá (Colombie), le Vin Mariani est placé dans l’une des plus grandes pharmacies de la capitale et au cœur historique du pays. Ils sont aidés en cela par leur oncle Pablo Garcia Médina. C’est la première adresse pour l’Amérique du Sud. À Puerto Rico, J. Monagas propose ce produit pour tout l’archipel des Antilles.

   Enfin les Pays-Bas. On remarque d’emblée que l’information est sur une étiquette accolée au document. Soit c’est un ajout de dernière minute afin de combler un oubli, soit c’est un nouveau venu parmi les dépositaires. Qui sont à vrai dire deux : un grossiste G Van Dien et un détaillant MP Polak basés ensemble à Amsterdam.

Évolution de la localisation géographique des différentes succursales pour le vin Mariani à travers le monde.

Tome 7 album Mariani 1902.

Tome 8 Album Mariani 1903.

Tome 9 Album Mariani 1904.

Tome 10 Album Mariani 1906.

Tome 11 Album Mariani 1908.

Tome 12 Album Mariani 1910.

Tome 13 Album Mariani 1913.

Tome 14 Album Mariani 1925.

   Observons enfin pour le plaisir quelques éléments publicitaires réaliser par Julius Jaros à destination du marché américain.

Source : New York Tribune Illustrated supplement du dimanche 23 avril 1899

Source : The Sun dimanche 5 février 1899.

Source : New-York Daily Tribune du mardi 11 février 1896.

The Arizona Republican, Saterday Morning du samedi 4 décembre 1897.

                                                                                                                        A.D

(1) Cette société américaine détient que l’on le veille ou non une partie de l’histoire patrimoniale mondiale.

(2) Gallica en février 2019 vient de franchir le cap des 5 millions de documents accessibles en ligne.

(3) On peut regarder avec plaisir le reportage réalisé et diffusé par TF1 sur ce lieu emblématique de la culture US, le 28 janvier 2019, lors du 20 heures de cette chaine TV.

(4) Dupuy Barthélemy, né le 18 avril 1838 à Trizac (15, Cantal). Il se marie le 18 novembre 1874 à Paris à Élisabeth Angelina Sargès, de nationalité belge d’origine auvergnate née le 10 août 1857 et décédée dans la capitale belge le 27 décembre 1884 à peine âgée de 27 ans. Ils laissent une fille Jeanne née à Bruxelles, le 6 juillet 1879 qui épousera Jacques de Tournemire (1868-1948) et s’éteindra le 12 septembre 1974 à Mauriac (15, Cantal).

Quelques portraits d’Angelo Mariani au fil du temps, l’inventeur de la première boisson à la coca.

Dans le texte qui va suivre, nous évoquerons le mécène Angelo Mariani à travers le prisme de la photographie, de la peinture et de la gravure. Et ce par le biais de représentations le concernant. C’est pourquoi seront cités les artistes comme Albert Robida, Carolus-Duran, Charles Clément, Ferdinand Roybet, Gaston Braun, Jean Baffier, José Lerma, Jules Grün, Léonard Jarraud, Louis-Eugène Mouchon, Louis Patriarche, Marcè Lepidi, Nadar, Oscar Roty et Paul Miesienski.

Il existe bon nombre d’iconographies représentant Angelo Mariani. En voici ci-dessous plusieurs d’entre elles pour le plaisir des yeux. Commençons par la plus ancienne selon l’état actuel de nos connaissances historiques. Notons qu’Angelo Mariani a bien compris le poids de la photographie naissante à l’échelle mondiale sans parler de la couleur…

Dr : Collection particulière. Angelo Mariani âgé de 29 ans. Photographie de Nadar à Paris en 1867. Angelo Mariani a déjà élaboré la recette de son vin de coca qui va le rendre célèbre et millionnaire.

Dr : Collection privée. Angelo Mariani toujours par Nadar en 1878.

Dr : BNF Gallica utilisé en 2018 par Wikipédia. Angelo Mariani par Nadar en 1880.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gravure avec signature à partir d’un tirage de Nadar pour le marché américain en 1893 grâce à l’aide de Julius Jaros.

The New York Times. Gravure de William Golden Mortimer parue dans l’édition du 25 décembre 1895. Angelo Mariani est alors âgé de 57 ans. Le 1 janvier 1899 est publiée  la même iconographie dans le San Francisco Call.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Iconographie d’Angelo Mariani publiée dans le quotidien Evening Star de Washington, 3 janvier 1899. Angelo Mariani est âgé de 61 ans.

Revue La Marmite Républicaine de 1901. Angelo Mariani est alors âgé de 63 ans. C’est certainement la photographie la plus réussie par Gaston Braun et Charles Clément et imprimée par les frères Protats.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est une reprise de la fameuse photographie de Braun et Clément et imprimée par les frères Protats. Elle apparaît à New-York dans l’ouvrage de William Golden Mortimer portant sur l’histoire mondiale de la coca et dédié à Angelo Mariani. En ce qui nous concerne, on l’utilisera en 1986 pour l’hebdomadaire communiste Révolution n° 342 : Coca, coke et crack avec un encadré sur Angelo Mariani intitulé : Un illustre inconnu. Et quelque part, c’est le début de nos recherches sur ce grand personnage Corse.

Quand les graveurs ne sont pas en reste :

Buste de Mariani portant un chapeau par son ami et protégé Oscar Roty. Objet en argent pour un poids de 5 grammes 17 et un diamètre de 2.1 cm. Il fut produit en grand nombre dès 1895.

Angelo Mariani dans son laboratoire de Neuilly portant un compte-gouttes au-dessus d’une bouteille de vin de coca. Objet en bronze. En-dessous signature E. MOUCHON 1905. À l’exergue l’inscription sur deux lignes ANGELO MARIANI VULGARISATEUR DE LA COCA. Le tout en lettres majuscules.

Dr : David Hill, ANS, New York (Société Américaine de Numismatique). Plaque en bronze uni face (10 cm x 7,2 cm), réalisé par le Corse originaire de Bastia, Louis Patriarche en 1910 pour Angelo Mariani.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Portrait d’Angelo Mariani entouré de feuilles de coca et réalisé par l’artiste Louis Eugène Mouchon en 1912. À l’intérieur de la vignette est inscrit : le vulgarisateur de la coca.

Dr : Atelier Nadar Marseille (1897). Extrait d’un tirage d’époque sur papier au gélatino-bromure d’argent marouflé sur toile. L’image en sa totalité fait 86 x 113 cm. Dr Détaille Gérard Studio Marseille France.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À partir d’un tableau de Carolus Duran, gravure de Léonard Jarraud. Angelo Mariani a 71 ans. Publié dans la revue : Le magasin pittoresque, Edition Jouvet et Cie, n° 11 du 1 juin 1909.

Négatif de la précédente image qui permet de bien distinguer l’oeillet (blanc ou rouge ?) à la boutonnière gauche.

 

 

 

 

 

 

 

 

Angelo Mariani, vers 1900 toujours une fleur à la boutonnière en présence de son frère cadet Horace et de Joseph Uzanne, notamment. Ce cliché est publié en octobre 2007 par l’universitaire Sandrine Doré dans le bulletin n°14 des Amis d’Albert Robida Le Téléphonoscope. 

Dr : Portrait de trois-quart face réalisé par son ami et camarade Paul Miesienski.

Angelo Mariani âgé de 72 ans peint par Ferdinand Roybet.

Angelo Mariani vu par Albert Robida.

 

 

 

 

 

 

Angelo Mariani : Extrait du tableau de Jules Grün Un vendredi au salon des Artistes Français en 1911 que l’on peut observer au musée de Rouen. Mariani est âgé de 73 ans.

Buste en bronze réalisé en mai 1913 par Jean Baffier à l’occasion du salon des artistes à Paris. Le prototype en plâtre se trouve au Musée de la Faïence Frédéric Blandin de Nevers.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dr : Collection particulière. L’une des dernières photographies réalisés par Jacques Mariani à Valescure (Saint-Raphaël, Var) et plus précisément dans la dépendance dite la Violette de la villa Andréa Mariani en mars 1914. Peut-être la plus émouvante ?

Angelo Mariani, ou le propagateur de la coca. Gravure sur bois de Charles Clément (1911) et publié en 1925 dans le quatorzième tome des Figures Contemporaines de l’Album Mariani.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De nos jours, en ce début de XXIe siècle, les artistes comme José Lerma, Marcè Lepidi (Ingioia cocacola) entre autres s’en donnent toujours à coeur joie afin d’honorer la mémoire d’Angelo Mariani.

Dr : José Lerma et son portrait d’Angelo Mariani. Oeuvre réalisée en 2013 avec silicone sur toile (152 cm x 121).

Dr : À partir de l’Oeuvre de l’Américano-espagnol José Lerma et à la « manière » du Hangart de l’école de Nizon, 2018.

Dr : Acrylique sur bois (50×70 cm) de Marcè Lepidi en 2017. L’une des spécialités de cet artiste insulaire est de mélanger les images et les mots souvent en langue corse. Il y a du Andy Warhol, excusez du peu, dans son travail et dans sa démarche aux couleurs de l’île de beauté. Ce jeune autodidacte commence en outre à se faire un nom dans le domaine du pop art à l’international en amenant une fraicheur artistique indéniable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dr : Collection particulière. Au final, regardons nous Angelo Mariani ou ne serait-il pas l’inverse ?

Enfin n’oubliez pas pour en savoir un peu plus sur Angelo Mariani, le livre paru en 2014 à l’occasion du centenaire de son départ sur l’autre rive. Cet ouvrage produit en Corse à Bastia est encore d’actualité.                            Alain Delpirou.

Editeur Anima Corsa.  5 boulevard Hyacinthe de Montera, Bastia. Tél : 04 95 31 37 02