Mais qui était donc en réalité Angelo Mariani pour la famille d’Albert Robida ? (II) suite.

   À la fin du XIXe siècle, un curieux remontant médicinal fait son apparition sur le marché parisien. Il s’agit d’un mélange à base de vin de Bordeaux et de feuilles de coca. Il remporte ipso facto un franc succès sous le nom de : Vin Mariani. Nous sommes à la fin de l’année 1871, au sortir de la guerre contre les Prussiens. Son inventeur, un corse originaire d’un très beau village dénommé Péro-Casavechie, est un personnage hors du commun, grand thuriféraire de la coca devant l’Éternel.

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Angelo Mariani agé de 28 ans. Photographie réalisée par Nadar.

   Il fut aussi sans le savoir et de manière bien involontaire, au départ de la très célèbre boisson américaine : Coca-Cola. En effet, son breuvage Mariani (le vin à base de coca) servit de concept de base (French wine coca) pour le pharmacien John Pemberton à Atlanta (USA). Eh oui, le Coca-Cola symbole de l’Amérique ou même titre que la statue de la Liberté (1) a bien une origine française. Et ce, bien qu’aujourd’hui cette multinationale U.S, tait son origine…mais Mariani, ce n’est pas que cela ! C’est surtout le mécène providentiel pour bon nombre d’artistes français ou non (peintres, écrivains, sculpteurs, poètes, graveurs, musiciens, dessinateurs, chanteurs) au début du XXe siècle… N’oublions pas enfin qu’il fut l’un des tout premiers publicistes en France (2).

   D’ailleurs une multitude d’objets publicitaires à la consécration d’Angelo Mariani se font jour. Que dire en effet de son don pour la réclame ? Outre sa célèbre série de figures contemporaines (3) qui réunit les plus grandes personnalités de la belle époque, il lance sur le marché en parallèle à son vin d’innombrables produits dérivés à vocation sanitaire. C’est ainsi que voit le jour un thé Mariani connu sous le vocable d’extrait concentré de coca, mais aussi des pâtes toniques et pectorales (losange de gomme, de sucre et de coca) et les pastilles Mariani (composées de 2 milligrammes de cocaïne associée à de la gélatine) sans oublier un élixir (plus alcoolisé et contenant trois fois plus de cocaïne).

Boite en inox au fond vert et à la caligraphie en or produite par la pharmacie d'Angelo Mariani située 41 bld Haussmann à Paris afin d'emballer une pâte tonique et pectorale à la coca du Pérou.

Boite en inox au fond vert et à la calligraphie en or produite par la pharmacie d’Angelo Mariani située 41 bd Haussmann à Paris pour emballer une pâte tonique et pectorale à la coca du Pérou.

Terpine Mariani à la coca. Produit composé notamment de 40 % d'alcool et de 5,6 % de coca

Terpine Mariani à la coca. Produit composé notamment de 40 % d’alcool et de 5,6 % de coca.

   Mariani n’hésite pas non plus dans la foulée à acheter des pages entières de suppléments (4) dans divers journaux comme Le Gaulois, ou bien encore Le Temps et Le Figaro afin d’informer le grand public de l’existence de son célèbre vin médicinal aux feuilles de coca.

Supplément illustré Le Gaulois, novembre 1908, treizième série.

Supplément illustré Le Gaulois, novembre 1908, treizième série, avec en première page le Président argentin : Figueroa Alcorta.

   Il poursuit son offensive commerciale et culturelle par l’édition d’ouvrage à la gloire de ce végétal sous la forme de contes. C’est la création de buvards frappés du nom de son entreprise et surtout une série de 150 cartes postales à la gloire de son vin. Cet élément publicitaire créé en 1910 était destiné à être expédié par la poste en cinq pochettes contenant un jeu de trente cartes. De type monochrome, ces cartes étaient distribuées en grandes quantités. L’ensemble étant vendu au prix modique de dix centimes de l’époque. Très rares sont les cartophiles de nos jours qui peuvent prétendre être en possession de la totalité de ces cartes postales (5).

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Carte postale illustrant les travaux du statuaire Louis Noël.

CPA enveloppe b DNB   Mieux, Angelo Mariani propose de surcroît des enveloppes recouvertes de publicités à la gloire de son vin. Ces plis publicitaires légalement utilisés par la poste reprenaient entre autres la représentation d’un enfant s’abreuvant du divin produit…

enveloppe a DNBEt cela allait jusqu’au niveau du timbre….

Timbre CPA enveloppe b DNB   À ce stade de notre étude, n’oublions pas l’importance tout d’abord d’Émilie Robida qui illustrera plusieurs ouvrages comme Le château de la grippe, écrits par son père Albert Robida, aux Éditions Henry Floury (Paris) en 1904, pour la célèbre collection  Contes à Mariani.

 Couverture du conte intitulé : Le château de la grippe.


Couverture du conte intitulé : Le château de la grippe.

 Page intérieure de présentation.


Page intérieure de présentation.

 Une illustration parmi d'autres réalisée par Emilie Robida.


Une illustration parmi d’autres réalisée par Émilie Robida.

   Sans oublier l’historienne Mme Françoise Escoffier Robida (1991-2006) que nous avons eu le grand plaisir de rencontrer à plusieurs reprises. Notons que cette dernière publiait dès 1967 un court texte fondateur sur l’existence d’Angelo Mariani dans le cadre d’un catalogue pour le musée Roybet-Fould (6). N’oublions pas non plus les apports de Frédéric Robida. En avril 1976, il rédige dans la revue Le vieux papier un très beau texte de quatre pages intitulé : Mariani Angelo (1838-1914) mécène de la publicité (7). À cela, s’ajoute le fait que le 23 mars 1987, à l’Hôtel Drouot à Paris, la collection particulière de livres anciens et modernes d’Angelo Mariani était vendue. À cette occasion, plusieurs aquarelles originales d’Albert Robida changèrent de mains.

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Portrait Albert Robida. Gravure sur bois par Brauer, 1894. Album Mariani, Tome 1.

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Gravure publicitaire de Robida parue dans le tome 1 de l’album Marini en 1894.

   Enfin peut-être est-il bon de savoir que la réserve spéciale de la Bibliothèque Nationale de France détient toujours à ce jour deux dessins de Robida qui n’ont pas encore officiellement édités : À savoir : « Le crime illustré/les forfaits de la coca (avec Mariani aux fers) » et : « Une forteresse avec une banderole : Vin Mariani, se défend en versant des bouteilles de Mariani contre les monstres assaillants, c’est-à-dire les maladies ». Au pied et sous le titre : « À l’assaut ! Quand la forteresse est approvisionnée de vin Mariani, la féroce anémie et tout le corps d’armée peuvent rôder autour des murailles et grincer les dents tout à leur aise, rien à mordre ! ».

A.D

(1) « La coca semble grandir toutes vos facultés, il est probable que si je l’eusse connue il y a vingt ans, la statue de la Liberté aurait atteint une centaine de mètres ! » s’est un jour exclamé le sculpteur français Frédéric Auguste Bartholdi. Il s’en est fallu de peu que le phare de l’île de Bedloe (46 mètres) à New York ne fût construit par un adepte du vin Mariani.

(2) « Mariani Angelo (1838-1914) mécène de la publicité », par Fred Robida, Le Vieux Papier, avril 1976.

(3) « Suite aux 14 albums Mariani », par Paul Vital-Durand, Le Vieux Papier, juillet 1980 et « Le vin Mariani » par Louis Cotinat, Le Vieux Papier, octobre 1976. Ces albums Mariani réunissent plus de mil signatures et portraits dans un ensemble de 14 ouvrages.

(4) Ces suppléments sont des fascicules gratuits de quatre, huit et parfois seize pages à la gloire du vin Mariani.

(5) Ces cartes postales au format (9×14) sont très recherchées par les collectionneurs. Une série complète en 2012 se négociait aux alentours de 4 000 euros.

(6) Poisson, Florence et Escoffier-Robida, Françoise, La peinture comme l’aimaient nos grands-pères raconte l’histoire de l’orphelinat des Arts : [exposition] : Courbevoie, musée Roybet-Fould, 16 décembre 1967-31 janvier 1968, Éditions Les Presses Artistiques à Paris.

(7) Le Vieux Papier, Tome 28, fascicule 260, avril 1976.

Pour plus d’informations,  Cf, le livre suivant :

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Angelo Mariani : L’inventeur de la première boisson à la coca.

Editions Anima Corsa juin 2014 Bastia.

5 boulevard Hyacinthe de Montera.

Christophe Canioni : 04 95 31 37 02.

Et aussi sur le site Amazon.

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